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  Sommaire - BD -  La Croix de Cazenac : l’intégrale du cycle de l’ours

"La Croix de Cazenac : l’intégrale du cycle de l’ours " de Pierre Boisserie et Éric Stalner

9,5/10

Lorsqu’ils commencent leur collaboration, en 1999, sur ce qui est en passe de devenir une série en douze volumes (Le septième sort en septembre 05) Éric Stalner dessine et scénarise depuis 1988, alors que Pierre Boisserie est novice dans l’écriture en BD. Le premier a déjà derrière lui les séries Fabien M et Malheig, chez Dargaud, Le Boche et Le Fer et le Feu, qu’il commence, chez Glénat. Le second a fait une école de Kiné, mais organise le festival BD de Buc.

Le cycle de La Croix de Cazenac débute comme une histoire d’espionnage au sein de la tourmente qui secoue l’Europe en 1914, puis évolue et prend une tonalité fantastique avec l’introduction de références chamanistes issues du cœur de la Grande Russie.
Tout commence dans un village du Nord de la France, ravagé par les combats. Un officier, le capitaine Cazenac, tente de démasquer un traître qui vend des informations aux Allemands. Puis le récit remonte quelques mois auparavant, dans le Sud-Ouest. Henri, officier géographe, rentre d’Afrique accompagné de Louise, son épouse depuis un mois. Il retrouve son père et Etienne, son jeune frère, qui se destine à la prêtrise. Au cours du séjour, des phrases sibyllines s’échangent, qui laissent Etienne perplexe. De plus, la beauté de Louise trouble son beau-frère. Mais Henri est rappelé en mission par un certain Valois. Pendant son absence, la guerre éclate. Quelques temps après, un paquet arrive au domaine, intercepté par Etienne. Il contient un mot du Colonel Valois et les affaires d’Henri. Parmi celles-ci, une croix magnifique que le jeune frère s’approprie. Celui-ci décide alors de rejoindre le front pour remplacer son aîné dans le conflit. Volontaire pour toutes les missions, il ne tarde pas à être surnommé : Trompe-la-Mort. Une réflexion anodine l’amène à mieux examiner la croix qui ne le quitte pas et découvre un étrange message. Apprenant que Valois est dans le coin, il cherche à le rencontrer, lui qui semble être proche de sa famille.
Mais que de surprises l’attendent entre la mort qui rôde, l’amour qui pointe sa flèche, ses racines soigneusement dissimulées et des réminiscences d’une enfance oubliées depuis « sa maladie » !

Stalner et Boisserie ont construit une histoire passionnante qui se dévore d’une traite. C’est ici qu’on mesure tout l’intérêt d’une Intégrale. Il n’y a pas la coupure de plus d’un an entre deux parties, une coupure, et on s’en rend bien compte avec la nouvelle lecture du cycle, qui casse le rythme. On a une autre lecture et on découvre ainsi, bien que l’ayant lu en temps et heure aux rythmes des parutions, une nouvelle BD.
Les auteurs restituent ce que fut l’ambiance de la Grande Guerre et rendent palpable le climat de folie, de déraison qui régnait alors. Partant d’une famille apparemment banale de vignerons, où il ne reste que quelques membres, ils élaborent une intrigue tortueuse à souhait, aux ramifications nombreuses, fertile en coups de théâtre. Même si certains de ceux-ci surviennent à point nommé, on est tellement impliqué dans l’histoire, emmené par le rythme et le dynamisme du récit qu’on accepte comme naturelles ces interventions. On retrouve, dans cette intrigue, le souffle des grands récits d’aventures où une part de mystère reste présente comme dans Arsène Lupin où les sagas de Gustave Le Rouge.
Mais au delà des hommes, les auteurs intègrent les soubresauts politiques, prennent en compte les alliances et les traités trahis. Peu à peu, émerge une vision étrange de grandeur historique et de petitesse humaine.
Les auteurs s’offrent un vaste champ de mouvements et une variété de décors, du Sud-ouest de la France aux confins de la Sibérie en passant par le front et par Saint-Pétersbourg.
Le dessin d’Éric Stalner, dessin dont on ne se lasse pas, est à la hauteur du scénario. Il représente avec précision tous les décors et campe des personnages qui correspondent précisément à leur rôle.

Une fresque grandiose où il reste encore tant à découvrir. Du bel ouvrage ! Messieurs, chapeau !

Serge Perraud

La Croix de Cazenac : l’intégrale du cycle de l’ours, scénario de Pierre Boisserie et Éric Stalner, dessin d’Éric Stalner, Dargaud, juillet 2005, 164 pages, 29€



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