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"Écriture, Mémoires d’un Métier"
de
Stephen King

Editeur :
LGF - Livre de Poche (1 décembre 2003)
 

"Écriture, Mémoires d’un Métier"
de Stephen King



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Il faut bien que je fasse état de ma partielle déception à la lecture de cet essai. J’attendais beaucoup de ce livre, et l’éditeur américain avait savamment distillé les informations qui devaient permettre à l’amateur de saliver en attendant la publication. J’escomptais notamment des informations vraiment nouvelles, concernant l’homme-King. En fait, beaucoup de renseignements ici fournis étaient déjà connus, avec beaucoup moins de détails pour certains. Il va de soi que la réaction ne sera pas la même de la part de lecteurs qui ne connaissent de King que quelques romans et souhaiteraient avoir des données supplémentaires. Pour eux, ce livre apportera des révélations diverses et bienvenues. Il n’est pas certain, cependant, que les considérations sur le langage intéressent le grand public, d’autant plus que le lecteur français lit les œuvres de King dans des traductions de spécialistes différents, qui sont bien incapables de reproduire les intentions exactes de King. Ce sont pourtant ces considérations qui constituent la nouveauté.


Les diverses parties de cet essai hétéroclite se juxtaposent sans former vraiment un tout. La première partie autobiographique, “CV”, est celle qui intéressera le plus les lecteurs qui ne connaissent pas le chapitre 4 (“Un irritant intermède autobiographique”) d’Anatomie de l’horreur et les nombreuses anecdotes personnelles qui parcourent cet ouvrage et sa suite Pages Noires. King n’a jamais été avare de confidences, mais les spécialistes avaient déjà relevé des contradictions et un certain désir de se mettre en valeur dans les faits livrés selon son bon vouloir. De nouvelles différences apparaissent ici, dues peut-être à une mémoire défaillante ou à un phénomène bien connu des psychologues, la déformation spontanée des souvenirs avec le temps. King reconnaît d’ailleurs dans cette partie qu’il a antérieurement livré délibérément des déclarations fausses à ses interviewers. King reconnaît, par exemple, une nouvelle dépendance dans laquelle il est tombé alors qu’il avait trente-huit ans, et fait état de certains livres écrits dans un état second, sous l’emprise de l’alcool et de la drogue cumulés... Il est probable que Misery, écrit vers cette époque, est un roman transposant les problèmes de dépendance de King, l’esclavage de la drogue trouvant son équivalent dans le livre dans l’asservissement de l’écrivain Beaumont à l’infirmière démoniaque.


La seconde partie “Boîte à outils” est courte, sorte de commentaire et de prolongement à un bref manuel américain de Strunk & White, Éléments de style. King joue au professeur. Le cours en lui-même est un peu ingrat, et n’intéressera guère que les jeunes auteurs. Il est heureusement éclairé par des réflexions personnelles de l’auteur, ce qu’il pratique lui-même ou ne pratique pas.


La troisième partie, la plus longue, déroutera par moments. King y passe de son goût pour la lecture et des endroits où il pratique cette activité, aux mots qu’il ne peut pas supporter. Par exemple, il déteste ce qui se rapporte à l’intrigue d’un roman, alors que lui-même a bâti sa réputation sur ses talents de narrateur. Ce serait trop long de tout reprendre : des conseils au problème des agents et des lettres explicatives. On peut trouver sa démonstration sur les dialogues insuffisante, mais il nous rassure en disant à plusieurs reprises que lui-même n’applique pas toujours ses conseils à la lettre. Toute cette partie - et c’est surtout son intérêt - est émaillée d’anecdotes ou d’exemples. Suivent en fin de livre quelques travaux d’écriture corrigés, et la liste des livres lus par King ces dernières années.


La dernière partie “De la vie : un post-scriptum” revient à l’autobiographie avec la narration de l’accident qui faillit lui coûter la vie en juin 1999. En écrivain, King prend manifestement du plaisir à se décrire comme un miraculé, à mettre en valeur son chirurgien et surtout Tabitha, qui a joué un rôle important pour son moral et sa reprise de l’écriture.


King apparaît ainsi tel qu’en lui-même : un écrivain issu d’un milieu populaire, se faisant lentement au travers de l’écriture, affrontant péniblement ses démons, et qui ne peut écrire que pour et sur la classe moyenne américaine, la seule qu’il connaisse vraiment. Reconnaissant envers Tabitha, qui a toujours été le pilier du ménage, qui l’a fidèlement soutenu dans son travail et permis de devenir lui-même. Un homme né de l’écriture, qui ne vit que de l’écriture et que pour l’écriture, qui a changé son existence et en a modelé le cours. En dépit de ses maladresses, de sa confusion, on ne peut qu’être touché par ce livre, prolongement d’Anatomie de l’horreur, qui, au-delà d’un recueil sur l’art d’écrire, est un hommage au pouvoir de l’écrit et du livre, qui a sauvé deux fois la vie de King, de la médiocrité et de la mort.


Stephen King, Écriture, Mémoires d’un Métier, Albin Michel, 2001, 378 p.


Roland Ernould






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