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  Sommaire - DVD -  A - F -  Collateral -Edition Spéciale
"Collateral -Edition Spéciale"
de Michael Mann

Avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Plinkett Smith, Mark Ruffalo
Paramount Vidéo

Quand des films portent certaines signatures, on sait que ce ne sera jamais un navet, peu probablement un mauvais film, éventuellement moyen, obligatoirement bon et éventuellement un chef d’œuvre. Michael Mann fait partie de cette élite. Son premier long-métrage, téléfilm aux States, sorti en salles en Europe, Comme un homme libre, suivait Peter Strauss, prisonnier trouvant un semblant de liberté en courant tous les jours. Et puis premiers pas dans le cinéma avec le très esthétique Le solitaire (Thief, en vo) où James Caan était un cambrioleur de haut niveau. Là, Mann dévoilait son goût pour des images léchées, inédites et surtout très éloquentes quant à leur signification. Suivent alors dans des genres bien diversifiés La forteresse noire (adapté du roman gothique de F. Paul Wilson, sur un démon enfermé dans une citadelle tombant lors de la seconde guerre mondiale entre les mains des nazis), le sublime Manhunter (Le sixième sens) d’après Thomas Harris où apparaît pour la première fois Hannibal Lecter sous les traits de Brian Cox à l’époque (remplacé dans l’abominable remake rebaptisé comme le roman, Dragon rouge, par Anthony Hopkins, actuel détenteur du rôle !), sa splendide nouvelle version du Dernier des Mohicans avec Daniel Day Lewis, Heat avec de Niro et Pacino, la référence des braquages au cinéma, son chef d’œuvre Révélations ( The insider) avec Russel Crowe interprétant celui qui dévoila au grand jour le scandale du tabac, aussi puissant qu’un documentaire et aussi percutant qu’un polar de haut niveau, sa biographie du boxeur Cassius Clay alias Ali et enfin un retour au polar urbain avec ce Collateral de haut niveau, qui gagne de la valeur à chaque nouvelle vision.
Un pitch très simple : une nuit, Max (Jamie Foxx, dont le talent n’en finit plus d’éclater puisqu’il reçut l’Oscar cette année pour Ray ) prend Vincent qui lui demande de lui servir de chauffeur au hasard de tous ses rendez-vous nocturnes contre une forte somme. Max accepte et en même temps, découvre que Vincent est un tueur à gages qui doit éliminer quelques « clients » durant cette nuit. Et les perspectives de laisser la vie à Max sont inexistantes. Sauf si...

Sauf si cette plongée dans le film noir prend des allures de chemin de rédemption, d’amitié, de découverte, de vie et de mort, le tout au cœur d’une ville aussi fascinante qu’elle peut être indifférente à ce qui se passe dans la vie de ses habitants qui est Los Angeles. Tourné en DV pour capter au mieux les différents visages de la cité des Anges qu’il parvient à faire vivre comme un troisième personnage lié aux deux autres dans cette ballade nocturne, Michael Mann livre ici un modèle de perfection narratif alliant parfaitement l’image à ce moment de vie de deux individus à priori que tout oppose mais qui en fait ont besoin l’un de l’autre pour se révéler à eux-mêmes. On pouvait craindre un rejet quant au choix de ce support cinéma mais entre les mains d’un tel créateur, toutes ses qualités en sont décuplées. Quant au duo tom Cruise-Jamie Foxx, ils sont tout autant en osmose avec la vision que Mann a de son film qui aurait facilement pu n’être entre les mains d’un autre qu’un polar urbain sans réelle identité. Ce que Collateral n’est jamais : Cruise est parfait (l’abruti qui l’a traité de nul lors de la conférence de presse mériterait d’être donné en pâture à des piranhas affamés !), Foxx trouve le parfait équilibre pour être son égal dans ce duel étrange et maître d’œuvre de l’ensemble, Michael Mann signe ici ce qu’il convient de simplement qualifier de chef d’œuvre d’une sorte de néo-polar urbain, aussi fort dans son scénario qui se révèle d’une rare intensité que du pouvoir de ses images qu’il sait comme nul autre traiter de sorte à qu’elle revêt l’importance adéquate nécessaire à soutenir sa narration. Du très grand art, dont le plaisir est prolongé lors de la vision des bonus de cette édition Collector. Il n’y en a pas des tonnes mais ce qui est offert va à l’essentiel pour Mann, à savoir faire de Collateral le film qu’il souhaitait. Ainsi, le long making-of permet de concéder au cinéaste qu’il s’implique réellement dans son film au point de ne rien laisser au hasard : tout est suffisamment disséqué (et si ça ne suffit pas, le commentaire audio peut s’écouter en allant directement à une séquence qui vous a interpellé : vous verrez, Mann vous donnera une explication) pour ne plus douter que son film ne fut fait que sur le nom de Cruise. Loin de là, Mann avait tous les détails en tête avant. Autre témoignage le prouvant, les répétitions des acteurs. Tom Cruise en cheveux longs, poussé par un Mann voulant qu’il devienne vraiment Vincent. Et Cruise livrant « incognito » une pizza pour s’essayer à l’anonymat requis par son rôle ! Enfin, on retiendra aussi la scène finale où Mann reconnaît l’utilisation d’effets spéciaux pour obtenir ce qu’il voulait, seule incursion dans ce domaine pour un film qui n’en demandait quasiment pas. Des bonus certes pas énormes mais juste ce qu’il faut pour confirmer la puissance d’un film qui au fil des années, gagnera de plus en plus ses galons de chef d’œuvre.

Note : film : 10/10 DVD : 8/10 (copie superbe, format cinéma 2.35, image vidéo 16/9ème anamorphique)
Bonus (vostf) : commentaire audio de M. Mann ; making-of du film ; répétitions de Tom Cruise & Jamie Foxx ; scène coupée commentée par M. Mann ; effets visuels sur la scène finale.

Stéphane Thiellement



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