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  Sommaire - Livres -  A - F -  La Belle aux Bleus d’Argent-Coeur d’or à l’amer



"La Belle aux Bleus d’Argent-Coeur d’or à l’amer"
de
Glen Cook

Editeur :
L’Atalante
 

"La Belle aux Bleus d’Argent-Coeur d’or à l’amer"
de Glen Cook



10/10

10/10

Garrett est un privé comme on dit dans le jargon. Amateur de bière, de jolies filles mais aussi de ses souvenirs d’amours perdus qu’il traîne comme une vieille valise malgré les avertissements de l’Homme Mort, qui est un peu son protecteur, Garrett vit en un monde pour le moins étrange. C’est que ce type un peu paumé, un peu héros, un peu magouilleur, un peu tueur, comme dans les livres de Chandler évolue dans un univers où les hommes voisinent avec des races d’Elfes, de Tröll et même des hybrides. Qu’à cela ne tienne, Garrett prend tout ce beau monde par dessus la jambe. Or, une héritière qu’on dit fort belle vient à disparaître. Chargé de retrouver cette belle perdue en une Faerie sordide, Garrett s’en ira une fois de plus, accompagné par un Elfe noir végétarien et susceptible, un Homme Mort moraliste à ses heures perdues et de trois Groll, métis d’humains et de Trölls. Or, quelle n’est pas sa surprise quand il apprend que la dite héritière est en fait l’une de ses anciennes conquêtes. Le coeur emportera donc notre Garrett bien loin de chez lui, au coeur même du Cantard, qui est une sorte de "No Man’s land" où toutes les races s’entre-tuent. Faisant fis des quand dira-t-on, Garrett se lance dans sa quête, même si elle risque d’être très mouvementée, et les légendaires retrouvailles avec l’amour passé bien différentes qu’il peut se l’imaginer. Entre maléfices et coups de poings, Garrett ira encore de sa superbe dans une enquête où sa parole sincère mais pas forcément vraie lui causera parfois des problèmes de communications avec des interlocuteurs moins tolérants que l’Homme Mort.

Dans cette seconde aventure de Garrett, l’auteur nous joue un peu son "Usual Suspect" à lui. Sur le même ton acerbe et populaire, il nous narre une nouvelle histoire de disparition mais vue sous l’oeil de la caméra hilarante d’un Monty Python. Dans la demeure même de la redoutable maître-tempête Styx Orage, qui est un peu le gros bonnet du coin, rien ne va plus. En effet, c’est d’une affaire bien étrange et Pratchettienne dont il faudrait parler dans ce cas là, puisque notre héros et ses acolytes devront en découdre avec un Mammouth à poils laineux égaré dans la nature qui fait un peu office d’ET de service, une bande d’Ogres peu fréquentables et au coup de gourdin facile, de l’or qui "se barre", des héritières dispersées aux quatre vents et un étrange Tröll qu’on dit muni de dents de sabre. Tonnefer va encore en voir des vertes et des pas mûres, et Garrett s’ébattre gaiement entre quelques conquêtes, beuveries improvisées, enquête folle et un Homme Mort toujours là au bon moment pour vous dire : "tu vois, tu aurais dû faire gaffe là encore", et ses remettre à ses prévisions à la manière de Madame Solei......

Glen Cook n’en fini pas de nous faire rêver et frémir avec ses annales de La Compagnie Noire, qu’il nous introduit déjà dans un nouvel univers, riche et une fois de plus incroyablement original. Poursuivant son oeuvre de portraitiste, Cook nous dépeint un nouveau monde avec son propre système à lui, si on peut parler de système, tellement on a l’impression de trouver là un véritable fourre tout de la Fantasy mondiale. Des Ogres de grand chemin, des Trölls à la petite semaine, des Elfes endettés, des nains saoulés aux confiseries, et des héritières qui s’en vont en coup de vent, soit enlevées, soit de leur propre chef. En deux tome, Cook emprunte les pas de Pratchett mais en copiant tous les tics et redites de son écriture "pamphlétaire". Il nous dresse un monde où on parle encore argot et où les Centaures crèchent dans des maisons. On y enquête à l’emporte pièce, à la va comme je te peux, mais au final on fini par aboutir à une enquête finement menée finissant souvent par des bonnes réflexions sur le temps qui passe. Car Garrett a beau être un salopard malin, il cultive jalousement en contrepartie un sentimentalisme aigu que sa gouaille calculée et faussement moralisante cache mal parfois. Ce pathos en fait un personnage très attachant. De plus, le duo qu’il forme avec l’Homme Mort rappelle furieusement celui entretenu entre Mr Steed et mère Grand. Distancié mais sincère, Garrett maugréant sur les remarques paternalistes d’Homme Mort le misogyne, ce dernier, heureux comme un loir quand le privé vient lui compter les potins du jour. Même style direct à la première personne, Garrett évoque le Toubib de La Compagnie Noire. Quand à la région de Cantard mise en scène dans le tome un, elle est une correspondance géographique avec le monde de La Compagnie Noire. La prose dont fait usage l’auteur est volontiers outrancière, populaire, et les stéréotypes qu’il insère allègrement dans son histoire renforcent le ton comique si ce n’est parfois grotesque. En ôtant la noirceur pour la remplacer par un humour gouailleur et bon vivant, Cook montre qu’il est à la fois à l’aise dans la Funny-Fantasy croisée avec le polar urbain, voir campagnard, que dans une Fantasy en déliquescence, sauvage et féroce. Enfin, l’autre grand réussite de cette fantasy est le fait que les êtres issus de la sur-nature (morts-vivants, Ogre, Trölls, Centaures, etc...) sont terriblement semblables à nous, et c’est cette familiarité immédiate qui en fait une Fantasy plus humaniste qu’il n’y paraît.

La Belle aux Bleus d’argent, Coeurs d’or à l’amer, traduit de l’Anglais par Jean-françois Le Ruyet, Couverture de Michael Welply, L’Atalante, 281 & 299 pages, 13.40 € pae volume.






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