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  Sommaire - Livres -  M - R -  La Fille de la voleuse de rêves



"La Fille de la voleuse de rêves"
de
Michael Moorcock

Editeur :
L’Atalante (21 janvier 2002)
 

"La Fille de la voleuse de rêves"
de Michael Moorcock



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Ulric, dernier rejeton de la lignée Von Bek, est un aristocrate à l’ancienne, idéaliste raisonnable dont l’intellect, dont le comportement ont été forgé par de longues heures de méditations et d’escrime. Accablé par le souvenir du néant issu de la Grande Guerre, il s’évertue dès lors, en compagnie d’autres sympathisants, à provoquer l’avènement d’une Allemagne unie, d’un monde plus juste et plus humain.


Mais les menées d’Hitler et la montée inexorable du fascisme contrarient quelque peu ses aspirations : contrariété qui trouvera un point culminant avec la visite à Bek de deux tristes sires frappé de la croix gammée, dont le prince Gaynor de Mirenbourg, son propre cousin. Lui aussi est sorti très marqué des tranchées de Verdun ; mais là où Ulric - contre le nihilisme, l’absurdité de cette expérience - a choisi de cheminer froidement sur la voie de la conscience et de la raison, Gaynor s’est laissé séduire par la vision simple de l’existence comme une lutte brutale, de la force comme unique moyen d’arriver à ses fins. Derrière l’adhésion factice au régime nazi, il ambitionne de devenir le véritable homme providentiel de l’Europe, de prendre le pouvoir pour son compte. C’est oublier que l’idée de s’en remettre à un seul homme ou idéal, l’idée même de “providence” est dangereuse ; car il y a davantage d’individus corrompus par le pouvoir que de pouvoirs corrompus par un individu...


Toujours est-il que Gaynor, afin de complaire à Hitler et ses lieutenants, doit encore rentrer dans leur jeu. Raison pour laquelle il est venu récupérer le Graal et l’épée Ravenbrand, illustres objets et symboles de puissance que la légende a rattaché depuis longtemps au nom des Von Bek, et dont les nazis ont grand besoin pour asseoir leur suprématie (au moins sur les esprits). Ulric ignore la cachette du Graal, et refuse de céder l’épée ; les nazis reviennent en force, l’emprisonnent. Interrogatoires musclés. Sévices corporels et psychologiques. Tout l’arsenal du parfait petit tortionnaire est déployé pour arracher son secret à Ulric, qui ne trouve pas de répit même dans ses rêves. Rêves où, suivant la trace d’un lièvre blanc échappé de Alice in Wonderland, il est amené à croiser son reflet, un autre lui-même dans un autre monde. Ulric ? Elric ?


Là-bas, à Tanelorn, le conflit aussi fait rage, dont le pivot, l’axe criminel n’est autre qu’un avatar de Gaynor, et dont l’enjeu est carrément la cohésion du Multivers. Dupé par des ennemis surnaturels, Elric y perd son épée Stormbringer et sombre dans un état entre sommeil et éveil qui le rejette au fond d’un corps étranger. Elric ? Ulric ? Qui rêve qui ? Après un passage dans une Mittelmarch tirée des fantaisies romantiques et au terme de trajectoires échevelées, les deux rêveurs se retrouveront (littéralement) pour une bataille dantesque dans le ciel d’Angleterre, opposant les dragons de Melniboné aux escadrilles de Stuka nazies. Ébouriffant ! Mais tout ceci aurait pu laisser un sentiment général de déjà-vu et carrément rester banal si l’auteur n’avait profité de l’aubaine pour livrer une réflexion sur les fondements du nazisme, dénudant l’horrible et absurde syllogisme qui a conduit au plus grand génocide de l’Histoire et décrivant comment la vacuité des régimes tyranniques se nourrit et se renforce des circonstances. Le fascisme se glisse entre les failles de la démocratie jusqu’à en faire éclater la scène : c’est un spectacle hollywoodien dont les ombres et les terribles illusions ne se dissipent malheureusement pas facilement... Voici bien l’un des propos les plus pertinents de notre époque.


Michael Moorcock, La Fille de la voleuse de rêves, L’Atalante, traduction de Michel Pagel, 378 p.






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