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  Sommaire - Interviews -  Comédiens de doublage : Tomb Raider 2
Interview de Comédiens de doublage : Tomb Raider 2
Par Laurent Girard

Dernier ajout : lundi 24 janvier 2005

"Comédiens de doublage : Tomb Raider 2 "

Interviews de l’équipe du doublage : TOMB RAIDER 2 LE BERCEAU DE LA V.F.

Rôle : Lara Croft
V.F. : FRANÇOISE CADOL (V.O. : Angelina Jolie)

Quelle est votre formation ?
J’ai suivi les Cours Simon pendant longtemps, après j’ai travaillé avec une sociétaire de la Comédie Française, et ensuite j’ai continué dans un atelier de Niels Arestrup entre autres. J’ai joué dans des pièces de théâtre, des courts métrages, en revanche pas de longs métrages, car je trouve que c’est une "famille" dans laquelle j’ai du mal à entrer, c’est très difficile. Il y a des gens avec qui j’aimerais beaucoup tourner, mais ce n’est pas toujours évident de se retrouver dans ces situations et de pouvoir tourner avec ces gens-là ! Mais j’adore le théâtre !

Comment s’est présenté le doublage ?
Très rapidement après les cours et les textes dramatiques sur la radio France Culture. Et ce qui est très plaisant dans le doublage, ça nous demande une générosité énorme, essayer de couler dans le personnage comme un caméléon. Et c’est intéressant quand l’actrice joue bien, car ce n’est pas toujours le cas. (Rires)

Vous avez écrit la pièce de théâtre CHOP SUEY (2002) [critique dans la rubrique "Livres"] !
C’est ma deuxième pièce après LOVE AND MONSIEUR TESTE qui était un hommage à Paul Valéry. On l’a joué avec un extraordinaire décor où on a placé deux bandes de toile blanche et les portions du tableau étaient proje-tées derrière. Nous avons évidemment les mêmes vêtements des quatre personnages à une différence près, on a pas mis le manteau accroché près de la fenêtre ! Pour reprendre mes propos dans le dossier de presse que je vous ai donné, je me suis inspiré de la peinture "Chop Suey" (1929) d’Edgar Hopper et j’ai voulu donner vie aux personnages car on ressent un suspens dans le temps et ils ne montrent pas leurs émotions. J’ai donc écrit la pièce autour de l’éphémère et le vivant comme un papillon. Je me suis inspiré aussi de l’atmosphère et du sus-pense d’Alfred Hitchock et la bonne humeur du jazz. On l’a joué avec ma Compagnie (crée en novembre 2002) constituée pour cette pièce : Juliette Degenne, Frédérique Tirmont et Renaud Marx.

Justement Juliette Degenne a doublé Sandra Bullock sur quelques films, comment percevez-vous les deux actrices : Angelina Jolie et Sandra Bullock ?
C’est pas le même jeu à l’image, TOMB RAIDER est évidemment un film d’action et Angelina Jolie est plus sen-suelle. Surtout que je suis la voix de Lara Croft dans les jeux vidéos, mais ce n’est pas le même procédé de dou-blage ! Sinon, l’éventail de Sandra Bullock est plus large, en tant qu’actrice, enfin ce qu’on lui demande dans les scénarios, et on passe du rire au larmes, elle s’amuse vraiment et adore faire le clown. [note de la rédaction]. Par exemple, elle est drôle dans MISS DETECTIVE (2002), je la trouve sans prétention, très simple, rigolote, et j’aime bien ce qu’elle fait.

Vous voulez la rencontrer ?
Si ça se fait un jour, tant mieux ! J’ai failli lui envoyer un petit mot lors du doublage du dernier film L’AMOUR SANS PREAVIS, j’avais son adresse email et je voulais lui dire "Coucou ! C’est super ! Chapeau ! Un petit bon-jour en disant que j’étais ravie de la doubler !". La prochaine fois, j’envoie le petit message.

Vous avez doublé Connie Nielsen dans GLADIATOR (2000) et BASIC (2003), Asia Argento dans LA SI-RENE ROUGE (2002), quelles sont les autres actrices ?
J’apprécie surtout la comédienne chinoise Gong Li, je la double depuis ADIEU MA CONCUBINE (1992). Je viens de terminer le doublage de Michelle Yeoh pour LE TALISMAN. Je l’avais déjà doublé dans TIGRE ET DRAGON (2000). Melinda McGraw qui joue la sœur de Scully dans X-FILES. Sinon, il y a cette excellente nouvelle série PREUVE A L’APPUI [Crossing Jordan en V.O.] où j’ai doublé Jill Hennessy, ça se passe dans le milieu des mé-decins légistes qui essaient de faire parler les corps pour résoudre des énigmes policières. Je me rappelle aussi d’un dessin animé avec la troupe à Dingo où je me suis bien amusé avec Alain Dorval [voix de Pat Hibulaire] et Gérard Rinaldi [voix de Dingo], un truc complètement déjanté, c’était très rigolo !

Rôle : Terry Sheridan
V.F. : Marc Saez (V.O. : Gérard Butler)

A l’instar de votre personnage Terry Sheridan de TOMB RAIDER 2, racontez moi vos aventures ?
Je suis né en 1967 à Marseille. Dans les années 80, tout en continuant mes études de langues étrangères, j’ai tenté le Conservatoire en candidat libre. Je savais pas du tout comment ça fonctionnait. La prof m’a dit qu’il fallait prendre un texte ou une fable, alors j’ai pris LE CORBEAU ET LE RENARD en imitant De Funès et Bourvil. Tout le monde était plié de rire, avec ces réactions, j’étais sur scène comme un volcan, à la fin, la prof m’a bien fait redescendre sur Terre en me disant que c’était pas du tout le genre de la ’maison’. J’ai eu l’impression qu’on me plongeait sans prévenir dans un bain de glace (rires). Ça ma servi de leçon, j’ai rectifié le tir et j’ai réussi mes auditions. Par la suite, le réalisateur Philippe Carrèse (à l’origine de l’esprit des Nuls avec Chantal Lauby et Bruno Carette) a auditionné quelques élèves au conservatoire, et a la suite de ces auditions il m’a engagé sur ses deux téléfilms LA GUERRE DES ROCKS et LE RADHJA DES MERS. Il s’est trouvé que le rôle de mon oncle était tenu par François Leccia, aussi comédien de doublage [le personnage Lyle dans "Le caméléon"], et il m’a dit que si je montais sur Paris, il me donnerait quelques contacts ! Après de nombreuses parodies télé style LES 12 ABRUTIS (Les 12 salopards) avec Carrèse, et plusieurs radios sur Marseille (Forum 98), j’ai réussi le concours pour être animateur radio à RMC. Seul inconvénient : il fallait que je reste constamment à Monaco et je ne pouvais donc plus passer de castings, ni tourner de temps en temps. Comme je ne voulais pas devenir "Fonctionnaire de la radio", je suis parti avec mon petit baluchon à la conquête de la capitale...

Alors, étiez-vous sur la bonne voie -voix- ?
Je me suis présenté de la part de Leccia, mais c’était plutôt la galère, et pour moi, redescendre à Marseille était synonyme d’échec. Ça été très dur de commencer sur des rôles intéressants même si j’étais prêt. J’ai beaucoup assisté et j’ai fait des "man1" ou "man2" qui ne m’ont pas vraiment permis de sortir de ma chambre de bonne de six mètres carrés ou je me tapais la tête au plafond en me levant. Côté radio, je me suis retrouvé à faire du gar-diennage à Fun Radio et j’ouvrais la porte à Arthur qui entrait, téléphone portable à l’oreille, en me balançant des "vas-y ouvre vite la porte, je suis à la bourre" au lieu de me dire simplement "Bonjour". C’était tout de même as-sez violent je dois dire ! Bain de glace - Acte II (Rires)

La suite des événements ?
Un jour, j’envoie ma bande vidéo démo de mes tournages à Shula Siegfried [directrice de casting redoutée à l’époque par bon nombre de comédiens] car j’étais au courant du casting LE GRAND PARDON 2 (1992). A ce moment-là, j’étais barman en Autriche pour tenir, et elle m’a appelé en me disant qu’elle aimerait me rencontrer. Comme j’avais pas mal joué les mafioso dans des téléfilms, je me suis dit : "si je ne suis pas choisi pour ce type de rôle, j’arrête le métier !" Alexandre Arcady [réalisateur du film] hésitait entre Yvan Attal et un américain, au début il voulait pas entendre parler de moi. J’ai quand même décroché un rendez-vous et là je me suis condition-né à mort pour cette rencontre : costard sombre, barbe de 3 jours, super-bronzé et cheveux gominés avec l’air énigmatique, je me disais qu’il devait chercher un acteur à la Andy Garcia car je me disais que "Le grand pardon" est quand même une copie du "Parrain" de Coppola ! Acardy a parcouru mon C.V. avec une particularité sportive : les arts martiaux. J’ai accepté le rôle après lecture du scénario et là, j’ai touché mon rêve du doigt. Le tournage se situait aux Etats-Unis et je suis resté trois mois. Je me souviens sur le plateau, je discutais avec les figurants après un plan pendant la pause, et là une limousine arrive sur le port, et le grand Christopher Walken vient nous voir en se présentant " Hi, I’m Chris, you are Mike in the movie" ! J’étais tellement impressionné par le bonhomme que j’ai vaguement bafouillé une réponse - une bonne poignées de secondes plus tard. Vraiment impressionnant quand c’est ton tout premier long, d’arriver a Miami et de se dire qu’on est sur le même tournage que Walken et Jennifer Beals !

Eh bien, vous voyagez comme Terry Sheridan ?
J’ai vu d’autres pays grâce aux tournages : la Tunisie (1 mois) pour LE NOMBRIL DU MONDE (1993) avec Mi-chel Boujenah ; la Colombie (3 mois) pour la série AVENTURES CARAÏBES (1996) la suite de "Cœur caraïbes" avec Vanessa Demouy ; le Cambodge (5 semaines) pour le téléfilm FEMMES DE PASSION (1995) avec Brigitte Fosset ; Montréal et Chamonix pour un film comique canadien avec Daniel Russo LES BOYS 2 (1998), l’équiva-lent de "Les Visiteurs" en terme de succès.

Vous vous êtes éloigné du doublage, pendant ce temps-là !

Quand je suis revenu à Paris, Luq Hamet [le mythique comédien de doublage de Michael J. Fox dans "Retour vers le futur"] m’a donné ma deuxième chance en passant un coup de fil à la Sofi [société de doublage de séries], et j’ai recommencé à enchaîner les doublages entre coups de cœurs et coups de gueules ! Dans cette boîte, je trouvais que la traduction était mauvaise pour des raisons budgétaires, et puis il y avait cette mentalité de "Fonc-tionnaire de l’Art". Pour moi, le doublage, c’est une corde de plus à son arc, en tant qu’artiste, je ne veux pas être cloisonné dans ce secteur. Je suis admiratif de ceux qui touchent à tout sans vraiment se fixer et qui passent du doublage au théâtre, au cinéma, ils connaissent la réalité des choses et la difficulté de percer dans ce métier mais ils ne baissent pas les bras. C’est le débat actuel, on est intermittent, il n’y a pas la sécurité de l’emploi, c’est un métier qui demande de se mettre en danger et de se remettre tous les jours en question. On peut bosser comme un malade pendant un mois puis avoir une traversée du désert, c’est le jeu ! Mais il faut jamais oublier que si on fait ce métier d’acteur, c’est avant tout pour brûler les planches ou imprimer la pellicule. Le doublage, il faut le prendre comme une merveilleuse opportunité d’entretenir son outil et de pouvoir habiter en sensibilité des rôles qu’on aura peut-être jamais, c’est la vie !

A propos de FRIENDS, votre sentiment vis-à-vis du nouveau doublage ?
C’est honteux qu’il n’y ai pas eu une solidarité des comédiens qui les ont remplacés et qu’ils aient accepté de passer les essais. Le combat mené est juste. Il n’y a même pas eu de négociation avec les comédiens, on les a jetés comme des Kleenex. Ce que les gens ne savent pas, c’est que la majeure partie des problèmes actuels des intermittents viennent des chaînes de télévision qui paient tard les boîtes de doublage, et celles-ci encore plus tard les comédiens, et ça crée des tensions. En plus, elles abusent du système, du genre, on emploie la standar-diste en la mettant intermittente et ça personne n’en parle ! Sur "Friends", c’est aberrant, les trois comédiens ont demandé plus d’argent car d’une certaine manière, la V.F a fait partie de la réussite de la série mais on est loin des cachets des Depardieu et Clavier pour les téléfilms minables de TF1 réalisés comme une bûcheronne de la pellicule par la "Dayan"...

Sur votre site "marcsaez.fr.fm", vous montrez votre admiration pour Don Cheadle ! Comment s’est pas-sée cette rencontre à l’image ?
C’était une fusion de personnage sur le téléfilm L’ETOILE DU BRONX (1996), l’histoire vraie du basketteur Earl Manigault tombé dans la drogue. Don Cheadle avait une sensibilité incroyable, malheureusement, je l’ai suivi uniquement dans le téléfilm POINT LIMITE (2000), les films MISSION TO MARS (2000), RUSH HOUR 2 (2001) et quelques épisodes d’URGENCES (saison 2002). Pour des raisons aberrantes de ce métier, certaines boîtes ne cherchent pas à se renseigner sur la personne qui a fait la voix précédente, et je trouve qu’il y a aussi une forme de racisme, d’une certaine manière. Comme je suis Blanc, je ne peux pas doubler des Blacks. A partir du moment où on habite le personnage par son énergie et que Don Cheadle n’a pas d’accent particulier, je sais que je colle au timbre de sa voix, et j’ai compris son œil, je me sens très proche de son émotion, on s’en fout de la couleur. C’est tout aussi réducteur pour un acteur de couleur qui ne pourrait donc doubler que des acteurs de sa couleur de peau, c’est aberrant !

Emmanuel Jacomy me vient à l’esprit, il est Blanc et j’admire sa capacité à se fondre sur Pierce Brosnan, Val Kilmer, Denzel Washington et Forest Whitaker !
En général, je pars du principe qu’une voix n’appartient pas à une personne en particulier, car je pense qu’il n’y a pas encore eu la rencontre de personnage. Patrick Poivey avec Bruce Willis, pour moi, c’est la référence indisso-ciable, d’ailleurs c’est une des personnes qui m’a aidé dans le doublage. Justement, j’aime aussi beaucoup Em-manuel Jacomy, c’est quelqu’un d’entier. Il maronne un peu parce que j’ai une plus grande collection de dvd que lui, mais côté boulot, on ne s’est jamais tiré dans les pattes même si on a tous les deux doublé Sutherland.

J’ai remarqué aussi votre abonnement aux personnages un brin déjanté, je crois que CHARLIE’S ANGELS II (2003) est le summum !
Oui ! Carrément ! Je me suis bien amusé, l’acteur Justin Theroux interprète un personnage très très en colère contre les Anges (Rires). Je me suis retrouvé sur ce film grâce à Philippe Carbonnier [directeur de Dôme Produc-tions] avec qui, j’adore travailler, il m’avait choisi pour doubler le méchant Mennon (Steven Brand) sur LE ROI SCORPION (2002). Il savait que j’avais doublé PETER PARKER/SPIDER-MAN sur tous les jeux vidéos et lors de l’adaptation du film en jeu, il m’a appelé pour les essais mais j’étais trop vieux alors je me suis retrouvé à doubler Jack Thompson. Sinon, j’ai pas mal déliré sur le film LE NINJA DE BEVERLY HILLS (1997) avec le gros Chris Farley, je me suis permis des improvisations où il n’y avait pas de répliques dans le V.O., par exemple, il y a une séquence où il se retrouve dans un restaurant japonais pour faire des sushis, dans la V.O., il ne dit rien, et coupe juste les trucs, et moi, je disais "allez hop, crevette", j’en ai fait trois tonnes et quand je revois le film ça me fait bien marrer (Rires). Je pensais que j’allais suivre l’acteur, et quelques mois plus tard, il meurt d’une overdose. Pas de chance. Il aurait mieux fait de se mettre aux crevettes, c’est plus sain ! Sinon, je sais que je pourrais bien coller sur Tom Cruise : c’est un appel (rires). Je trouves, par exemple, qu’Yvan Attal est trop léger et parle faux, il le massacre, il n’a pas de profondeur de jeu et Patrick Poivey est super niveau jeu mais trop lourd niveau voix.

Les séries ?
J’ai manqué le coche avec 24 HEURES CHRONO ! Enfin c’est surtout de la faute des responsables doublage de Canal + qui n’ont pas fait passer d’essais à tout le monde. J’avais déjà doublé Kiefer Sutherland dans GAUGUIN (2003) où j’ai rencontré Julien Kramer sur des essais de Sutherland et aussi sur le téléfilm LES DERNIERS JOURS DE FRANCKY LA MOUCHE (1997), je suis un peu déçu ! Sans dénigrer le bon travail du comédien ac-tuel, je trouve qu’il manque de la sensibilité et de la fragilité par rapport à la V.O. ! En revanche, dans la deuxième saison, je m’occupe du méchant Syed Ali (Francesco Quinn). Dans NEW-YORK UNDERCOVER (1994-98), je collais parfaitement au timbre et à la respiration de Michael De Lorenzo, j’étais en adéquation avec son person-nage, et je me suis même dit que c’est un rôle que j’aurai pu jouer ! Malheureusement encore une fois, on ne m’a pas repris sur la nouvelle série de l’acteur : RESURRECTION BOULEVARD (2000-02). C’est un manque évident de communication entre les boîtes de synchro, ils auraient pu me faire passer un essai !

Les dessins animés ?
A chaque fois, je m’explose la voix sur DEXTER (depuis 1996), mais c’est un bonheur. Sur le personnage principal, j’ai voulu jouer sur le côté petit ange avec une petite voix, mais qui pète un câble violemment quand on l’énerve. Je n’ai pas cherché à imiter le travail initial (une fille qui lui donne un petit accent allemand) mais m’inspi-rer de ce que véhiculait l’énergie de l’image. J’ai fait PABLO, LE PETIT RENARD ROUGE, pour Disney, et LES PINGOUINS À LA RESCOUSSE (2002) où j’ai fait deux personnages : le singe complètement allumé et la souris mâle zozotteur et amoureux d’une ’éléphante’. C’était encore un sacré délire sur le plateau, il y a d’ailleurs un making-of du doublage sur le dvd. Je m’amuse aussi beaucoup sur Bugs Bunny bébé dans les BABY LOONEY TOONS (il existe un dvd : LES JOYEUSES PAQUES DES BABY LOONEY TOONS).

Toujours un travail de changement vocal !
Oui, mais vous voyez, à partir du moment où on essaye d’uniformiser les personnalités et les talents, ça devient médiocre. Par exemple, sur les Disney, on cale notre dynamisme vocal sur un graphique lors des essais par rapport à la voix américaine, et on est choisi par l’ordinateur...
Il y a aussi le problème des stars payées très cher parce que les commerciaux pensent qu’ils vont assurer un succès, alors que la majeure partie du public, composé d’enfants de 3/4 ans accompagnés de leurs parents, se contrefiche de savoir si c’est Patrick Bruel ou Jean Dupont qui doublent "Sinbad". Vous allez voir que sur les prochains, ils vont mettre "Greg le millionnaire" sur les "Aventures d’Achille". Là, je dépose l’idée, j’y ai pensé le premier. (rires)

Maintenant, abordons votre travail sur Gérard Bulter !
Le doublage s’est très bien déroulé et c’est la première fois que j’aborde Butler. J’ai été obligé de m’adapter en cherchant une voix plus voilée que d’habitude et sévèrement burnée (rires). J’ai la chance d’avoir les cordes vo-cales qui bougent beaucoup en passant des intonations entre le grave et l’aigu.

Décrivez-moi le caractère de Julien Kramer ?
Très sympa sur le plateau, c’est quelqu’un de très exigeant et c’est tant mieux, parce qu’il pousse les comédiens à donner le meilleur d’eux-mêmes. Julien est à l’écoute et assez taquin, il va vous piquer quand vous vous plan-tez, c’est un jeu. Il fait tout pour qu’on sente le personnage à l’écran, comme il est comédien, il a une musique spécifique dans l’oreille, mais il laisse des libertés quand le ton n’est pas celui qu’il attendait mais que c’est juste et dans le personnage ! Julien a aussi l’intelligence de nous mettre dans différents styles de rôles.

Expliquez-moi le concept de votre pièce de théâtre LES FEUX DE LA GLOIRE (2002) ?
C’est l’histoire d’une troupe qui décide de monter un soap du genre "Les feux de l’amour" dans un théâtre où plane une malédiction. C’est une pièce grand spectacle mélangeant rire, gore et fantastique avec deux niveaux de lecture : les fans de Shakespeare y trouveront plein de références empruntées a son univers (par exemple : Macbeth), les autres assisteront à un spectacle totalement délirant mélangeant rire et surprises. Je voulais re-créer un peu l’ambiance du train fantôme, retrouver les sensations que l’on a dans certains parcs d’attraction américains comme Universal. Actuellement, j’essaie de la remonter sur Paris pour cette année, mais il nous faut une salle minimum de 200 places avec un plateau assez grand car il y a plein d’effets spéciaux pyrotechniques, on se bat à l’épée, bref ça déménage pas mal. En plus, ce type de pièce comico-gore fantastique fait un triomphe en Angleterre. J’espère qu’un producteur sera assez intelligent pour embarquer dans le train fantôme avec moi ! Il faut savoir que ça m’a coûté très cher, on a beau dire, mais l’argent est bien le nerf de la guerre. Malheureuse-ment, peu de salles ont le cran d’accueillir des spectacles sans "stars" ou sans personnes médiatiques...

Que pensez-vous des cinéphiles (comme moi) qui regardent les films en V.F. ?
Tant mieux pour le doublage, tant mieux pour nous, merci beaucoup ! (rires) Ça nous donne du travail d’une certaine manière, sinon, ça risquerait de disparaître ! Je me doute qu’en V.O., si on ne comprend pas l’anglais, on rate des choses avec les sous-titres qui synthétisent plus que le doublage ! D’ailleurs, le métier de doublage est considéré comme ingrat en général, on met notre âme en quelques jours sur un acteur qui s’est préparé et a tourné plusieurs mois pour le rôle, on livre notre sensibilité et notre intériorité sans attendre de lauriers. C’est bien, ca apprend l’humilité. En doublage, on est que le serviteur de l’acteur à l’image et certains s’identifient par-fois trop aux acteurs qu’ils doublent. Mais à l’origine quand on est acteur, on doit garder à l’esprit notre but initial : jouer sur scène et/ou devant la caméra toujours avec la même passion.


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