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  Sommaire - Interviews -  Comédiens de doublage : Terminator 3
Interview de Comédiens de doublage : Terminator 3
Par Laurent Girard

Dernier ajout : lundi 24 janvier 2005

"Comédiens de doublage : Terminator 3 "

Interviews des comédiens de doublage : TERMINATOR 3 LE SOULÈVEMENT DE LA V.F.

Par Laurent Girard

Rôle : Cyborg T-850
V.F. : DANIEL BERETTA (V.O. : Arnold Schwarzenegger)

Vous avez un an de plus qu’Arnold Schwarzenegger, pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Avant ma naissance, mes parents avait sympathisé avec Monsieur Peugeot parce que mon père était son peintre particulier en bâtiments. Et il s’est trouvé que je suis né à un jour près que le fils Peugeot près des usines de la ’marque du Lion’ à Edincourt ! Malheureusement à 3 ans, le fils Peugeot a eu une grave maladie, la poliomyélite, et son père m’a donné des jouets et un piano ! Alors, mes parents se sont décidés à m’apprendre le solfège pour en jouer ! J’ai fait un premier petit concert de sept minutes vers l’âge de 6 ans, et ensuite à 13 ans, j’ai monté un orchestre de bal de fin d’année au lycée de Montbéliard, et le surveillant général nous a acheté le premier piano électrique. Ensuite, on a fait des petits galas, pour rembourser les appareils, pendant quatre ans où on interprétait mes chansons. En parallèle, je commençais à prendre des cours de comédies avec ma prof de français. J’avais suggérer d’acheter tous les petits classiques (Racine, Corneille et Molière). On travaillait deux heures par se-maine et en fin d’année, j’ai joué Rodrigue, Knock ou encore le Cid.

A quel moment, vous avez eu la notoriété dans la chanson ?
Et bien, à 17 ans et demi, je suis monté à Paris parce que Henri Tisot m’avait remarqué dans un spectacle et m’a présenté à Mireille [grande vedette de la chanson moderne depuis les années 30, fondatrice du Petit Conserva-toire de la Chanson en 1955] et son mari Emmanuel Berl [journaliste, romancier, historien et surtout philosophe]. Ils m’ont hébergé longtemps, Mireille m’a appris la vie et elle est devenue ma "deuxième maman". Pendant trois ans, j’ai pris des cours au Petit Conservatoire et j’ai rencontré Richard de Bordeaux. A partir de 1965, on a fait plein de disques à succès. D’ailleurs, on passait à la télévision tous les deux jours pendant quelques années, et il y a eu une loi à la télévision à cause de nous ! Sur les deux seules chaînes de l’époque, la loi interdisait de faire plus d’une émission par semaine et par chaîne ! Grâce à la comédie musicale, JÉSUS-CHRIST SUPERSTAR (1972), dans le rôle-titre, Paul McCartney aimait bien la pièce et m’a écrit une chanson ’My love’, l’année suivante ! Mon plus gros succès est, sans doute, ma chanson écrite pour mon ami Nino Ferrer ’La rua madureira’ en 1968. C’est devenu un standard brésilien avec une trentaine de versions dans le monde depuis la première en Angle-terre et cette année en Italie !

Et la comédie, dans tout ça ?
J’ai commencé à jouer ma première pièce de théâtre CLOPIN-CLOPANTS (1966), et ensuite Marcel Camus m’a trouvé pour jouer le rôle principal dans UN ÉTÉ SAUVAGE (1970), et tout s’est enchaîné. J’ai rencontré l’acteur Oliver Reed sur le film LA POURSUITE IMPLACABLE (1970) et j’ai chanté le titre ’Un ami’ sur la musique d’Ennio Morricone, mais le disque n’est jamais sorti en France. Il y avait un metteur en scène au festival du film méditer-ranéen à Antibes, et j’ai eu la palme d’or de la meilleure musique du film L’OCÉANAUTE (1987).

Comment êtes-vous arrivé au doublage ?
Ce qui était assez drôle, j’ai commencé sur mon personnage dans APHRODITE (1983) tourné en anglais avec un son témoin. En revenant à Paris, je me suis post-synchronisé en anglais et je me suis doublé pour l’exploitation en France. La femme de Jacques Willemetz m’a mis sur des rôles principaux en doublage. Dans l’année 1986, je rencontre par hasard, un ami accompagné de Jacqueline Bourrel, une grande comédienne de doublage d’avant-guerre. Elle me conseille de la rappeler au téléphone le lendemain à 11 heures précises en me donnant juste cette consigne : parler le plus grave possible avec l’accent russe ! Donc, je la contacte avec le ton voulu et j’en-tends au loin une grosse voix qui dit : "He got the job" ! C’était Schwarzenegger ! (rires) Voilà, depuis DOUBLE DÉTENTE (1987), je n’ai pas arrêté de le doubler...

A part Schwarzy, on vous entend dans certains dessins animés et jeux vidéos !
Récemment, j’ai fait la voix du héros dans le jeu Tom Clancy SPLINTER CELL, et au mois d’août, le jeu vidéo adapté de TERMINATOR 3 avec les autres comédiens du doublage. Sinon, j’adore les dessins animés, et je suis parfois directeur de plateau ! C’est très plaisant, on prend des risques contrairement aux longs métrages live, on s’amuse à avoir des réactions inattendus. On découvre carrément les images à l’écran, en plus, on est souvent trois comédiens derrière le micro pour six personnages. Il faut être vigilant et se lancer dans le jeu de la situation. Evidemment, on chante beaucoup dans les dessins animés.

Comme GLOUPS, JE SUIS UN POISSON où vous avez fait le méchant !
Et surtout, LA BELLE ET LA BÊTE en 1991 ! Je faisais Lumière, le chandelier avec l’accent de Maurice Cheva-lier. Et d’autres exemples : L’ÉTRANGE NOËL DE MR JACK (1994) ou encore GHOST IN THE SHELL (1995)

Le meilleur film de Schwarzy selon vous !
Je suis un peu fan des TERMINATOR, quand même ! J’aime bien TOTAL RECALL (1991), LAST ACTION HERO (1993), et ses comédies, parce qu’il est trop drôle, il a un œil vachement intelligent, et il fait passer plein de trucs ! Sinon, ces derniers films sont ratés car il est complètement prisonnier des films d’action. mai il a le mérite d’avoir oser des films très comiques, par exemple JUNIOR (1994), un homme enceint, c’était risqué ! (rires)

Rôle : Terminatrice (T-X)
V.F. : SOPHIE RIFFONT (V.O. : Kristanna Loken)

Parlez-moi de votre formation de comédienne ?
J’ai toujours fait des petits spectacles, même quand j’étais gosse, je devais avoir 9 ans quand j’ai écrit, une pièce de théâtre contre l’esclavage que je revendiquais déjà ! Ensuite j’ai joué pour la première fois en public à 17 ans, et puis j’ai joué aussi dans un court métrage, par l’un des créateurs de "C’est arrivé près de chez vous" parce que je suis belge, ensuite j’ai suivi des cours, à l’Ecole Internationale de Lassaad, pendant deux ans. On construit le corps, c’était très physique et théâtral et on travaillait avec les masques ; et puis je suis venu à Paris, j’ai fait l’Ac-tor’s Studio pendant huit mois, l’Ecole du Passage de Niels Arestrup, j’ai fait un stage ’l’acteur face à la caméra’ pendant un mois avec Jeanne Labrune, j’ai eu mon premier boulot grâce à ça, j’ai fait des spectacles de rues FABLES RONDES ET CONTES À REBOURS, du théâtre BALTANGO, et c’était assez dur, parce que les com-pagnies de théâtre, sont toujours un gagne misère, c’est difficile d’avoir accès à la Cour des Grands.

Et votre arrivée dans le monde du doublage ?
Il y a cinq ans, on cherchait une voix pour doubler la pin-up rousse de TEX AVERY, j’avais des amis qui travaillait à la traduction, donc, j’étais au courant, ils avaient déjà écumés toutes les comédiennes attitrées, c’est la pre-mière fois qu’il y a avait une V.F. et que je travaillais dans ce domaine, toutefois je préfère Tex Avery en V.O., mais on a fait les choses de notre mieux, et ainsi j’ai eu la chance de rentrer par la grande porte du doublage.

Vous avez poursuivi dans cette voie !
Oui, grâce à Pérette Pradier, une extraordinaire comédienne qui est maintenant directrice de plateau, elle a dou-blé Kate Jackson dans la série "Drôles de dames", elle m’a formé et appris le métier, c’était ma marraine de dou-blage, et j’ai enchaîné sur les longs métrages.
Un film fantastique espagnol, INTACTO (2001), où le personnage principal a le pouvoir de voler la chance en touchant les gens, j’ai doublé Monica Lopez, et comme par hasard, je l’avais vu au cinéma en V.O. ; et j’ai fais aussi le rôle principal dans un film argentin EL BONAERENSE (2002). Ensuite la petite brune, Faith dans BUFFY CONTRE LES VAMPIRES. Et en dessin animé, la mère de JIMMY NEUTRON (2002). Ou encore les jeux vidéos, l’adaptation de BUFFY et bien sûr TERMINATOR 3.

Comment êtes-vous devenu la Terminatrice ?
Philippe Carbonnier de Dôme Productions m’a appelé, et comme il avait confiance en moi, il trouvait que j’avais la voix pour ce rôle, et voilà ! En principe, je double des Latines ou des Blacks, et en général, je fais des tueuses ou des femmes fatales, des filles qui ont du chien, du caractère, de l’énergie.

La T-X en est un mix (rires) !
Exact ! Elle a 10 répliques, elle n’arrête pas de cogner et balancer les gens, elle dit juste "Je veux une voiture" ou "Je veux une arme", elle se sert elle-même ! Elle dit aussi les noms des gens comme John Connor, et parfois, elle tue et après elle goutte le sang, et se dit "ah non, je me suis trompé" !

Au téléphone, vous m’avez dit que vous avez réalisé un court métrage ?
Plusieurs même ! Grâce à l’argent du doublage, depuis cinq ans, j’ai les moyens, ça ne prend pas énormément de temps, de faire en plus, mes courts métrages, en tant que réalisatrice (LE PETIT PARDON - 2002), et je ren-contre des comédiens intéressants, et je peux travailler ainsi, j’ai détourné un ingénieur du son en doublage et il a fait le mixage de mon film, et en plus, ils m’ont filé le studio ! Pour moi, c’est très cool (rires). Sinon, j’aurais été obligé de faire comme avant, de faire des petits boulots comme vendeuse ou serveuse, à 20 ans, ça va, passé la trentaine, c’est fatiguant...

Rôle : John Connor
V.F. : AXEL KIENER (V.O. : Nick Stahl)

Aujourd’hui, c’est votre anniversaire, qu’avez-vous retenu de vos 30 ans de vie ?
J’étais journaliste au Figaro, et j’écrivais des articles sur Sarajevo en 1995 lors de mon service militaire. Mais ça ne me convenait pas, je suis entré dans un atelier de théâtre et j’ai commencé à jouer dans des petites pièces : L’OURS DE TCHEKHOV et des courts métrages. Et je me suis intéressé rapidement au doublage.

Alors sans transition ! (rires)
Je suis entré dans le doublage parce que j’adore ça, j’ai commencé évidemment par des petits rôles dans de nombreuses séries comme CŒURS REBELLES et quelques 35 mm : BONE COLLECTOR (1999) ou COUPLE DE STARS (2002) ! En plus, je ne connaissais personne dans ce milieu, alors je continuais ce que j’avais envie de faire dans ce métier : les cours de comédie ! Aujourd’hui, je ne suis pas une des voix les plus connues du marché, mais ça commence à devenir plus facile pour moi. Dans les rôles plus importants de cette année, j’ai doublé Jason Lee dans DREAMCATCHER, Matthew McConaughey (pour la première fois) dans COMMENT SE FAIRE LARGUER EN 10 LEÇONS. Justement sur ce film, Barbara Kelsch était ma partenaire de doublage, elle a doublé Kate Hudson.

Donc, la destinée de John Connor est venu entre vos mains !
Si on veut, j’ai fait deux ans de doublage non stop, mais c’est un peu un piège, parce que je me suis éloigné de ce que j’aimais par dessus tout, mais je prépare un court métrage à la rentrée. Comme je ne suis pas le meilleur écrivain de la Terre, je veux créer une petite "famille", et ça va me permettre d’avancer. J’ai fait beaucoup de stages dans le milieu du théâtre, mais ce qui me fait vivre, c’est le doublage. Je ne désespère pas en étant fier de doubler des acteurs. C’est sûr, j’aimerais tourner un peu plus, grâce à un bon agent, ça va venir petit à petit, je crois vraiment en ça, malgré l’actualité avec les intermittents.

C’est la première fois que vous doublez Nick Stahl ?
Oui, et ce qui m’a surpris dans TERMINATOR 3, c’est la nouvelle technique un peu à l’américaine : ils font énor-mément d’hyper-ventilations dans la V.O., parce qu’ils sont dans une forme d’épuisement, ça court de partout, et à doubler, ça été extrêmement difficile, parce qu’il faut trouver une sorte de juste milieu, si j’en fait plus, je le dé-bordes, et si je le fais en-dessous, je suis pas dedans !

Vous avez vu le film en entier ?
C’est rare de tout voir, on ne fait que les dialogues, alors dans un film d’action, encore moins ! (Rires) En revan-che, je peux vous dire que les cascades sont hallucinantes, c’est une surenchère, surtout avec le camion, et la bande-son en met plein les oreilles, mais il faut faire attention à ce genre d’effets sonores, on en oublie presque l’histoire...

Rôle : Kate Brewster (T-X)
V.F. : BARBARA KELSCH (V.O. : Claire Danes)

Je vous connais exclusivement à travers votre performance vocale sur Milla Jovovich ! Comment a débuté cette aventure ?
J’ai été choisi après des essais et j’ai commencé avec LE 5e ELEMENT (1997), donc j’ai continué à la suivre, grâce au directeur de plateau Hervé Icovic [créateur de la société Alter Ego au début des années 90]. Et là, ça fait boule de neige !

Voulez-vous rencontrez Milla Jovovich ?
Pas vraiment, je la connais de loin par l’intermédiaire de Luc Besson en travaillant à plusieurs reprises sur le doublage de ses productions. J’ai peur de la rencontrer, même si je l’apprécie par sa générosité, il vaut mieux être complètement objectif, voir juste ce que fait l’actrice à l’écran et ne pas la connaître dans la vie... même si elle est formidable. Ça desservirait le travail et l’investissement total, ça serait difficile d’oublier la comédienne par rapport au personnage.

Vous doublez aussi Gwyneth Paltrow, par exemple POSSESSION (2002) ?
Oui, j’ai surtout aimé la doubler dans SHAKESPEARE IN LOVE (1998), sinon j’ai doublé Charlize Theron dans L’AVOCAT DU DIABLE (1997), MON AMIE JOE (1998) et son nouveau film BRAQUAGE À L’ITALIENNE, Shu Qi dans LE TRANSPORTEUR (2002), Kate Hudson dans COMMENT SE FAIRE LARGUER EN 10 LEÇONS (2003) et Rebecca Gayheart dans URBAN LEGEND (1998).

C’est la première fois que vous doublez Claire Danes dans TERMINATOR 3 ?
Non, c’est le deuxième métrage, mais l’essentiel dans ce genre de film, c’est l’action, et pas vraiment les person-nages. C’était pas une expérience enrichissante et ce n’est pas ce que je retiens en tant que comédienne.

C’est-à-dire ?
Je précise qu’il n’y a pas que le doublage dans ma carrière, mais ça fait partie du métier, bien sûr ! J’ai commen-cé avant tout par le théâtre, par exemple BLANCHE DE LA FORCE (Dialogues des Carmélites) il y a six ans et MÉDÉE avec Francine Berger. J’ai joué des premiers rôles dans des téléfilms [par exemple, LE DIABLE EN SA-BOTS en 1996] ; des rôles guest dans les séries comme CORDIER JUGE ET FLIC [épisode "Trahie par les siens" en 1998] ; au cinéma, j’ai contribué à la signature vocale de l’Alchimiste dans VIDOCQ (2001) et j’ai joué dans EMBRASSEZ QUI VOUS VOUDREZ (2002).

Les dessins animés ?
Aucun ! C’est un autre circuit ! J’avais passé des essais pour Walt Disney, maintenant il cherche des voix connues, donc, c’est parfait.

Donc, vous préférez vous en tenir aux films live ?
Etant donné que je ne fais pas la différence entre un tournage et un doublage, pour moi, je m’y investis autant. Le doublage permet d’aborder des personnages qu’on ne pourrait pas incarner dans un film. On apprend son métier de différentes façons : avoir une spontanéité, savoir garder son énergie pour les scènes à tourner comme une journée de doublage. Par exemple, sur JEANNE D’ARC (1999) : le rôle demandait énormément d’énergie, mais il ne faut pas tomber dans l’hystérie en devenant un danger pour la V.F.

Surtout l’inconvénient des mouvements devant la barre et le micro !
C’est frustrant, il ne faut pas bouger, mais au niveau des émotions, ça passe par soi, mais il faut respecter la respiration, le rythme et l’interprétation de la comédienne à l’écran, et c’est pas si simple !


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