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  Sommaire - DVD -  A - F -  2 soeurs
"2 soeurs"
de Kin Jee-woon
 

Avec Yeom Jeong-A, Im Soo-Jung
Wild Side Vidéo

Depuis maintenant quelques années, le Festival de Gerardmer tient à inclure dans sa compétition un bon nombre de films fantastiques asiatiques. Tout ça parce que Ring a (re)lancé le succès du genre, on a l’impression que tout ce qui vient du Japon, de Chine, et d’ailleurs est promu à un statut culte. Or, à force d’en voir, force est de reconnaître qu’il y a beaucoup de mauvais films aussi, exploitant un peu toujours le même filon (un fantôme avec de très longs cheveux tombant devant le visage : le jour où le fantôme sera chauve, là, on renouvellera quelque chose !) et surtout pas si souvent que ça bien réalisés. Ainsi, si Hideo Nakata obtint le succès avec ses Ring, ces derniers ne sont pas non plus des chefs d’œuvre mais par contre quand il fit Dark water, alors là, oui, il en fit un. Et quand arrive le remake américain, on découvre un excellent shocker, supérieur (allez les puristes, défoulez-vous !) à l’original. Dans la veine de Ring, les copies se suivent et se ressemblent. Et c’est The grudge qui décroche la timbale financière avec pourtant un film très moyen, sans trop de scénario mais surtout générant une scène choc à intervalle régulier. Le remake US sera du même acabit, ne renouvelant pas par contre la réussite de Ring, malgré la présence de Sam Raimi à la production. Donc, tout ça pour dire que les films asiatiques d’épouvante ou d’horreur réussis se comptent sur les doigts de la main. Et quand on en découvre un, il faut avouer que c’est le choc. Ainsi, dans les grands oubliés, on citera l’excellent Double vision de Chen Kuo Fu où un flic de Hong-Kong traumatisé par un drame personnel devait découvrir l’auteur de crimes autant atroces qu’étranges voir surnaturels, et ce avec l’aide d’un profiler américain (David Morse, parfait comme d’hab’), film présenté à Gerardmer l’an passé, produit par Columbia Asie et sorti directement en vidéo chez nous, la honte ! Si vous le voyez dans votre vidéo club, ne le ratez surtout pas ! Et donc au niveau choc, Gerardmer, au milieu de sa sélection asiatique catastrophique (un arbre hanté, un Takeshi Miike) couronna la Corée avec ce superbe 2 sœurs, la Corée qui domine largement la production d’Asie puisque l’an passé, c’est Cognac qui couronna un autre chef d’œuvre, Memories of murder. Revenons à 2 sœurs : n’en déplaise à beaucoup, ce n’est pas un film d’horreur mais plus d’épouvante déjà, et ensuite, c’est surtout et d’abord un magnifique drame, somptueusement réalisé, aux personnages passionnants, donnant du coup un film beau, triste, et terrifiant enfin. Le réalisateur appuie bien, au long des nombreux bonus de l’édition Collector sur le fait qu’il voulait un film d’horreur (de « terreur » serait plus adapté mais bon...) différent, où tout reposerait vraiment sur ses personnages. A la fin du film, on ne peut que saluer cette prouesse : 2 sœurs possède ce que beaucoup n’ont pas ou plus, à savoir un scénario digne de ce nom.

Deux sœurs reviennent dans la demeure familiale après une très longue absence. Rapidement, elles se heurtent à leur belle-mère, des disputes se transformant en conflits puis en combats puis en folies meurtrières. Inutile d’en dévoiler plus sous peine de déflorer certains coups de théâtre. Et il y en a dans 2 sœurs, au même titre que des apparitions cauchemardesques inédites (la scène du lit, et celle située dans la cuisine comptent parmi les plus grands moments de trouille de 2004 ! Et il y aussi un fantôme avec de longs cheveux noirs devant le visage mais là, il est vraiment flippant !). Mais la force du film, c’est d’intéresser le spectateur à une histoire où certes il sera inquiet puis terrorisé mais en même temps où il ressentira d’autres sentiments, sensations, tous liés à la période de l’enfance, au lien qui unit ces 2 sœurs, à ces peurs qui en réveillent de bien vieilles enfouies en nous, à la tristesse de perdre un être très cher. En fait, c’est essentiellement l’enfance qui domine tout le film, les rapports avec les adultes, avec la mort, la solitude. Des thèmes qui rappellent fortement un autre chef d’œuvre d’un fantastique similaire, le superbe L’autre de Robert Mulligan adapté du roman de Thomas Tryon. Tout comme ce film, 2 sœurs soigne sa photo, ses ambiances, ses silences, ses malaises pour mieux nous impliquer dans une histoire certes terrifiante mais d’abord et surtout très triste. Maintenant, le film de Kim Jee-woon est tout de même plus « torturé » que celui de Mulligan. Et c’est là qu’interviennent alors des bonus qui pour une fois enrichissent encore plus la découverte d’un tel film, d’une part en révélant des secrets qu’on percevait sans vraiment les admettre, et surtout en renforçant le sentiment que rien ne fut laissé au hasard et à l’impact des effets chocs. Que ce soit le making-of, les interviews des techniciens, l’entretien entre le réalisateur et son actrice, et même le point de vue d’un psychiatre (pas très long, heureusement...), tout renforce cette impression que 2 sœurs est d’une complexe richesse qui ne put que lui servir à être ce qu’il aujourd’hui : un vrai chef d’œuvre du cinéma fantastique Asiatique, ce qui est assez rare, plus précisément Coréen, et là, on sait que ce ne sera pas le dernier.

Note : film : 10/10 DVD : 10/10 (copie superbe, format 1.85 image 16/9ème compatible 4/3, vostf)
Bonus (vostf) : scènes supplémentaires commentées par Kim Jee-woon ; documentaire sur le tournage ; entretiens avec les techniciens, entre le réalisateur et l’actrice principale, avec un psychologue ; lettres de chacune des 2 actrices principales ; commentaire audio du réalisateur et du chef opérateur sur disque du film.

Stéphane Thiellement



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