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"La Belle et la Bête"
de
Emilie Etienne & Jean-Frederic NOA

Editeur :
AK Editions
 

"La Belle et la Bête"
de Emilie Etienne & Jean-Frederic NOA



10/10

Qui aurait cru que nous tenions en France l’un des plus grands talents au monde du "Graphic-art" si cher à Brian froud et surtout Wendy Froud ????
Emilie Etienne est une artiste de talent qui, avec cette adaptation du conte symbolique de Cocteau, signe une nouvelle donne dans la bd française. C’est que cette "Belle et la Bête" est une pure merveille artistique, un coup d’essai qui est vite devenu un coup de maître. Qui plus est, l’autre grande originalité de ce livre, que dis-je, de cette merveille graphique, c’est bien dans les matériaux utilisés pour la mener à bien. Emilie Etienne use de moyens aussi étonnants que des poupées, un art qui rappelle le meilleur de la famille Froud, un art figé, pris sur le fait, capturé par quelque étrange caméra qui leur imprime du mouvement. Cette machine à faire des miracles, ce projecteur de lumière tamisée, devient, sous les doigts délicats et magiques d’Emilie, les fragrances d’une mystérieuse aura, presque une luminosité, qui rend parfaitement compte de ce que l’on pourrait nommer la texture du conte, ces paysages hors du temps aux couleurs doucereuses tellement célébrés par les frères Grimm et Charles Perrault. La Belle et la Bête c’est l’histoire éternelle, la symbolique amoureuse autour du beau et du laid, du bien et du mal. Emilie Etienne, par le génie de ses mises en scènes de marionnettes, nous donne une histoire douce amère, un chant sacré autour de termes aussi anciens que l’amour paternel, l’amour qui dépasse la laideur, l’amour rédemption. Elle nous montre par son art délicat et discret cristallisé sur des pages aux nuances colorées, tout ce que ce conte peut contenir en puissance et en sincérité. Sincérité des moyens utilisés, sincérité d’une histoire faussement simpliste, cette version "marionnettes" d’un conte sans référents historiques ou temporels offrira aux plus jeunes et à tous les rêveurs de ce monde une pièce de théâtre douce amère balayée par un pinceau subtile qui enveloppe superbement les personnages des oripeaux sempiternels d’une nature sacrée. On pense au "Songe d’une nuit d’été" de Shakespeare pour cet hymne à l’amour et à la joie, ces petits riens qui sauvent, mais aussi à toutes ces histoires chuchotées jadis sous le toit des chaumières ou devant les cheminées, des histoires qui sont le fond commun de nos sociétés humaines et que le travail titanesque d’Emilie Etienne rendent si vivantes. Les visages sont comme baignés d’une douce lumière, comme si l’astre lunaire y aurait un temps abandonné son habit, robe mélancolique, pour laisser baigner ces poupées dans une étrange mixture sacrée, d’étranges créatures de cire et de son imbibées d’une floraison de verts, mordorés, ocres, rouges, bleutés, autant de tableaux aux nuances de couleurs qui sont autant de saisons, les saisons du conte, les saisons d’ailleurs si célébrées par les vers des poètes. Ce travail d’orfèvre est une réussite totale, une maîtrise absolue, un don fait à ceux qui savent encore rêver. Mais il est aussi et surtout le testament de tous les amoureux envers celle qui aurait dû être là quand il n’y avait plus rien, celle qui sauve lorsque au bord du gouffre, une main amie, une main aimante vient à point pour nous éviter l’abîme sans nom. Emilie Etienne concrétise ce doux rêve par son art subtile et évocatoire, son art de fée, ce résumé de ce que devrait être une vie, à savoir se sauver par l’amour. Un des plus contes au monde incarné avec justesse par l’art puissant et évocatoire d’une grande artiste qui est un peu notre Wendy Froud à nous, et même bien plus. Quand au verbe de Jean-Frederic Noa qui accompagne telle la voix du conteur les séquences oniriques de ce "Grand Oeuvre", il est là pour rythmer une histoire qui touche au coeur, tranche les chaires et sanctifie le mythe de l’amour rédemption. Superbe et discrète, la plume de Noa grave sur chaque tableau la trame, la pensée intime qui en fait la douce et franche folie, quelque part entre le "Toi et Moi" de Paul Géraldy et la réflexion naïve du Pug de Shakespeare à la fin du "Songe d’une nuit d’été", cette réflexion qui est la fois la vertu et la modestie du conte. Effet magique du conte et processus alchimique de l’oeuvre d’Emilie Etienne, on aura alors de cesse de lire et relire cet album, comme si, tout en pratiquant cet éternel recommencement de l’enchantement, nous tentions de nous emparer de l’ineffable, de ce bruissement de feuilles, de ces murmures que font parfois les hauts arbres dans notre vie, bref cette folle prétention de nous saisir un temps de ce que la vie peut compter d’essentiel, et qui malheureusement nous échappe encore et toujours. Magique, beau, vrai, le conte mis en image et en scène par les doigts magique d’Emilie, rallie réalité et songe, raison et imagination pour un hymne à l’amour, cet incroyable mensonge, mais qui, peint avec les pinceaux caressants de l’artiste et édifié de ses doigts de fée, nous en fait miroiter la victorieuse survivance malgré l’évidence du réel. L’un des plus beaux livres au monde tout simplement.............

La Belle et la Bête, Emilie Etienne et Jean-Frederic Noa, AK éditions, 25 €.






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