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  Sommaire - Livres -  Livres Jeunesse -  Les Chroniques de Spiderwick 1, 2, 3



"Les Chroniques de Spiderwick 1, 2, 3"
de
Tony Di Terlizzi & Holly Black

Editeur :
Pocket Jeunesse
 

"Les Chroniques de Spiderwick 1, 2, 3"
de Tony Di Terlizzi & Holly Black



Les Chroniques de Spiderwick
Tome 1 : Le Livre magique
Tome 2 : La lunette de pierre
Tome 3 : Le secret de Lucinda
Tony Di Terlizzi & Holly Black
Pocket Jeunesse
10/10

Il était Berger elle était laitière, ainsi vont toutes les comptines et autres fables propres à sécréter ces "images d’Epinale" qui font les canons du genre. Pareille apostrophe pourrait être allouée au couple DiTerlizzi/Holly Black, tellement la réalité rejoint la fiction dans cette saga belle et folle, de ces histoires qu’on attend de pouvoir lire et voir un jour dans des livres aux pages jaunies. Holly est une brillante plume et Tony un graphiste et dessinateur hors pair, et ces deux doux-rêveurs, insatisfaits devant la plupart des contes modernes qu’on racontait aux enfants, se sont dit un jour qu’ils serait temps d’écrire un cycle qui saurait à la fois contenter les enfants nourris aux jeux video et autres rêves de pixels que les nostalgiques des féeries de Jim Henson, Brian Froud, Stroud et toute cette cohorte d’explorateurs de Faerie qui, depuis la porte ouverte par le grand Arthur Rackam, n’ont de cesse d’arpenter ces chemins tortueux qu’il ne faut pas prendre, ces passages secrets cachés derrière les vieux tablaux, vieux tonneaux ou autres bureaux à l’abandon. Aussitôt dit aussitôt fait, "Les Chroniques de Spiderwick" s’annoncent comme la plus belle histoire de Goblins, Elfes, Farfadets, Trölls et autres bestioles issues des chapeaux des magiciens et pochettes surprises de notre enfance, folklore magique d’avant les races codifiées "fantasy" par Tolkien. En remontant plus loin, les auteurs reviennent au coeur de notre enfance où, en allant chez notre vieille tante, notre oncle, nos grands parents ou quelques vieilles demeures de notre imaginaire solitaire, on se figurait faire comme les enfants du cycle de Narnia de C.S.Lewis, trouver des souterrains et autres passages mystérieux menant à des forêts sombres, forêts des mythes où s’allumeraient durant quelques années encore notre douce folie de croire, avant l’épreuve de l’âge adulte et ses inévitables déceptions.

Trois enfants, les deux jumeaux Simon et Jared Grace, leur soeur aînée, Mallory Grace, emménagent avec leur mère dans une antique demeure à l’abandon. A l’occasion de mystérieux bruits entendus dès la première nuit, ils décident d’explorer la vieille bâtisse craquante. En découvrant une pièce secrète ils mettent la main sur une malle contenant un mystérieux manuscrit "Le guide d’Arthur Spiderwick du monde merveilleux qui vous entoure". Ils ne se doutent pas un seul instant qu’en ouvrant ce vieux livre craquelant ils ouvriraient les anciennes portes du monde de Faerie et en même temps celle donnant sur une autre dimension, une dimension non pas séparée de la nôtre, mais une dimension intimement liée à notre monde où des êtres étranges vivent et perdurent au coeur même de nos habitats. D’une écriture fine et douce comme celle des contes anciens, la plume de Holly Black nous entraîne avec justesse et délice vers des contrées inconnues peuplées de créatures et tribus inquiétantes et enchanteresses. Quand aux esquisses à la plume de Tony Di Terlizzi elles illustrent à merveille, comme le fit celle d’un Arthur Rackam à une autre époque, l’atmosphère féerique des contes à la Jim Henson ou l’onirisme doucereux des réalisations de Brian Froud. Ce premier volume est un peu une mise en place de l’intrigue claire et simple, avec plein de tendresse et de drôleries. Les portraits des enfants sont une totale réussite. On y retrouve les personnages du peureux à qui arrive toutes les crasses, celui de la soeur courageuse qui endosse un peu le rôle de mère alternative, celui du rêve enfin et surtout, où les dessous de lits, les coins de placards et autres souterrains secrets recèlent plus de contrées inconnues que les espaces sans fin de la science-fiction. Car c’est de l’accord entre une écriture habile et malléable alliée à des illustrations n&b et couleurs que provient la réussite de telles entreprises. Enfin, le grain même des pages a été alourdi, jauni, comme pour en renforcer la facture ancienne, si bien qu’on a vraiment l’impression de lire là un récit authentique, comme ces vieux livres d’ésoterisme assoupis sur les étagères des Bibliothèques de notre papa qu’on contemplait religieusement étant jeune. Les auteurs d’ailleurs jouent le jeu jusqu’au bout avec cette introduction où ils relatent leur découverte du manuscrit par une étrange lettre. Et les lecteurs se laissent prendre avec un plaisir complice. On se damnerait pour moins que ça.

Comme on devait s’y attendre avec une child-fantasy basée sur la Faerie, chaque nouvel épisode est envisagé comme une confrontation avec une nouvelle créature, les paysages changeants de l’imaginaire allant de pair avec une anthropologie d’un genre composé de plusieurs espèces. Ainsi, si le premier volume présentait un large panel de la Faerie, le second volume sera plus centré sur le peuple des Gobelins. Simon s’est fait enlevé par une bande de Gobelin, c’est Jared qui l’a vu depuis la bibliothèque secrète où il feuilletait le livre d’Arthur Spiderwick. Chafouin l’avait averti, les Gobelins habitent également la demeure et sont très dangereux. Seule alternative pour sauver son frère, Jared se doit de trouver la fameuse lunette de pierre, seule à même de faire voir les Gobelins, et de fait l’endroit où se trouve emprisonné son frère. Encore plus jouissif que le premier volume "La lunette de pierre" nous montre une nouvelle espèce magique, celle des terribles Gobelins. Sur un registre plus sombre, Jared se devra de faire alliance avec un bienveillant Hobgoblin, l’iconoclaste "Tête de lard", affronter une bande gobeline mettant à mort un Griffon, rencontrera un Tröll des marais pour le moins primaire, le tout dans une aventure menée tambour battant au coeur du manoir et au coeur des rêves enfantins. Un pur régal !

"Le secret de Lucinda" s’ouvre sur un rebondissement. Toute la famille Grace veut se débarrasser du livre d’Arthur Spiderwick, tous sauf Jared. Il faut dire que depuis qu’ils ont en leur possession ce livre leurs ennuis se sont multipliés par cent. Ouvrir la porte de la Faerie a un prix, et ces jeunes enfants sont las. Indécis quand à la démarche à adopter, ils décident de se rendre tous les trois à la maison de retraite où vit leur grande-tante Lucinda. Mais le problème c’est que Tante lucinda semble elle aussi connaître la même faculté de voir les petits êtres et que son caractère pour le moins ambivalent ne vas pas sans poser plus de problèmes. Porteuses de lourds secrets, Lucinda va leur révéler de nouveaux indices sur le mystère de la disparition d’Arthur Spiderwick. Ce troisième opus est lui centré sur le peuple des Elfes, non pas l’ethnie humanoïde codifiée par Tolkien, mais plutôt les Elfes de Rackam et de la tradition des contes populaires où ils n’étaient que de petits être bien inoffensifs et méfiants vis à vis des hommes dont ils ne connaissent que trop bien les fourberies. Cette nouvelle aventure sera aussi l’occasion de découvrir un nouveau personnage médiateur en la personne du Kobold mi singe mi lapin. Une licorne rescapée de l’extermination sera aussi conviée à cette aventure où il sera question de trouver un certain grand oncle. Que dire d’autre si ce n’est clamer son plaisir à savoir une telle série enfin écrite. cela faisait longtemps qu’on attendait cette histoire où dans un monde relevant de l’onirisme Rackamien, de l’inventivité à la Jim Henson et de la farce tendre à la Froud on voit déambuler des enfants qui sont un peu ces enfants que nous avons été et que la vie nous a si lâchement obligé à abandonner en chemin. Les couleurs chatoyantes de Rackam sont ici alliées aux peluches et autres marionnettes de l’écurie magique de Jim Henson pour nous conter ces contes de toujours, avec ses Elfes feuillus, ses Gobelins grégaires et ses Kobolds à énigmes. On reste émerveillés par tant de magie et de tendresse, d’espiègleries et de facétie. Ce cycle séduira les enfants à partir de 8 ans mais aussi les nostalgiques de ces "années Henson" où il suffisait d’une bande de marionnettes et d’animatronique pour susciter le rêve. Superbe et magique, on reste fasciné par cette excellent série réalisée non pas seulement pour les enfants mais surtout pour cet enfant qui dort en chacun de nous. Le quatrième volume, lui, nous fera découvrir le peuple des Nains. Un autre aperçu merveilleux du monde totalement aboutit de ce duo d’artistes du rêve.

Le Livre magique, La lunette de pierre, Le secret de Lucinda, Tony Di Terlizzi & Holly Black, Pochet jeunesse, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bertrand Ferrier, 140 pages, 135 pages, 136 pages, 11,95 € par volume.






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