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  Sommaire - Livres -  M - R -  Vittorio le Vampire



"Vittorio le Vampire"
de
Anne Rice

Editeur :
Pocket (27 septembre 2001)
 

"Vittorio le Vampire"
de Anne Rice



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Il y a vingt-cinq ans, Anne Rice dépoussiérait le mythe du vampire alors que Stephen King, à peu près à la même époque, avait repris dans Salem le Dracula de Bram Stoker avec ses caractéristiques figées de la fin du XIXe siècle. Il le modernisait juste assez pour le remettre au goût du jour. Novatrice, Rice abandonnait l’icône vampirique du cinéma d’horreur, du monstre nocturne aux canines acérées,assoiffé de sang. Ses vampires se comportent presque comme des êtres humains (enfants des ténèbres, ils vivent pendant la nuit), pensent, aiment, éprouvent des sentiments divers, évoluent. Leur psychologie, contrairement au modèle vampire, est particulièrement fouillée. Ils traversent les siècles, se promènent à travers le monde et jettent un regard désabusé et cruel sur les époques et les hommes. Entretien avec un vampire (1976) était le premier d’une série, Chronique des vampires, estampillée gothique flamboyant, qui comporte actuellement six romans, le dernier Merrick étant paru aux USA en 2000.


Rice entreprend un changement important dans le milieu des années quatre-vingt-dix. Elle décide, tout en gardant le motif vampirique, de changer sa présentation, avec une nouvelle série que son éditeur appelle Nouveaux contes des vampires. Sa caractéristique est de faire écrire leurs aventures par des personnages d’époques variées. Après Pandora, courtisane grecque apparue très épisodiquement dans les Chroniques, Vittorio le vampire est le second de cette série. Vittorio, jamais évoqué dans les romans de Rice, s’éloigne totalement des premiers personnages des chroniques et nous offre le portrait d’un nouveau protagoniste d’une autre nature que les précédents. Vittorio, qui vit toujours, écrit d’ailleurs au début de ses mémoires n’avoir aucune parenté avec “cette bande d’étranges vampires romantiques” de la Nouvelle-Orléans.


À l’époque de la Renaissance italienne, Vittorio est un jeune noble vivant avec ses parents dans un château de Toscane. Il fréquente assidûment la ville de Florence gouvernée par les Médicis. Dans une époque troublée, Vittorio mène l’existence dorée d’un passionné d’art, et s’intéresse particulièrement au peintre Philippo Lippi, sorte d’artiste maudit préfigurant ceux de la fin du XIXe siècle. Un jour, la famille est massacrée par l’intrusion d’un groupe démoniaque. Lui seul est épargné par suite de l’intervention d’une jeune femme, Ursula. Il veut se venger, et il est aidé par des anges, ceux qu’avait peints Fra Filippo Lippi. Après avoir rencontré sur son chemin les intrigues, la guerre, et toutes sortes de mystères, il parvient à exterminer les démons. Mais il épargne Ursula, qui l’aime, et cette faiblesse lui sera fatale.


Le principal intérêt du roman est le comportement du narrateur, un être déchiré, comme son peintre préféré, écartelé entre une aspiration sincère à la pureté, exprimée dans son œuvre, et ses tendances à la luxure. Divisés comme le double Jekyll/Hyde, Vittorio, de même que Philippo Lippi, se débattent entre l’amour et l’appel des anges. Tandis qu’Ursula, femme-vampire démoniaque se trouve rachetée par l’amour, qui l’amène à trahir les siens, Vittorio, qui veut combattre le mal, se laisse piéger par l’amour.


Rice a su naguère transcender le mythe et a créé une pléthore de portraits vampiriques. Mais il semble qu’elle est actuellement à court d’idées et que ses vampires inédits nous ont tout dit sur leur condition littéraire originale. Le nouveau filon s’épuise et le roman reprend des mythes traditionnels aussi usés que les méchants vampires qui colonisent et terrifient le village où Vittorio se trouve, avant d’en faire un des leurs. Difficile de tenir en haleine le lecteur avec des poncifs éculés. Anne Rice n’innove plus guère dans le fantastique et préfère nous entraîner vers un autre univers, celui du roman historique. Elle prend manifestement plaisir à essayer de restituer avec exactitude l’époque de la Renaissance, et consacre plusieurs pages à exposer ses sources. Le lecteur amateur d’aventures historiques et romanesques appréciera, en même temps que l’idylle Vittorio-Ursula, autres Roméo et Juliette d’époque, transportés de Vérone en Toscane. En revanche, les lecteurs qui aiment le mystère, le fantastique et l’horreur risquent d’être déçus. Ils trouveront pour se consoler des passages remarquables, comme le parallèle entre l’eucharistie et la cérémonie de mise à mort faite par la secte du Graal rubis.


Enfin il faut faire une remarque sur le récit lui-même : c’est l’histoire d’un adolescent de seize ans, tantôt transcrite de manière linéaire à la façon du journal qu’il aurait pu écrire à l’époque, tantôt revue par un personnage de cinq cents ans, avec des ruptures dans le ton qui peuvent paraître gênantes. Bref, un livre qui n’est pas désagréable à lire, mais qui n’apporte rien à l’immense talent de Rice.


Vittorio le Vampire, Anne Rice, Pocket Terreur, réédition, traduit par Airelle d’Athísz 284 p.


Roland Ernould






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