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  Sommaire - Livres -  S - Z -  L’évangile de Jimmy



"L’évangile de Jimmy"
de
Didier van Cauwelaert

Editeur :
Albin Michel
 

"L’évangile de Jimmy"
de Didier van Cauwelaert



6/10

La quatrième de ouverture dit tout, ou presque : à trente-deux ans, Jimmy, réparateur de piscines de son métier, apprend qu’il est le clone du Christ. Malheureusement, je ne vais pas pouvoir vous dire ce que je pense de ce livre sans vous en dévoiler une des péripéties. Si vous ne voulez rien savoir, arrêtez-là votre lecture.

La personnalité de Jimmy est soigneusement cachée au grand public et étudiée à la loupe par toute sorte de scientifiques : ses gènes vont-ils l’amener à faire des miracles, à soulever les foules ? Le gouvernement américain va-t-il pouvoir l’utiliser pour sa stratégie au Moyen Orient ? Le roman commence tambour-battant : Didier van Cauwelaert brosse un portrait de l’Amérique juste ce qu’il faut d’ironique, sans forcer la dose ni tomber dans la caricature. Le président par exemple, homosexuel sympathique, est tout à fait convainquant. On imagine sans mal cette société où l’on fume des cigarettes vitaminées et où les obèses doivent payer une amende forfaitaire ou subir une cure obligatoire. Les scènes d’amour sont également très drôles car Jimmy semble les vivre de loin. Il faut dire que la révélation de son identité le bouleverse en profondeur (on le serait à moins) et que ses réflexions et sa progression psychologique suivent un chemin rationnel et logique qui emporte l’adhésion. Le pauvre piscinier malheureux en amour se plonge corps et âme dans son rôle avec une naïveté qui rend encore plus détestables les sbires de la CIA et du FBI.

Mais quand le lecteur apprend, page 255, que Jimmy n’est pas le clone du Christ (alors que les autres personnages ne le savent pas encore), l’intrigue perd de sa densité, sinon de son intérêt. Jimmy n’est plus qu’un pantin qui n’arrivera à rien malgré sa foi, le lecteur le sait. Il devient pathétique et pitoyable, surtout lorsqu’il décide de vivre la Passion pour une émission de télé-évangélisme qui, bien sûr, ne mène à rien. De plus, dans les cent dernières pages, Jimmy est évacué et la parole donnée à son ancienne maîtresse, une journaliste. Les belles convictions de Jimmy s’écrasent contre la bêtise et l’intérêt sans même éveiller l’espoir et le lecteur se désintéresse peu à peu du faux clone qui aurait mérité d’être un vrai prophète.

C’est bien dommage.

Sandrine Brugot Maillard

L’évangile de Jimmy, Didier van Cauwelaert, Albin Michel, octobre 2004, 420 pages, 22 euros






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