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  Sommaire - Interviews -  Xavier Mauméjean
Interview de Xavier Mauméjean
Par Par Serge Perraud

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Xavier Mauméjean"


Presque coup sur coup, deux éditeurs fort différents publient un roman de Xavier Mauméjean : les Éditions du Masque proposent Gotham depuis janvier 2002 et Mnémos La Ligue des Héros en avril.


Gotham, que l’on peut sous-titrer : “Ou comment la folie vient aux hommes”, décrit la montée de celle-ci chez Jonathan Pike. Ce dernier mène une vie professionnelle et familiale basée sur des principes aussi rigoureux qu’intangibles et répond aux normes officielles de la réussite sociale. Mais les plus belles façades n’empêchent pas les termites de ronger les charpentes !


La Ligue des Héros, par contre, est un hymne à la littérature populaire dans tout son éclat, ses outrances, ses qualités et ses défauts. L’auteur s’attache à ces super-héros et s’amuse à en montrer des faces cachées.


Georges se voit imposer un beau-père dont sa femme n’a jamais entendu parler. Senior encore vert, cet homme semble sans passé et sans mémoire, jusqu’au jour où il découvre un comics. On comprend qu’il s’agit d’un super-héros à la retraite, placé dans une famille d’accueil.


Nous le suivons en Lord Kraven, Sauveur de L’Empire, alors qu’il participe, avec Le Maître des Détectives ou Lord Africa, à maintenir la paix mondiale et à sauver l’humanité des griffes de Peter Pan qui veut dominer l’Angleterre et imposer son Pays Imaginaire.


C’est un livre impossible à résumer tant il est dense, foisonnant, aux références multiples, passionnant avec cette vision nouvelle, à la limite de la parodie, esquissée dans “The Watchmen” d’Alan Moore.


Dans ces deux romans, l’auteur use d’un ton totalement débridé pour parler des sujets graves aussi bien que légers. D’une grande culture, avec humour, il multiplie les références aux mondes de l’enfance et de l’adolescence, jouant avec les concepts, les images et les situations, détournant ces univers pour leur donner une existence neuve. En holmésien érudit, il truffe ses récits d’allusions au “Canon”. Il apporte un souffle nouveau à cette littérature de détente, de dépaysement.


Est-ce que l’émergence de la folie est un sujet qui vous passionne ?



Je suis davantage intéressé par la question de l’identité, le fameux “ Qui suis-je ? ”. C’était déjà le cas dans mon premier roman, les Mémoires de l’homme-éléphant. John Merrick, Eléphant-Man, devait faire oublier son physique de monstre en imposant son intelligence, face à des membres de la haute société qui, sous une apparence irréprochable, cachaient une âme complètement pervertie. Dans Gotham, le héros, Jonathan, publicitaire riche et célèbre, devient une bête sanguinaire en l’espace d’un week-end. Mais je crois que sa nouvelle personnalité lui convient parfaitement. Lui qui vend des produits de la société ne veut plus en être un, et il est prêt à y mettre le prix.


Pourquoi ce retour vers une jungle originelle pour le héros de Gotham ?


Parce que je n’aime pas les phrases toutes faites qui ne veulent plus rien dire, du style : “ La vie est une jungle ”. Se retrouvant seul l’espace d’un week-end, Jonathan va prendre l’expression au pied de la lettre et transformer son loft en forêt amazonienne. L’occasion de retrouver son instinct animal, d’abandonner le superflu pour ne plus penser qu’à survivre. Tuer ou être tué, une sorte de darwinisme urbain, et tant pis pour ceux qui viendraient le déranger...


Una Sander, qui lutte contre Jonathan, présente au moins deux facettes très différentes. Ces personnages à la “Janus” vous fascinent-ils ?


Complètement. Monstruosité, folie, amnésie, tous mes personnages sont psychologiquement instables, en équilibre précaire, hésitant entre la raison et la démence. Mes romans sont pour eux l’occasion de choisir. Mais la morale ou les convenances qui sont des impératifs sociaux ne peuvent être prises en compte. Leur choix est libre.


Le basculement de Jonathan est déclenché par une fissure dans une faïence dans la salle de bains. Cette fissure est-elle symbolique ?


Là aussi, c’est une formule banale de dire qu’un type est fêlé. Je me contente d’en tirer les plus extrêmes conséquences...


C’est l’atmosphère de New York qui pousse votre héros à la folie ?


Absolument. New York s’est imposée comme une évidence. Il suffit de penser à King Kong, qui lui aussi passe d’une jungle à l’autre, au “ New York 1997 ” de John Carpenter, à Richard Matheson décrivant cette mégapole envahie par les vampires dans Je suis une légende, ou au film “ La Planète des singes ” de Franklin J. Schaffner et son final ahurissant, quand on découvre la statue de la Liberté émergeant du sable. Sans parler de la récente actualité : il ne faut pas se demander “ Pourquoi c’est arrivé ? ”, mais “ Pourquoi ce n’est pas arrivé avant ? ”... New York est folle, et ça lui va bien.


La Ligue des héros, n’est-il pas, par contre, un livre-hommage à la littérature populaire ?


C’est une dette à payer, un hommage rendu à Conan Doyle, Burroughs, H. G. Wells, Barrie, mais aussi aux auteurs de comics comme Stan Lee ou Alan Moore.


Vous proposez une fantaisie totalement débridée. Mais cela accroît la difficulté d’écrire un roman d’énigme ou d’enquête...


Oh oui ! Il ne fallait pas que ça tourne au délire, que ce soit lassant pour le lecteur. D’où la nécessité d’une structure au cordeau. Partant de l’idée que Peter Pan et le Pays de Nulle Part étaient une réalité pour l’Angleterre victorienne, j’ai entrepris un énorme travail de documentation, rassemblant quantité d’informations sur la science et les mœurs de l’époque, la guerre de 1914, l’enlèvement du bébé Lindbergh etc. L’idée étant de décrire un univers parfaitement cohérent, dominé par la figure de Peter.


L’idée de mettre des Super-héros en retraite ne rejoint-il pas le plaisir que vous prenez à faire tenir des contre-emplois à vos personnages ?


On retrouve la question de l’identité. En 1969, dans notre réalité, un vieil homme amnésique qui avait disparu depuis plusieurs décennies est confié à sa famille. Disques de rock et lecture de comics vont le persuader qu’il est un super-agent de la reine Victoria, luttant contre Peter Pan. Problème 1 : l’enfant aux oreilles de faune n’a jamais existé. Problème 2 : Le vieil homme n’a peut-être pas tort...


Pourquoi faire tenir le rôle du méchant à Peter Pan et presque réhabiliter le Capitaine Crochet ?


Mais Peter Pan est vraiment un sale gamin, il suffit de lire le roman de Barrie ! Un tyran n’hésitant pas à tuer, qui martyrise ses compagnons, et dont le passe-temps favori consiste tout de même à enlever des enfants... C’est pourquoi il n’arrête pas de perdre son ombre, ou son âme. Je pense que Peter pourrait devenir une véritable figure du mal, une icône du fantastique au même titre que Dracula. Ça permettrait de rafraîchir le genre, et d’écrire autre chose que des histoires de vampires...


La Ligue des Héros, ça vous a plu de l’écrire ? Vous recommenceriez ?


J’ai effectivement pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre. Lord Kraven, le héros, est une sorte de James Bond victorien toujours prêt à traquer des maîtres du mal dans leur base secrète. Avec Mnémos, nous envisageons sérieusement une suite.


Le monde de Sherlock Holmes semble vous attirer. N’êtes-vous pas tenté de faire de Peter Pan un nouveau Moriarty ?


Davantage que Peter Pan, le rôle du super-vilain est tenu par le baron Tod, le sinistre docteur Fatal, ou l’inquiétant Masque de Jade, aux noms immédiatement évocateurs. Peter, lui, est le mal absolu. Mais il est vrai que l’ombre de Sherlock Holmes plane au-dessus de la Ligue, ainsi que celle de Tarzan et de tous ces héros aux cœurs purs. Simplement je m’arrange pour leur faire perdre leur innocence.


En trois romans, vous traitez des sujets très divers. Êtes-vous enclin à la découverte ?


C’est mon unique objectif. Changement de style, d’ambiance... D’où l’intérêt d’une suite à La Ligue des Héros qui ne soit pas un simple prolongement.


Quelle autre bonne surprise nous concoctez-vous ?


Un thriller historique pour Le Masque, extrêmement violent, basé sur des faits réels, et situé dans la Babylone du sixième siècle avant JC. Sinon, j’aimerais écrire un roman sur l’auteur des blagues Carambar. Un anonyme célèbre, qui manipule les gosses en toute impunité. Un autre Peter...



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