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  Sommaire - DVD -  S à Z -  Troie
"Troie"
de Wolfang Petersen

Avec Brad Pitt, Eric Bana, Brian Cox, Diane Kruger, Orlando Bloom
Warner Home Vidéo

Un budget de 185 millions de dollars, un total de recettes mondiales de 480 millions de dollars, Troie n’est assurément pas le grand vainqueur du box-office 2004. Mais en même temps, il n’est assurément pas le gros blockbuster hollywoodien poussif que tant ont décrié. Pour eux, parce qu’il y Brad Pitt, parce que ça vient d’Hollywood, Troie ne pouvait être qu’un gros nanar pété de thunes mais sans âme, sans histoire, sans personnages. Et ça, on a pu éventuellement le ressentir au niveau d’une timide campagne promotionnelle ainsi qu’au travers d’une affiche qui manque singulièrement d’ampleur, pas des plus réussies au vu du film. Car une fois le film vu, il faut quand même admettre que Troie est bien meilleur que ce qu’on pensait ou ce qu’en disait les sinistres oiseaux de mauvaise augure qui pensent posséder la science infuse et avoir des idées qui sont à prendre comme parole d’évangile (le même genre de péquins qui va s’extasier sur une bonne bouse bien intellectuelle et prise de tête pondue par le prétentieux de service tout frais sorti de son école de cinéma !). L’histoire, c’est celle de la chute de Troie, suite à la folle passion d’un de ses princes, Paris (Orlando Bloom, pas aussi charismatique que dans la trilogie du Seigneur des anneaux et Pirates des Caraïbes), pour la belle Hélène reine de Sparte. A partir du moment où elle s’enfuit pour rejoindre Paris, l’argument pour les ennemis de Troie est lancé pour la guerre. A la tête de Troie, le frère de Paris, Hector, futur roi, dont la sagesse n’a d’égale que son courage et son intelligence ; face à lui, outre les armées d’Agamemnon, il y a le plus grand guerrier de l’antiquité, Achille. Tout l’avenir de ces empires et de ces hommes va basculer dans le chaos à la suite d’une passion encore plus dévastatrice qu’une simple guerre. Tout cela, on le connaît. Mais c’est aussi à partir de là qu’arrive le premier point positif de Troie : le scénario est excellent, ce qui n’a rien d’étonnant vu qu’il est signé David Benioff, le gars à qui on doit le magnifique et à ce jour seul chef d’œuvre signé Spike Lee, La 25ème heure (en vidéo, il fut rebaptisé 24 heures avant la nuit). C’est lui qui réussit à faire de Troie plus qu’un simple péplum du moment, c’est lui qui fait de ses personnages des êtres hors-normes mais en même temps humains d’abord et avant tout. Et le duo d’acteurs chargé d’interpréter Hector et Achille transcende l’écriture pour faire vraiment exister ces antiques héros. Tout d’abord Achille, alias Eric Bana, l’acteur australien qui commença sa carrière comme humoriste avant d’apparaître sur la scène internationale en Chopper dans la biographie homonyme du plus célèbre psychopathe du crû. On se souvient encore de lui dans La chute du faucon noir, on l’oubliera dans la pathétique et ridicule Hulk, et là, il explose littéralement. Face à lui, un Brad Pitt qui fait de son Achille non pas le beau gosse super guerrier mais bel et bien un véritable guerrier d’élite, comme il a dut en exister, qui en arrive à être lassé de tous ces combats. A un point qu’il en arrive presque à souhaiter à mourir à chaque nouveau défi qui lui est lancé. Là-aussi, Pitt trouve ici son meilleur rôle depuis bien longtemps, surtout dans un tel film où il était facile d’être transparent et de se laisser aller à jouer du regard et des muscles pour satisfaire la gente féminine et aussi masculine certainement. Pitt donné à Achille une dimension certes créée par Benioff mais existant par le biais de l’acteur : le voir conscient de la crédulité des hommes par rapport aux Dieux auxquels il ne croit pas comme il le dit si bien en argumentant qu’ils sont jaloux des humains parce q’ils peuvent mourir, c’est ce qui donne à Achille une dimension que l’acteur a parfaitement assimilé. Ensuite, il y a quand même une reconstitution assez phénoménale qui donne une partie du grand spectacle de Troie. Mais on arrive maintenant à la plus grande erreur du film, son réalisateur. Récemment, Peter O’Toole a déclaré qu’il ne voulait plus entendre parler de Troie et surtout de Petersen qui n’a pas la stature d’un vrai réalisateur. Pour un tel projet, on est plus que d’accord : c’est très classique. Et au vu d’un tel scénario, d’acteurs parfaits dans leur rôle, on peut rêver à ce qu’aurait été Troie sous la direction d’un McTiernan, d’un Michael Mann voir même d’un Ridley Scott. Ce n’est pas le cas, et Troie souffre d’un tel choix. Il y a fort à parier que de ce coté là, on attend vraiment de voir ce qu’Oliver Stone a fait de son épique Alexandre. Mais une chose est sûre : ça ne peut pas être pire que Troie. Lequel mérite amplement d’être réhabilité pour toutes ses autres qualités. Ce qui n’est pas gagné quand on voit le DVD, côté bonus : que du pur commercial certes intéressant puisque disséquant la création du film, des effets spéciaux de masse (navires, soldats, etc...) à la recréation de la ville de Troie qui par rapport aux ruines découvertes, a subi quelques libertés créatrices en s’inspirant de plusieurs civilisations. On attendait plus, quelque chose de plus conséquent, de plus riche, que ces 3 making-of auxquels s’ajoute un quizz sur les Dieux de l’Olympe ! Enfin, même si cela s’avère modeste, il faut impérativement redonner une chance à Troie, redécouvrir un excellent péplum malheureusement desservi par une mise en scène définitivement trop banale.

Stéphane Thiellement

Note : 8/10 DVD : 6/10
Bonus (vostf) : 3 reportages sur la création du film au travers des batailles, de la reconstitution de Troie & des effets spéciaux ; présentation
virtuelle des dieux de l’Olympe ; bande-annonce.



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