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"Les Jeux du Capricorne"
de
Robert Silverberg

Editeur :
Flammarion (20 septembre 2002)
 

"Les Jeux du Capricorne"
de Robert Silverberg



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Ce deuxième volume des “Nouvelles au fil du temps” est introduit par un saisissant tableau de la thématique SF des années trente à nos jours, dressé par Silverberg lui-même, et de son enracinement dans chaque présent successif. L’auteur parle de lui aussi, et de cette période cruciale (1971-1974) après laquelle il décida d’arrêter d’écrire. Comme nous le savons, le “sinistre sortilège qui (le) bloquait s’est dissipé” en 1980 avec la grande saga de Majipoor. Toutes les nouvelles de ce second tome datent de cette époque troublée, hormis les quatre dernières, contemporaines du premier Majipoor.


Dès 1972, Silverberg doutait de la valeur de la SF, ce dont témoignent la fin désabusée de Bon pour le service des organes, la nouvelle-essai Le Panthéon de la SF (allusion à la célèbre anthologie “The Science-Fiction Hall of Fame” qu’il dirigea en 1968), ou l’intro à Nef ma sœur étoile ma sœur, texte lyrique qui servira de base au roman “Starborne”. Cela ne l’empêcha pas de donner quelques merveilles de psychologie évoquant “L’oreille interne”, comme Pousser ou grandir, Dans les crocs de l’entropie, ou ce douloureux portrait d’un astronaute culpabilisé par la mort de ses collègues, et qui se laissera entraîner vers La Fête de Saint-Dionysos. Le thème du voyage dans le temps, qui l’a toujours attiré, se retrouve dans sept textes, dont le virtuosissime Des mondes à profusion ou l’amusant et très silverbergien Ce qu’il y avait dans le journal de ce matin. D’autres motifs sont plus rares, tels la judéité (Le Dibbouk de Mazel-Tov IV, Schwartz et les Galaxies, empreints de grande tolérance), l’humour (Bonnes nouvelles du Vatican, ou l’élection d’un pape robot), le sexe (Le Collectif) ou la nature (Le vent et la pluie, véritable sermon écologique).


Et son talent évocateur est toujours aussi remarquable : Traverser la ville ressort d’un fantastique urbain fort inquiétant, tandis qu’Une mer de visages nous emmène dans un univers onirique des plus flamboyants : le psychiatre plonge dans l’esprit de sa patiente, thème que Silverberg avoue avoir repris en toute innocence du “Maître des rêves” de Zelazny (“ de toute façon, ce genre d’emprunt inconscient est monnaie courante”). Cette période se clôture par un pur chef-d’œuvre d’humanité rare, tel que Silverberg sait si bien en écrire, La route morte, plutôt fantasy, et, qu’après avoir obtenu les droits d’auteur (sic !), il reprendra dans “Le Château de Lord Valentin” huit ans plus tard. C’est un texte épique, à l’ambiance douce-amère de résignation et d’acceptation du destin : “le mieux qu’on puisse faire, c’est tenter d’être heureux, si sombres soient les temps qu’on traverse. (...) Tirons le meilleur parti de ce qui nous est donné. Taillons la route qu’il nous faut suivre”.


Parmi les quatre nouvelles post 1980, on retiendra Notre-Dame des Sauropodes (une astronaute perdue sur... Dino Island où l’on a recréé des dinosaures à partir d’ADN (tiens, donc), et surtout l’admirable En attendant le cataclysme, bouleversante évocation des dernières semaines d’un monde promis à sa fin.


Dans l’une des introductions qui précèdent chaque texte, Silverberg proclame : “à mon avis, la nouvelle de science-fiction idéale doit à la fois étonner et ravir”. On ne pourra que constater que ce second volume contient bon nombre de nouvelles idéales.


Les Jeux du Capricorne, Robert Silverberg, Éditions Flammarion, Traductions revues par Jacques Chambon et Pierre-Paul Durastanti, 722 pages.


Bruno Peeters






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