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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  Les Menottes rouges

"Les Menottes rouges" de Yukio Noda


Titre Original : Zeroka no onna akai wappa
Autre titre : L’aubergine est bien farcie

Avec : Miki Sugimoto
Eiji Ego
Tetsuro Tanba
Hideo Murota
Yoko Mihara

Durée : 90 minutes
Origine : Japon
Année : 1974
Genre : Sexploitation / Pinku Eiga
Editeur : HK Video (Disponible en zone 2 dans un coffret, avec également "La Femme Scorpion") .

Cotation : 7,5 / 10

Résumé :

Une jeune flic masochiste utilsant comme arme des menottes rouges redoutables n’hésite pas à payer de sa personne pour retrouver la fille kidnappée d’un ministre. Elle décide d’infiltrer la bande des ravisseurs et se laisse pour cela violer et battre avant de semer la discorde chez les truands.

Critiques :

Voici un exemple typique du pinku eiga des seventies, ces films japonais aussi violent que sexy dans lesquels une belle jeune femme subit moult outrages avant de se venger cruellement. A l’époque ignorés par la critique et méprisés par beaucoup, ces petites productions, assimilées à de simples films de cul soft sans ambition (le film qui nous occupe étant jadis sorti sous le titre révélateur et cornichon de "L’Aubergine est bien farcie" !) ont depuis été ré-évalués. Acclamés par des cinéastes importants (dont l’inévitable Tarentino qui s’en est inspiré ouvertement pour "Kill Bill"), accueillis dans des collections prestigieuses (HK et même Canal+ DVD), ces films ont acquis un statut culte et une pérénité inespérée.
Ces "Menottes Rouges" constitue un bon exemple de cinéma déviant et funky. Adapté d’un manga, il s’agit avant tout d’accumuler les séquences marquantes sur un scénario des plus minces. Les invraissemblances sont également légion, la plus frappante étant le temps que met l’héroïne à punir les méchants. En effet, avec toutes les armes et gadgets dont elle dispose (menottes volantes, mini-pistolet caché, etc. le Q. de James Bond a dû passer par là pour fournir à la jeune fille sa panoplie) on peut se demander pourquoi elle subit toutes ces tortures et humiliations. Parce que c’est le propre du cinéma d’exploitation ? Oui, sans doute. D’autant que sinon, il n’y aurait pas de film !

A ce niveau, l’amateur aura tout ce qu’il recherche dans ce genre de produit : du sexe et de la violence. Les viols collectifs se succèdent, les filles sont fouettées, battues, humiliées, "bondagées" et réduites au rôle d’objet de plaisir acceptant stoïquement les désirs des mâles. Une inévitable scène lesbienne est aussi de la partie. Quoique pas très bonne actrice, Mademoiselle Miki compense par un corps parfait et un masochisme prononcé. Pour ceux qui pensent qu’il s’agit d’une glorification du machisme, rassurez-vous, la belle rendra la monnaie de leur pièce aux infâmes violeurs !

Concernant la violence, le cinéaste fait gicler le sang (écarlate et un brin irréaliste comme dans les films HK ou les chambara des seventies) avec une belle santé. Les impacts de balles laissent des trous béants dans les poitrines et les coups font éclater les cranes comme des coquilles d’oeuf ! On note aussi une scène de torture bien hard au cours de laquelle un traître a la main broyée dans un étau avant d’avoir le bras brûlé au chalumeau. Le traitement de la violence est typiquement nippon, autant dire que l’on ne rigole pas vraiment devant de tels excès, même si le cinéaste ne s’aventure pas dans le malsain, à l’inverse par exemple de certaines Category III Hong-kongaise type "Raped By An Angel" ou "Chinese Torture Chamber"

On rapprochera aussi ce type de produit des polars européens et des gialli tournés à la même époque en Italie. Signalons également un côté parfois caricatural trahissant les influences BD du film et un certain racisme (surtout anti-américain) affiché à gros traits : les méchants s’habillent à l’occidental et boivent du Coca ! On retrouve aussi une légère contestation sociale qui présente les politiciens comme corrompus (le ministre est capable de sacrifier sa fille abusée et de nombreux innocents pour éviter le scandale) tandis que les flics usent de méthodes similaires à celles des truands.

Visuellement le film est plutôt bien confectionné, avec une certaine outrance pop et psychédélique bienvenue. Certes on est loin d’Orson Welles mais, comparé à la pauvreté des films érotiques occidentaux de la même époque (on se souvient des vignettes sexy glacées - style pub pour gel douche - de Just Jaeckin sur "Histoire d’O" ou de l’exotisme de pacotille des "Emmanuelle"), ces "Menottes Rouges" sont plutôt efficaces, quoique souvent assez cheap. Le film se termine néanmoins par une belle escalade de brutalité : les truands s’invitent dans une maison bourgeoise pour violer et massacrer les habitants dans la tradition de "Orange Mécanique" ou "Last House On The Left". Ensuite, intervient une poursuite assez enlevée et bien violente, malgré le manque de moyen, qui devrait ravir les amateurs de cinéma bis : ça saigne beaucoup et les balles font de gros dégats dans les anatomies des protagonistes. Pour tous ceux qui sont lassés de la médiocrité actuelle des séries B d’exploitation voici une bonne soirée assurée Mais je vous préviens, ce n’est peut-être pas le genre de film à montrer à la jeune fille que vous avez invitée à un premier rendez-vous...

Pizzoferrato Fred (2004)



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