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  Sommaire - BD -  Redhand : Tome 1 - Le prix de l’oubli

"Redhand : Tome 1 - Le prix de l’oubli" de Kurt Busiek et Mario Alberti

juillet 2004,

Pourchassés par une bande de rudes guerriers Khiota (de très affreux esclavagistes...), Ator, Bioka, et leurs compagnons n’ont guère le choix : ils doivent impérativement se dissimuler dans les collines rocailleuses. Alors qu’ils se faufilent entre les rochers, ils découvrent, blottis au sein d’une énorme crevasse, les vestiges d’une civilisation hautement technologique. Dans cette « Demeure des Anciens », il s’agit bien de se frayer un chemin vers la liberté... et nos pauvres amis débouchent, tant bien que mal, sur une pièce où des capsules de survie, toutes apparemment fendues ou brisées, contiennent autant de corps nus, la plupart momifiés.

Ils sont rejoints, la lutte s’engage et Ator, dont le cœur n’est pas au combat, recule, tombe et actionne fortuitement le mécanisme de libération des caissons. Un acte qui s’avèrera hautement salutaire... car le formidable individu qui apparaît alors se révèle une effroyable machine à tuer les Khiota. Sains et saufs, nos amis s’engagent, après avoir baptisé « Redhand » ce bienfaiteur encore nimbé de sang, à le conduire auprès des leurs.

Une vieille légende affirme cependant qu’un homme sans enfance, un guerrier, un redoutable tueur affrontera les dieux et cherchera à les détruire, ces mêmes dieux qui, par l’usage de la magie, protègent depuis toujours le village...

Kurt Busiek, en tant que scénariste, est surtout connu aux Etats-Unis pour sa collaboration à de très nombreux comics : Astro City, Bafflerog le sorcier, Cyber Force, Iron Man, JLA/Avengers, La Ligue de Justice ou encore Thor, pour n’en citer que quelques-uns.

Il est donc naturel de retrouver l’influence du schéma « super-héros » en ce qui concerne les traits de caractère de Redhand, guerrier qui n’est pas sans rappeler, dans le domaine, les plus grandes figures de l’âge d’or du comic strip américain. On pense notamment à Tarzan ou encore à Conan le Barbare... D’ailleurs, pour s’en convaincre, on notera, par exemple, la troublante similitude entre la scène où Redhand s’entraîne au maniement des sabres et celle où un certain Arnold Schwartzenegger, alors le plus grand guerrier cimmérien, s’exerce en pleine nature aux katas à l’épée (voir « Conan the barbarian » de John Milius, USA, 1981).

Faut-il pour autant penser que Redhand présente la personnalité monolithique - et donc relativement prévisible - de la « grosse brute primitive au grand cœur » ? Je ne le pense pas.

Tout d’abord, Redhand est tout aussi parfaitement inconscient de ses origines qu’extérieurement « programmé » pour une mission encore mal définie. D’ailleurs, est-il tout bonnement humain ? L’incertitude qui plane sur la genèse du personnage, l’absence plus générale d’un quelconque référentiel culturel, ne permettent pas de clairement définir ce que seront ses attitudes ou ses comportements au futur. A contrario - et pour bien fixer les idées-, un Conan sera totalement déterminé par son passé, un passé marqué par une enfance traumatisante : ses parents massacrés, il cherchera la vengeance ; soumis à l’esclavage, il deviendra non seulement un invincible guerrier (fini la captivité !) mais surtout un Roi (l’inverse du statut d’esclave).

De plus, Redhand hésite déjà entre deux démarches radicalement différentes : celle d’un individu qui se veut clairement humaniste (il aide à donner la vie, il est intéressé par l’art et apprend la poterie, ...) et celle d’un individu marqué par le plus pur égoïsme (il envisagera de massacrer les villageois pour que ces ennemis ne puissent le retrouver ...). En ce sens, pour poursuivre la comparaison avec les super-héros de facture traditionnelle, Redhand semble à mi-chemin entre un Silver Surfer rongé d’humanité et un Galactus dévoreur de mondes qui, par simple survie (et donc aussi sans aucune haine), n’hésite pas à détruire la civilisation.

Le scénario de Kurt Busiek est particulièrement mis en valeur par le trait raffiné et précis de Mario Alberti que les lecteurs francophones ont appris à connaître - et certainement à apprécier - grâce à la série Morgana (deux tomes parus chez les Humanoïdes associés). Encore une fois, il s’agit d’un dessinateur que les Humanos ont découvert, outre-alpin, auprès des studios Bonelli (comme le dessinateur Corrado Mastantuono, voir la série « Elias le Maudit » chez le même éditeur).

Alberti se distincte, non seulement par l’indubitable beauté de son graphisme, mais aussi par le travail sur les couleurs où sont opposées des teintes relativement ternes comme le gris ou le brun à diverses variantes de rouge. On a l’impression que le dessinateur a voulu magnifier les « forces de vie » présentes dans le récit (le sang, la tignasse rebelle du guerrier, les feuilles des arbres ou encore les pagnes cachant le sexe des personnages) en les opposant au contexte plutôt morose d’une vie au sein d’une communauté villageoise primitive.

Cette prédilection pour un rouge soigneusement distillé n’est pas sans rappeler le travail du dessinateur Yslaire sur la série Sambre...

Enfin, le découpage d’Alberti est particulièrement remarquable par la volonté affirmée de ne jamais reproduire deux fois la même structure de mise en page. On sera tout particulièrement attentif à l’utilisation verticale ou horizontale, selon les cas, de séries parallèles de petites vignettes de même taille, autant de scarifications portées aux pages, ce qui donne du caractère nerveux au dessin.

Patrice Maris

Redhand : Tome 1 - Le prix de l’oubli - Kurt Busiek et Mario Alberti, juillet 2004, Les Humanoïdes associés -



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