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  Sommaire - Films -  A - F -  Brooklyn Affairs (Motherless Brooklyn)

"Brooklyn Affairs (Motherless Brooklyn) " de Edward Norton

 


Scénario : Edward Norton, d’après le roman de Jonathan Lethem
Avec : Edward Norton, Alec Baldwin, Gugu Mbatha-Row, Willem Dafoe, Bruce Willis.
Distribué par Warner Bros. France
144 mn - Sortie le 4 Décembre 2019 - Note : 2/10

Le nouveau film réalisé par Edward Norton, son second plus exactement, après le sympathique « Au nom d’Anna » il y a quelques années. Le nouveau film d’Edward Norton acteur. Et son nouveau film qu’il a scénarisé d’après un roman. Bon, on a présenté les grandes lignes. Il a été dit que « Brooklyn Affairs » rappelait « Chinatown » et même « L.A. Confidential ». Si on veut, pour le côté « film noir des fifties », voir même avant. Mais sinon, non, ne surtout pas comparer. Car tout est dans le début de cette chronique : Edward Norton…
New-York, années 50, Lionel Essrog est un des membres d’une équipe de détectives dirigée par Frank Minna, lequel a recueilli Lionel à l’orphelinat où ils se sont connus, et où Frank ne se moquait pas du handicap de son pupille, à savoir qu’il est atteint du syndrome de Tourette, ce qui lui fait dire tout et n’importe quoi, et faire la même chose. Mais quand Frank meurt sous les yeux de Lionel, celui-ci reprend la dernière enquête, au risque de le mener dans les hautes sphères de la grosse pomme, lui faisant côtoyer le pire, lui faisant rencontrer le meilleur, mais avec un seul but : que justice soit faite.
A la base un roman noir, adapté par l’acteur lui-même, « Brooklyn Affairs » replonge pendant deux heures trente dans un genre attrayant, celui du polar noir hollywoodien situé à l’avant ou à l’après-guerre. Et de ce fait, de nous sortir des comparaisons avec « Chinatown » et « L.A. Confidential ». Mais là s’arrête la comparaison, car pour ces 2 films, il y a derrière un scénariste, un producteur et un réalisateur. Sur ce dernier point, Norton s’en sort bien. Pour le scénario en revanche, il échoue gravement. Car tout tourne autour de lui, de sa maladie – expliquée au moins 5 à six fois durant tout le film, alors qu’une fois suffit, peu importe comment les autres l’ont su ! -, de ses actions, de ses réflexions sans pour autant laisser une place suffisante aux autres personnages. Il en vient à sur-jouer – alors que dans un rôle similaire, il était excellent dans « The score » - et à ne plus nous faire croire à son personnage. Et en voulant certainement trop coller au roman de base, Norton en oublie la notion d’adaptation. Et à ce jeu-là, l’échec est proche, il n’y a qu’à voir Ben Affleck et son « Live by night » tiré du roman de Dennis Lehane. Norton n’y échappe donc pas, il se fait plaisir, va passer de longues minutes à filmer un jazzman, à expliquer le pourquoi du comment, à brouiller les cartes pour mieux – selon lui – amener à une révélation finale… Qui s’écroule. Paradoxalement, on sent la passion derrière le projet, l’implication de l’acteur. Mais il est comme un gamin à qui on donne plus grand que son âge pour jouer, et il refuse de concéder quoi que ce soit à d’autres plus aguerris, en l’occurrence ici un autre scénariste, et un producteur digne de ce nom. Et sur deux heures trente, c’est long, on en vient à trouver le jeu d’acteurs même trop appuyé, forcé, presque lourd… Sauf un, celui qui en plus donne les seules vraies minutes d’intérêt au film : Alec Baldwin, simplement génial, parfait, et chacune de ses apartés relance l’intérêt pour « Brooklybn Affairs », c’est dire. C’est lui qui donne le vrai piment, la vie à ce film définitivement trop scolaire, et qui est très loin d’être du niveau des modèles cités. Il manque à Edward Norton une humilité qui n’est pas de mise ici, et qui correspond plus à l’homme tel qu’il est souvent perçu dans le milieu : un tantinet égocentrique. Et à cause de ces maladresses égoïstes, « Brooklyn Affairs » se révèle être un film vraiment raté.

Stéphane THIELLEMENT

Lire 2800 chroniques de films dans le livre d’Alain Pelosato :
123 ans de cinéma fantastique et de SF : Essais et données pour une histoire du cinéma fantastique 1895-2019



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