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"Nouvelles des siècles futurs"
de
Anthologie de Jacques Goimard & Denis Guiot

Editeur :
Presses de la Cité- Collection Omnibus
 

"Nouvelles des siècles futurs"
de Anthologie de Jacques Goimard & Denis Guiot



Anthologie de Jacques Goimard et Denis Guiot
Presses de la Cité
Collection Omnibus
10/10

Les éditions Presses de la Cité poursuivent pour notre plus grand bonheur leurs parutions thématiques, et il faut reconnaître que pour un universitaire ou un enseignant, ces recueils très complets sont des mines d’or pour qui voudrait découvrir des genres, des auteurs, ou simplement inviter les autres à des lectures, promenades et explorations, dans ces mondes se situant sur les failles de notre réel, mais jamais si loin que ça de nos affinités, manques, espoirs, pertes, et autres conditions en notre galaxie bien isolée. "Nouvelles des siècles futurs" a cette juvénile prétention de pouvoir brasser parmi toute l’histoire de la littérature de science-fiction, les textes essentiels, les écrits fondamentaux, tous ces jets de courtes pages qui sont devenus nouvelles et ont fini par donner ce palimpseste concerté, bien plus, ce "Lexicon" à l’usage des amateurs comme des nantis.

Oeuvre colossale, entreprise faramineuse, "Nouvelles des siècles futurs" est une somme de références littéraires qui, de Jules Vernes et Wells à Wintreberg nous présente un panorama exhaustif de la science-fiction dans ce qu’elle a de plus hétéroclite et de plus commun avec notre identité culturelle ou, devrait-on dire, cultuelle parce que nouveau habitacle de la croyance et ses dangers comme de l’extrapolation et ses vertus. Littérature d’après les cataclysmes, écriture du dépassement de "l’être-là" et de "l’absence transcendantale", elle est un point de vue total sur toutes les aspérités de nos futurs. Que ce soit des considérations sur le Temps, l’Espace, l’Amour, l’autre, l’inconnu, la fin du monde, les Utopies, la solitude, les Ethiques consolatrices, les quêtes d’identité ou leur absence, la science-fiction, égrenée par "les bouches" de ces quatre-vingts nouvelles, nous entraîne à la découverte de paysages familiers, lieux de nos affinités électives et autres espérances déçues, mais toujours en des rêves d’avenirs lointains. L’ouvrage, qui fait 1253 pages, se divise en dix sections, dix moments littéraires en fait, qui vont rendre compte des diverses étapes de la production d’un genre qui n’est jamais aisé à cerner.

L’introduction du grand Goimard est comme à son habitude d’une grande érudition et rend compte de la délicatesse de signifier un tel genre, dont les tenants et aboutissants dépassent souvent l’entreprise dans ce qu’elle a de plus binaire et de plus logique. Dès lors, un peu à la manière d’un tacticien il sera nécessaire de procéder comme le dit Jacques, comme un stratège. Ainsi, même si un grand nombre de nouvelles en Science-fiction font des sauts de puces (qui durent parfois des siècles) , il faudra s’attacher à ne retenir que celles qui ouvrent un oeil, même fébrile, sur les ramages des futurs, sur "demain". Car travailler pour l’incertain, comme le dit le maître à son apprenti, là est la volonté, l’acte opératoire qui rendra compte de ce genre dans ses plus belles productions langagières, sur "ces futurs" faits de bétons, de fer, métal, de connexions, d’artefacts, d’énigmes archéologiques, d’équations non linéaires, de topiques romanesques dont les composants mettent en branle tout un système de tenants et aboutissants qui rendent compte d’un futur décalé. Car c’est là qu’elle est bien atypique cette science-fiction, parce qu’elle parle, elle nous parle de "possibles" qui deviennent par l’inflation de l’imaginaire des "réalités", schèmes de notre âme Nietzschéenne bue par les bouches de l’éternel retour du même des choses. Ainsi, en parcourant ce recueil, on aura l’impression de connaître ce qu’on savait déjà, par la proximité narrative d’une part, et par l’intimité d’une modernité à venir d’autre part. L’anamnasis ou réminiscence passe par cet acte romanesque, d’un auteur qui accouche de ses extravagances justifiées par le genre, vers un lecteur qui reconnais, qui authentifie cet écrit dans une spère de découvertes où se mêlent étroitement savoir, croire, et pouvoir.

Si le fait d’avoir choisi un texte de Lovecraft pour ouvrir le recueil aux côtés de Verne et Wells pour la période dite "Classique" pourrait prêter à polémiquer, force est de constater que les textes de ces deux derniers sont parfaitement employés pour ce court chapitre. Il y a une résistance chez certains à devoir assimiler à tout prix Lovecraft au genre stricto sensu de l’auteur (j’en fais parti) . Car souvent, cette "science-fiction" relevée dans certains de ses textes échappe à la saisie immédiate, tellement elle s’en démarque radicalement ; la science-fiction lovecraftienne est à ce point étrangère au genre classique qu’il est impossible de la classifier sans ressentir une insatisfaction. Sentiment d’effroi, indicible, plus suggéré que relaté scientifiquement, les récits de Lovecraft ont cela de particulier qui est que tout en mettant en image l’aphorisme pascalien sur la terreur éprouvée face à l’espace infini, elle s’articule autour d’un univers mécanique, mais dont les entités, grands anciens et tout le corpus mythique qui sous-tendent les univers sont la marque d’une cosmologie latente. On pourra alors peut-être avancer le genre galvaudé d’Archéologie-fiction cosmologique, une définition qui ne pourra mieux satisfaire que cette Dark-Fantasy quand même plus representative. Disons que d’avancer Lovecraft comme appartenant aux classique peut apparaître comme un paradigme, celui d’une science-fiction annexée de ses prémices, manifestations et implications. Lovecraft y substitue une mythologie originaire et des extraterrestres appartenant en fait à une autre dimension, et qui sont revenus, reviennent ou reviendront à la faveur d’invocations magiques ou de failles répondant à des opérations mathématiques aléatoires dont les caprices paramétriques ouvrent parfois des passages sur notre monde de reclus. Voilà ce qui pourrait expliquer pareil choix.......

Quand aux nouvelles de Verne (le philosophe du passage du temps et de la permanence de cette pensée éternelle) et de Wells (le socio-écologiste à la tête épique) elles complètent brillamment ce tableau des grandes figures de style, s’il en est, d’un genre élastique.
Impossible de faire un tri sur ce panel énorme de nouvelles qui s’offrent à nous comme autant de merveilles narratives, qu’elles soient ironiques, tendres, caustiques, dramatiques, violentes, voir méditatives, elles font autorité grâce une fois de plus aux talents encyclopédistes de Goimard et Guiot et l’audace des Presses de la Cité qu’il faut saluer comme il se doit.

Nouvelles des siècles futurs, Anthologie de Jacques Goimard et Denis Guiot, Presses de la Cité, Coll. omnibus, 1253 pages, 25 €






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