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  Sommaire - Livres -  Infos -  Patrick Coulomb (coordination) Marseille, An 3013

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• Treize nouvelles pour raconter Marseille dans mille ans
• La treizième de ces nouvelles a été primée lors d’un concours qui était ouvert aux lycéens des Bouches-du-Rhône

LE LIVRE

Il y a 995 ans, en 1023, le comté de Provence vivait sous le règne de Guillaume III
Bien sûr, Marseille ramenait déjà sa fraise, jamais contente.
Dans 995 ans, en 3013, à moins que voue ; ne disposiez d’un engin à voyager dans le temps ...
Qu’en sera-t-il ? Y aura-t-iil encore une Marseille ? Sera-t-elle sous les eaux ? Dans une autre galaxie ? Vidée de tous ses habitants ?
Faire un bond jusqu’en 3013 ...
... C’est justement ce que proposent le collectif Marseille 3013 et les éditions Gaussen avec ce recueil de treize nouvelles pour imaginer la ville dans mille ans.
Pour composer ce recueil, Patrick Coulomb a fait appel à 12 auteurs confirmés auxquels s’est jointe Clémence Bailly, lauréate d’un concours de nouvelles ouvert à tous les lycéens et apprentis des Bouches-du-Rhône. Le jury de ce concours, coorganisés avec le collectif Marseille 3013, était présidé par Franz-Olivier Giesbert.

Les AUTEURS

Jacques Barbéri
Henri-Frédéric Blanc
Olivier Boura
Sabrina Calvo
Philippe Caraese
Cécile Duquenne
Georges Foveau
Bruno Leydet
Philippe Nicholson
Anne-Marie Thomazeau
Sisolène Vinson
Collectif 3013
Clémentine Bailly (lauréate du concours lycéen)

Feuilletage

Ah ! Un recueil de nouvelles. Sur mon blog littéraire, je me suis amusé à critiquer les nouvelles publiées que j’avais eu en ma possession en tant que critique sur un seul critère : l’entame... Je fus un joueur de bridge. Une partie de bridge (jeu éminemment intellectuel) se pratique avec treize cartes par joueur. L’entame est la première carte qui est jouée. La plupart du temps, l’entame est d’une importance décisive pour le succès de la partie.
La nouvelle littéraire procède des mêmes règles : un texte court, limité dans le temps et qui demande donc une entame précise pour faire entrer le lecteur dans le jeu.
Quelles sont donc les entames dans ce recueil ?
Le titre d’abord : "Marseille, an 3013". Bon est-ce que Marseille sera en 3013 vous intéresse ? Si oui, l’entame est bonne, si non elle est nulle.
Mais attention, ici je ne parle que de l’entame. L’entame peut être nulle et la nouvelle très bonne et vice versa. Mais l’entame c’est très important dans une nouvelle...
Ensuite, le livre.
L’entame n’est pas fameuse : deux introductions !!! En général une introduction c’est ennuyeux... Mais alors là deux ! Deux personnes, sans doute honorables, ont voulu ajouter leur grain de sel alors qu’elles ne jouent même pas la partie !
Passons donc aux choses sérieuses : les joueurs.
Anne-Marie Thomazeau avec Massilia Proxima commence ainsi : "Londres n’est plus qu’un lointain souvenir... Venise ? Rappelée depuis des siècles par la mer Adriatique."
Je m’arrête là, car l’énumération continue... On ne peut pas faire pire entame commencer par parler d’autres villes quand le recueil considère Marseille.
Clémentine Bailly avec Échange commence ainsi : "En délire, la foule hurlait, sifflait et tapait des pieds."
Ah ! Bravo, belle entame : mais pourquoi, comment, pour quelle raison la foule hurlait-elle ?
Philippe Nicholson avec Le Principe du Palindrome commence ainsi :
Mes amis m’appellent Palin, mais en vérité je m’appelle Palindrome. Je suis né le 30 mars 3003, et mes parents n’ont rien trouvé de mieux que de me baptiser ainsi. À cause des dates."
Bravo ! Le lecteur, là, est drôlement appâté !
Henri-Frédéric Blanc avec 3013, Marseille encule l’Univers commence ainsi : "Ô Clio, muse de l’Histoire, inspire-moi à l’heure où je couche sur le papier ma contribution au colloque Marseille 3013 (...)"
Mais qu’est-ce que le lecteur en a à faire (je ne veux pas être aussi vulgaire que le titre de la nouvelle) des problèmes d’inspiration du héros de la nouvelle (ou de celle de son auteur...)
Olivier Boura avec La Tombe Gaussen commence ainsi : "L’an 2465, le 3e jour du mois de Safar."
J’adore les entames énigmatiques ! Les meilleures !
Sigolène Vinson avec L’Oeuf commence ainsi : "Le vent chaud qui soufflait depuis des semaines est enfin retombé, ensevelissant la garrigue sous une couche de sable rouge."
Pas mal. Sauf que cette entame est suivie d’explications... C’est pas bon les explications cela ennuie... Le lecteur doit comprendre sans explications...
Philippe Carrese avec Le Grand Pistachié commence ainsi : "Les légendes urbaines ont la vie longue." Puis il dit la même chose et autrement et précise : "La figure de Grand Pistaché est l’une d’entre elles."
Bon, et alors ?
Sabrina Calvo avec Cagole d’Azur commence...
... par une citation de John Pagnol. Puis un texte en un langage genre verlan, sans doute la langue marseillaise de 3013. Pas très engageant...
Bruno Leydet avec All Inclusive Mare Tranquilitaris commence ainsi : "Une semaine, tout compris, tout près des plages de Mare Tranquilitatis, la Mer de la Tranquillité à un prix dérisoire."
Ah !? Un séjour sur la Lune ? Voyons voir...
Cécile Duquenne avec Un Vestige parmi les autres commence ainsi : "Il n’était pas rare que, lors des fouilles, Faustine surprenne un murène à son domicile."
Génial ? Suffisamment énigmatique pour que le lecteur continue. Mais pas trop rebutant non plus...
Georges Fauveau avec MarsAigue sur cuivre commence ainsi : d’abord par une citation. Jamais compris l’intérêt, mais moi aussi je fais ça parfois... Puis.
"Aucune voile sur la mer d’huile".
Bien très bien ! Dommage il y a une faute de français quelques mots plus loin. Il est écrit "après que Marius ait pris son tour". Non, le subjonctif s’emploie pour un événement qui n’a pas encore eu lieu, et pas pour un événement qui s’est déjà déroulé "après que"... Donc il fallait écrire "après que Marius a pris son tour." Ce n’est pas grave, beaucoup font cette erreur de croire qu’il faut le subjonctif après "que"...
Jacques Barbéri avec Glissement de temps sur Mars commence ainsi :
Le titre déjà renvoie à une autre oeuvre... Bien... Une citation de Lovecraft. Excellent, là ça vaut le coup. La première phrase : "Jack hume l’odeur à pleins poumons." Encore Excellent. C’est Barbéri hein ?
Stéphane Sarpaux avec Le Pétro-Pastis commence ainsi :
En 3013, Marseille fêtera les 500 ans de son indépendance." Ah bon ? Vite ! Lisons !
D’autant plus que le sous-titre déjà interloque le lecteur...

OUF ! Terminé. La tâche n’est pas facile. C’est stressant de risquer de vexer un auteur... Je n’aime pas trop cela, mais j’ai conscience de mes responsabilités.
En tous les cas, j’espère bien avoir donné envie de LIRE CE BEAU LIVRE !

Alain Pelosato

192 pages - 15 euros - éditions Gaussen www.editionsgaussen.fr