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  Sommaire - Interviews -  Eli Roth, réalisateur, producteur et scénariste de Cabin Fever
Interview de Eli Roth, réalisateur, producteur et scénariste de Cabin Fever
Par Stéphane Thiellement

Dernier ajout : dimanche 29 août 2004

"Eli Roth, réalisateur, producteur et scénariste de Cabin Fever"

CABIN FEVER

Interview d’ Eli Roth, réalisateur, producteur et scénariste

Pourquoi avoir choisi l’horreur comme sujet de votre premier film ?

Pour une raison très simple : c’est plus facile de faire un film d’horreur qu’autre chose, pour un premier film, et pour la renommée qu’il peut ap-porter par la suite. En plus, je suis un grand fan d’Evil dead, des griffes de la nuit, de la colline a des yeux, pour les plus connus, et même des Vendredi 13, de meurtres à la St Valentin, bref de tout ce qui fit les grandes heures de gloire du genre dans les années 80. Mais avec en premier choix Evil Dead.

Cabin fever fait souvent penser d’ailleurs à Evil dead ; vous ne craigniez pas que les fans vous reprochent cela ?

Non, parce que Cabin fever possède sa propre identité. Evil dead était aussi à la base du pur fantastique, alors que moi, je me suis inspiré d’un fait divers qui m’est survenu quand j’étais jeune. Je travaillais dans un haras et un jour, j’ai attrapé une maladie de peau. Quand je me grattais, je m’écorchais en même temps sans que cela ne me fasse mal. Il a fallu quand même que je vois un spé-cialiste pour arrêter les démangeaisons. A cela, j’ai associé mon amour pour les films d’horreur que je vous ai cités qui étaient bien plus réalistes que ceux d’aujourd’hui. Il n’y avait pas tous ces effets spéciaux visuels qui selon moi dénaturent la force du film.

Vos maquillages semblent très vrais...

Tout à fait, et je revendique le choix de ne pas avoir fait appel à toutes ces tech-niques qui enlèvent quand même une part d’horreur par leur aspect trop « propres ». J’ai eu la chance d’avoir, malgré l’étroitesse de mon budget, le concours du studio KNB Group. Ce sont de grands maquilleurs qui ont bossé par exemple sur le remake de Massacre à la tronçonneuse, pour citer un des films les plus récents qu’ils aient faits. Ils ont été séduits par mon projet et ont envoyé un de leurs « élèves ». Mais de temps en temps, ils tenaient quand même à vérifier la qualité des maquillages réalisés. Entre eux, Angelo Badalamenti que j’avais rencontré quand j’étais assistant de David Lynch et qui m’a littéralement donné un « morceau » de musique, et même David Hess, l’acteur de La dernière mai-son sur la gauche, que j’avais contacté pour savoir si je pouvais prendre le bout de sa chanson qu’il interprète dans le film de Craven et que finalement, il m’a légué en totalité, j’ai eu beaucoup de chance. Moi qui voulais le plus de détails rappelant les meilleurs titres des années 70-80, j’ai été plus que bien servi !

Sur l’affiche, il y a une citation de Peter Jackson qui dit que « Cabin fever est le film que tous les fans d’horreur attendaient depuis Evil dead »...

Oui, vous ne pouvez pas savoir comment j’étais quand il m’a dit ça ! Un rêve ! J’étais allé en Nouvelle-Zélande pour un festival. Là-bas, je rencontre Peter Jack-son qui venait de voir Cabin fever. Au diner, on se retrouve côte à côte et il me dit ça. Vous imaginez un peu, Peter Jackson, celui qui fit une des plus grandes réussites du cinéma avec sa trilogie du Seigneur des Anneaux. Je lui ai dit que c’était dommage qu’on ne puisse pas écrire ça sur l’affiche. Et là, il me dit : « Vraiment, ça t’aiderait si il y avait ça ? Pour moi, il n’y a pas de problème, je veux bien que tu reprennes ce que je viens de te dire ! » J’étais sans voix ; Je me suis levé, j’ai appelé la production, je leur ai dit, et une fois le choc passé, ils m’ont simplement dit ce que je devais faire pour valider ce cadeau que nous fai-sait Peter Jackson.

Le choix du lieu de tournage fait partie intégrante du malaise que suscite Cabin fever : ces bois semblent inhospitaliers, et même les habitants semblent peu courtois...Ca rappelle un peu Délivrance !

Je suis bien d’accord avec vous. Ce ne sont pas des acteurs, ce sont des autoch-tones. Vous savez, la Caroline du Nord, comme pas mal d’états américains, contient encore des endroits fort peu fréquentés. Alors quand nous nous sommes présentés là-bas pour filmer, il a fallu faire preuve de beaucoup de diplomatie. Parfois, on tournait et on voyait arriver un gars avec un fusil en travers du bras, qui nous demandait ce qu’on faisait là, pourquoi il entendait des cris depuis chez lui, etc... Franchement, par moments, on avait vraiment la trouille. Et ce côté Dé-livrance est d’autant le bienvenu qu’il correspond à une sorte de films dont je voulais me rapprocher et qu’en plus, mes figurants sont comme dans le film de Boorman de vrais résidents du coin.

Cabin fever s’est très bien vendu dans le monde, et vous a permis d’entrer dans le monde du cinéma. Resterez-vous dans l’horreur et le Fantastique ou avez-vous d’autres choix ?

A priori, pour l’instant, je reste dans ce domaine, c’est celui que je préfère. Je travaille actuellement en collaboration avec Richard Kelly à l’écriture d’un film d’épouvante très sérieux. Richard a aimé Cabin fever et a été amusé de la scène où on voit un « lapin géant ». Il y voit un signe puisque dans son film, Donnie Darko, il y avait aussi un « lapin géant », qu’on voyait cependant bien plus long-temps que le mien (rires). Mais même après, je ne pense pas que je ferai un au-tre genre de film. J’aimerais bien devenir un Maître du genre, au même titre que ces grands que je vénère comme Carpenter, Craven, Romero, Raimi, etc... Ça me plairait bien, et je vous l’avoue, ça me suffirait largement pour réussir ma car-rière.

Propos recueillis et traduits par St. THIELLEMENT


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