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  Sommaire - Interviews -  Pierre Gévart
Interview de Pierre Gévart
Par Damien Dhondt

Dernier ajout : mardi 6 octobre 2015

"Pierre Gévart"

Pierre Gévart auteur du roman de SF le tsar des étoiles et rédacteur en chef de la revue Galaxies

Qui est Pierre Gévart l’auteur du Tsar des étoiles ?

C’est quelqu’un qui a eu envie d’écrire depuis toujours, bien avant de penser à une autre occupation professionnelle. Donc j’écris un peu naturellement et dans l’écriture la science-fiction occupe une bonne place. Je suis aussi enseignant et père de famille.

Comment êtes-vous arrivé à la SF ?

Je suis tombé dedans assez petit. Les premiers romans que j’ai lus étaient ceux de Jules Verne dans la Bibliothèque Verte. J’ai lu très tôt à 7 - 8 ans, pas essentiellement de la qualité, des livres de Victor Appleton II (1) publiés dans des collections très populaires qu’on vendait chez des coopérateurs. Quand je m’ennuyais j’allais acheter des livres à la coopérative qui se trouvait en face de chez mes grands-parents. Les deux livres qui m’ont marqué sont d’une part « Pour une autre terre » de A.E. Van Vogt chez Marabout dans les années 60-70 et puis d’autre part j’ai eu un jour une caisse avec des Fleuve Noir grace au fils du colonel Rémy que connaissaient mes parents. Son père recevait tous les Fleuve Noir en service de presse. Son fils de 13 ans m’a donné une boîte. Le polar, l’espionnage et l’angoisse ne m’ont pas intéressé. Par contre il y avait des bouquins de science-fiction dedans et particulièrement « La septième saison » de Pierre Pelot (2) qui est un livre qui m’a vraiment accroché. Ensuite je me suis à lire des nouvelles et des romans de science-fiction.

Comment en êtes-vous arrivé à régner sur la Galaxie ?

C’est à la fois comme le disait le capitaine Haddock « très simple et très compliqué ». J’avais écrit de la science-fiction assez tôt. Je me suis retrouvé chez Fleuve Noir où j’ai écrit « Une planète pour Copponi » (le n°1959 de la collection Anticipation) sous le pseudonyme d’Hugo Van Gaert et puis je me suis éloigné de la science-fiction pendant un certain nombre d’années. J’ai écrit une quinzaine de romans de littérature blanche et une trentaine de pièces de théâtre.
À la fin des années 90 j’étais alors sous-préfet et j’ai vu passer un télégramme du ministère de l’intérieur disant qu’ils ouvraient un concours de nouvelles de SF. Je me suis dit : « ça, je sais le faire ». J’ai écrit une nouvelle « L’archiviste » qui a gagné le premier prix du concours. Je suis allé sur internet pour voir ce qui se passait. J’ai trouvé un site « Une autre terre ». On a fait de l’écriture collective ensemble et puis j’ai écrit une autre nouvelle, puis d’autres. Une « Comment les choses se sont vraiment passées » a obtenu le prix Infini en 2001. Tous ceux qui devaient me téléphoner ont cru que les autres l’avaient fait. Ce qui fait que je n’ai pas pu me rendre sur place pour recevoir ce prix. Alors j’ai eu envie de voir comment se déroulait une convention française de science-fiction en 2003 à Flémalle.
Là, à un moment j’ai entendu « on a encore trouvé personne pour la convention française de 2006 ». Donc, j’ai organisé la convention nationale française de science-fiction et un an avant j’ai organisé un concours de nouvelles, j’ai organisé le prix Pépin et puis j’ai créé un fanzine « Géante Rouge » qui devait ne connaître que 4 numéros (on en est à 22). À la convention de 2006 tout le monde m’a dit qu’il ne fallait pas arrêter Géante Rouge. Donc j’ai poursuivi et Stephanie Nicot en a parlé dans « Galaxies » de l’époque. Galaxies a eu les malheurs qu’on connaît et s’est achevé en 2007. Il y avait dans le milieu une demande d’une reprise de la chose. Des gens étaient prêts à aider financièrement parlant et s’adressaient à Stéphanie Nicot. J’étais en train de discuter autour de Géante Rouge et Stéphanie en me regardant de manière appuyée a déclaré « je cherche quelqu’un pour reprendre Galaxies » . Très simple : j’ai tout simplement dit oui à Stéphanie Nicot et compliqué car il y a tout un chemin pour y arriver.

Comment en êtes-vous arrivé à écrire le Tsar des étoiles ?

C’est sans doute parmi toutes les choses que j’ai écrite la plus compliquée.
Quand j’avais 17 ans j’ai écrit une nouvelle qui s’appelait « Les Dieux endormis ». Neuf ans plus tard j’habitais au Maroc où j’ai eu envie de reprendre cette nouvelle. C’est alors qu’une hépatite virale sévère m’a tenu au lit pendant 3 semaines et en 3 semaines j’ai écrit 900 pages : « Le sommeil des dieux ». C’était en 79 et les choses se sont endormies : c’était la période où je me suis éloigné de la science-fiction. Puis quand j’ai publié « Une planète pour Copponi » chez Fleuve Noir (3)
Philippe Hupp m’a demandé si j’avais autre chose parce qu’il n’envisageait pas la fin de la collection pour tout de suite. Je lui ai expliqué que j’avais le cycle « Le sommeil des dieux » et que je pouvais l’éclater en 5 ou 6 livres. J’ai commencé par en faire cinq romans différents et puis la collection Fleuve Noir Anticipation s’est arrêtée. Je suis resté avec ces bouquins que j’ai retravaillé. Je me suis amusé à en écrire un entièrement en dictée au dictaphone, un autre en intercalaire, j’en ai éclaté un en deux. J’en suis arrivé à 7 récits et puis un jour j’ai fini par rencontrer Laurence Crombêke qui m’a demandé si j’avais des choses et donc j’ai ressorti ceux-là. Je les ai retravaillé. Le personnage de Gulzhaz est arrivé très tard. En fait il est entré dans le récit un mois avant que je livre à l’éditeur. Il est inspiré par une personne que j’ai rencontrée au Kazakhstan en 2013. Elle est arrivée en dernière minute. C’est un personnage que j’ai fait entrer comme ça parce que cela m’amusait. Elle devait juste porter le « colis » et repartir. Et puis tout s’est mis en place derrière et elle est entrée complètement dans le récit. Il y a des choses qui datent du début la nouvelle que j’ai écrite à l’âge de 17 ans. En même temps j’ai entièrement repris les choses des textes de 1979, puis d’autres qui arrivent en 95 par Philippe Hubb, d’autres qui arrivent au début des années 2000 quand j’avais commencé à travailler avec les Éditions Eons. Je pensais revenir dessus et finalement d’autres sont arrivées à ce moment-là. Donc, on a une construction très longue : c’est un récit qui se construit sur près de 40 ans.
Voilà la genèse de ce roman qui en plus a une connexion avec le cycle de Khopnê, celui-ci est né sur la base d’ « Une planète pour Copponi » chez Anticipation et dont deux tomes sont sortis (4) chez Eons. Un 3° a été écrit et chez Rivière Blanche va sortir un omnibus avec cinq romans dont 4 du cycle de Khopnê. Je vais terminer le 4° cet été. Il existe donc deux cycles et une communication entre les deux.

Le flashforward était-il prévu depuis le début ?

Non, il fallait d’abord que j’arrive au bout. C’est quand je l’ai repris pour cette édition que j’ai eu envie de commencer par un flashforward.

Il indique que quelque chose a foiré dans cette entreprise. Mais il est fait mention d’une lune. Donc cela implique que cela ne se passe pas dans le vaisseau... à moins que la Lune soit artificielle.

Tout est possible.

C’est un vaisseau générationnel de type « O’Neill » ?

Oui, même si au départ ce n’est qu’un vaisseau de transfert prévu pour dix ans au maximum.

On observe l’absence de plan du vaisseau à l’intérieur du livre.

C’est vrai, on aurait pu faire ça. D’autant qu’ils existent. Il faudrait en parler à l’éditrice. Je ne voulais pas perdre de vue les choses. Aussi j’ai ressorti mes anciennes compétences de dessinateur industriel, puisque j’ai un diplôme de dessinateur industriel.

Vous n’avez pas précisé l’année à laquelle débute le roman. On sait juste que cela se situe après 2141 (un siècle après l’installation des militaires américains en Islande).

Je n’ai pas précisé l’année. Je n’ai pas envie de situer plus précisément parce que tôt ou tard on arrive à cette année-là et on est en retard.

On constate que l’une des nuisances au programme spatial se trouve être la NRA (National Rifle Association) .

Qui est rentrée tardivement dans l’histoire. Elle est rentrée au début des années 2000. Cette histoire de police occulte est arrivée en 1979. Je me suis interrogé et j’y ai ajouté la revendication du 2° amendement : « le droit de posséder une arme ». Si on a un vaisseau-monde la position des types du NRA va être que là-haut il va y avoir de l’insécurité et il faut que tout le monde puisse se défendre. J’ai introduit ça, puis la maffia russe. Au début c’était un peu linéaire. La première partie faisait 50 pages et puis on a vu arriver la maffia, la NRA, la présidente des États-Unis. Tout cela est venue se greffer et enrichir les choses.

Cet ouvrage renferme peu de références à la technologie.

Oui, parce que le côté humain des choses m’intéresse plus. Ce qui m’intéressait dans cette histoire c’était d’étudier comment allait évoluer cette société y compris sur le plan philosophique, religieux et politique. À l’intérieur des relations humaines sont très difficiles. Bien sûr il y a des facteurs humains, une maladresse, quelque chose qui va provoquer la catastrophe. Mais après on imagine que des générations plus tard certains habitants doivent douter qu’il existe d’autres planètes. Et puis pourquoi sortir du vaisseau où on est très bien ? Donc forcément cela va provoquer des conflagrations. C’est ce qu’on verra dans le 2° volume qui sort cette année avec deux crises majeures qui se produisent aux III° & VI° siècle après le départ.

Avez-vous lu « Les Orphelins du ciel » de Robert Heinlein ?

Oui, il y a longtemps. J’ai lu aussi « Pour une autre Terre » d’A.E. Van Vogt. On se trouve dans un vaisseau-monde tout comme « Une planète pour Copponi ».

Curieusement le psychologue Davis qui embarque sur le Prométhée avait l’intention de revenir.

Il se dit que si le voyage dure dix ans il peut en revenir rapidement. Son pari c’est que pendant qu’on sera en train de faire voyage la technologie progressera. Certains vont nous doubler et arriver avant nous. Je pourrais sans doute rentrer et pendant ce temps mon argent laissé sur Terre aura fructifié d’une façon extraordinaire. C’est un pari sur l’avenir : je pars aujourd’hui à bicyclette et puis je me dis qu’on va inventer la Ford Mustang et d’autres véhicules.

Propos recueillis par Damien Dhondt

(1) pseudonyme pour la série-jeunesse« Tom Swift » (Éditions Charpentier, 1960-61)
(2) écrite sous le pseudonyme de Pierre Suragne (1972)
(3) le titre a été réédité sous le titre « Planète mauve » aux Éditions Eons
(4) le 2° tome du cycle de Khopnê est « Celui qui attendait » (Éditions Eons)

Voir la chronique du livre sur ce site : http://www.sfmag.net/spip.php?article11758


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