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Amanda Peterson

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Ou Ce qui demeure

Née le 8 juillet 1971 à Greeley dans le Colorado, Amanda Peterson vient tout juste de nous quitter le 5 juillet 2015.

Jeune égérie montante du nouveau cinéma pour adolescents alors en vogue dans les années 80 (Les Goonies, Gremlins, etc...), Amanda avait la grâce d’une enfant dont le regard bleu fleuri enchanta bon nombre d’adolescents de son âge. Mais elle avait aussi un talent certain qui promettait déjà beaucoup. Amanda s’était déjà faite remarquer pour d’autres œuvres, des séries et petits films où elle apparaissait de façon plus succincte mais toujours aussi inoubliable.

Pour installer cette gloire éphémère, il ne fallut donc qu’un seul et unique film, celui de Steve Rash, « Can’t Buy me Love » en 1987. La success-story s’empara alors d’une jeune ado comme d’un rêve soudain et violent, avec aussi des conséquences que mesurent toujours mal une enfant devant laquelle s’ouvrent soudainement les portes d’Hollywood. Mais Amanda avait déjà ce pouvoir sur ses fans, un engouement qui aujourd’hui a toujours fait toujours des émules auprès du jeune public. Peut-êtes devait-elle cette synergie nouvelle autour du film qui boosta sa carrière dans le fait que s’y exprimaient des préoccupations essentielles pour la jeunesse d’alors en manque de références, comme des valeurs universelles. Et quel meilleurs moyen de faire passer ces valeurs aussi essentielles que le simple médiateur du cinéma...

Dans ce film, elle y incarnait Cindy Mancini, l’une de ces belles de lycée qui, contre contre rétribution en argent, devait aider, Ronald Miller, un ado mal dans sa peau, à devenir le macho d’un lycée en le faisant passer pour son amour secret. Mais quand l’amour s’en mêle, autant dire que rien ne se passera comme les deux l’avaient prévus.

Pour toute une génération alors en plein éveil sentimental le message était sans équivoque, aussi sincère que le titre ironique du film : l’amour ne s’achète pas. Sorti à l’improviste pour bouleverser le box office d’alors, « Can’t Buy me Love » surprit par sa fraîcheur, ainsi que par la candeur de ses deux personnages centraux à camper deux héros allant à contre courant, face à ce libéralisme sauvage et sordide qu’on ne faisait alors que deviner via un Star System touchant de plus en plus les campus américains, et qui à présent nous fait tant aduler la « porn attitude » au lieu de cette naïve puissance infantile tant célébrée par les années 80. Comme si, deux décennies passant, tout ne se tenait plus dans l’esprit et le cœur mais dans ce qui se cacherait dans un pantalon, un bikini ou un soutien-gorge. Deux mondes s’affrontaient déjà à l’époque, celui facile et clinquant des bimbos riches adulant les sportifs de leur école, et celui plus difficile des gamins désargentés et disgracieux. En même temps, on y devinait déjà certains cloisonnements et des clichés qui bien qu’alourdis par le cinéma du genre (les méchants blonds), dénonçaient la tyrannie des classes sociales à l’école et les clivages raciaux que d’autres films dénonceraient bien plus tard. Et lorsque l’amour vient de deux individus que tout apparemment opposait, autant dire que le film tint toutes ses promesses. Même si la réalité se chargerait très vite de démontrer que les clivages et classes sociales triompheraient malheureusement dans ces années 80, le cinéma se chargeait déjà de les dénoncer, de les stigmatiser, de montrer qu’on avait toujours le choix de faire changer les choses, quand bien même le prix à payer pour cette liberté était outrageant. Bien avant les grands mouvements sociaux, et leurs échecs, car minés eux aussi par le libéralisme sauvage, le cinéma se préoccupait déjà de ceux dont on ne parlait jamais, ceux qui devaient faire face à l’image, au cliché, à la richesse, et donc au primat sur les autres. Quel gamin ou gamine, en visionnant ce film, n’a pas rêvé alors à cette petite blonde, cette petite Maghrébine ou cette petite fille africaines ou des îles, voire cette asiatique qui lui souriait au fond de la classe, mais qu’une instance le lui avait interdit de fréquenter pour des raisons communautaires, religieuses, de classe sociale ou tout simplement au nom de préjugés raciaux qui ne sont que des masques pour cacher la défiance culturelle et l’hégémonie des uns sur les autres. Quel gamin n’a pas alors rêvé franchir l’interdit, et subvertir aux « on dit » pour enfin briser cette malédiction du faciès ou du rang social ? Même si on sait comment se terminaient ces rébellions à une époque où on ne décidait pas toujours librement de son propre chef mais devait suivre le troupeau, l’idée était pourtant déjà là, dépassant tous les clivages pour imposer un autre regard, une nouvelle considération.

La seconde soi-disant libération sexuelle des années 80/90 , suivant la première des années 60/70, se chargerait d’entériner le problème, en le transformant an une image déformante, celle du sexe à tout prix, de l’épanouissement sexuel et soi-disant libre. Pendant qu’un troupeau de privilégiés se délectait de cette révolution privatisée en s’octroyant les plus belles, d’autres s’enfermaient et s’enténébraient dans l’imagerie porno solitaire ou dans ces amours erratiques à la sortie de boîtes de nuit où, de toute manière, leur niveau social rejaillissait sur leurs visages, car sans voiture dernier cri ou moto qui chuintent et marques de vêtements clinquant. Clivages communautaires et violence des amours passagers se chargeant eux aussi d’achever cette quête d’un amour vendu comme d’une compétition au plus riche et à la plus belle.

Au mal être adolescent succédait cette frustration viscérale et bestiale née avec la déception inconsciente des années 90/2000 à ne pas avoir su sauver ce que l’on nommerait, faute de mieux, un cœur invincible, face à cette chair si docile mais décevante qui commencerait à se vendre sur l’internet de la fin des années 90 et qui provoquerait autant de désastres que de satisfactions primaires à toutes ces natures ne demandant plus qu’à jouir. « Carpe diem » devint le slogan de la jouissance à tout prix, et l’amour étant bradé, ne restait plus que ce sexe impersonnel traduisant plus notre misère consumériste à édifier quelque chose de stable qu’une quelconque liberté acquise. Tandis que de l’autre côté d’une conscience bafouée se remontaient les grands temples de dieu, comme un dernier refuge de montagne pour alpinistes égarés, drainant les exclus et déçus de toute une génération déboussolée. Consumérisme liberticide et religion n’avaient jamais fait aussi bon ménage.

En même temps, et c’est un paradoxe, cette porn-attitude générait elle aussi de ces filles qui vous aidaient à vivre, à vous accrocher, sous l’écrasante domination des plus riches et des des plus épanouis, des cénacles et des dominants, des nantis, des instances et des grandes familles dont on était toujours exclus même si elles avaient la très fâcheuse et perverse manie de vous faire comprendre que vous en faisiez partie. Faire partie du monde comme un éternel exclu tout en regardant « votre famille » s’épanouir. Le « Trou » affectif finit par être comblé par ces filles de joie ne jouissant qu’au travers du prisme neuronal inventé par l’image et la vidéo. Et la féminité, malgré les outrages, parvenait encore à parler aux grands solitaires et grandes solitaires, leur dire ce « je t’aime » qui, quand bien même il était fortuit, en aida quelques uns à ne pas se pendre ou à se faire justice sur une trop longue exclusion. Et vous rendre compte, si c’était possible, que votre seule et unique famille avait toujours été celle des hommes, de ces hommes sans attaches ou étiquettes, totem ou drapeau autre qu’une laïcité qui n’avait jamais vraiment existé mais demeurait ferme, comme la seule issue à un monde de classes et de clans où tout s’achète et s’échange, cerveau comme corps. Où l’individu était nié au bénéfice de la masse dominante.

Cinéma d’un autre âge, ce « Teen Pop-Corn Movie » fit pourtant les beaux jours d’une génération de boutonneux et d’appareils dentaires, de scoubidous pendant aux ceintures et portefeuilles, de pieds chaussés de Converses et de jeans larges ou serrés. Le cinéma d’alors était en pleine effervescence, ben que plongé dans un climat nettement radicale et très à droite d’un monde où on ne parlait que de Reagan et Thatcher, des secondes grandes vagues de licenciement et d’une violence sociale qui déjà faisait ses premières victimes face à la toute puissance raciste d’un empire qui ne disait pas son nom, et qu’on dénonçait abusivement comme américain afin de se cacher une hypocrisie intrinsèquement liée à l’économie libérale déjà inscrite dans nos propres sociétés comme un serpent malfaisant. C’est dans ce climat bien particulier que fleurirent pourtant ces films sans grand scenario mais nantis d’une inventivité et d’une sincérité rares. « Can’t Buy me Love » fait partie de ceux-là.

Sans le savoir, un couple ado mythique était né : Amanda Peterson et Patrick Dempsey. Si le second fera plus tard carrière avec le succès qu’on connaît, Amanda ne connut pas la même chance. Amanda se perdit durant de longues années. Pour finir par nous quitter un beau jour d’été, dans la plus grande indifférence.

Mais nous ne retiendrons d’Amanda que le meilleurs, nous ne parlerons d’elle qu’au présent, dans cet éternel présent accroché encore dans cette sphère bleue de l’adolescence que certains s’escriment toute leur vie à préserver du cynisme irrésistible de l’âge adulte, tandis que d’autres la perdent pour un tas de raisons ou tout simplement parce qu’ils n’y croient plus.

Mais Amanda fut aussi l’icône discrète d’un certain film de Science-fiction : Explorers.

Ainsi fut-elle cette Lorie Swenson du film de Joe Dante qui, après le triomphe de Gremlins en 1984, se décidait à renouer encore une fois avec cette éternelle adolescence insoumise et belle.

Le synopsis, des plus simplistes, fut aussi l’un des plus beaux de son époque :

« Trois jeunes rêveurs décident un beau jour de réaliser leur propre vaisseau spatial. C’est Ben Crandall (Ethan Hawke) qui tout d’abord aura la vision du circuit imprimé dans un rêve vécu comme une véritable illumination spirituelle. Wolfgang (River Phoenix), sorte de doc science, le conceptualisera ensuite, Darren (Jason Presson) assurant en quelque sorte la maintenance et le bras fort de l’équipage. Parvenant à développer un champs de force révolutionnaire à partir du circuit vu en rêve, ils finiront donc par l’incorporer dans un fatras de pièces de récupération et de poubelles qui donnera naissance à un vaisseau spatiale, leur vaisseau à eux. Le reste appartient au rêve...
Puis, il y a cette jolie Lorie dont Ben est amoureux. Ben se servira même du champ de force pour un soir monter dans une bulle bleue la voir dans sa chambre. Mais les trois compères auront affaire ailleurs quand, parvenant enfin à gagner l’espace, ils vont se retrouver face à face avec d’autres enfants pour le moins surprenants... »

Réalisé par Joe Dante en 1985, mais jamais vraiment achevé, « Explorers » fait partie de ces petits trésors qu’on garde à côté de soi comme un petit film de vacances, au même titre que ces « Aventuriers de la quatrième dimension », « The boy who could fly » et autres « Flight of the Navigator » qui utilisaient déjà une thématique similaire : la découverte d’un artefact, d’un engin ou d’un champs de force qui permet de dépasser temps et espace. Mais le film de Joe Dante a cela de particulier qui est de nous parler d’amour sans le faire vraiment ; thématique contrée sur la communication, des enfants tentaient de nouer un contact avec d’autres enfants, comme tous les enfants du monde devraient le faire par-delà tous les clivages. Bien qu’Amanda Peterson y fasse une courte apparition, sa présence illumine tout le film, notamment au cour des quelques séquences oniriques où on les voit tous flotter dans l’espace de ce futur Internet, main dans la main.

Éternel soleil d’été, Amanda illumine ce film par sa douce présence. Et ce Ben, qui flotte dans sa sphère bleue pour la contempler, demeurera cet amoureux qui ne fait que regarder passer un amour figé dans le magnifique songe qu’est l’adolescence. « Kingston Falls », la même ville où se déroule l’histoire de Gremlins réalisé en 1984 par le même réalisateur, est un peu à l’image de l’Astoria des Goonies l’une de ces cités du rêve où tout se passe, ou des rencontres se font, et où des souvenirs se gravent. Ces utopies infantiles, nous les avons toutes connues, en bien et en mal. Elles étaient ces villes et villages, ces quartiers chics et ces cités sauvages de nos enfances sacrées où se scellaient ces amitiés invincibles et ces amours impossibles ou si immenses qu’on les perdait sans le savoir. Tout comme on perd dans sa vie ces petits cailloux qu’on espère naïvement retrouver un jour, pensant qu’ils nous ramèneront vers la maison de notre enfance où nous auront attendus nos parents devenus immortels.

La métaphore du film A.I. Intelligence Artificielle de Steven Spielberg (2001) ne veut pas dire autre chose. Elle synthétise à elle seule ce que nous sommes devenus au tournant de ce nouveau siècle. David, c’est ce que nous avons été originellement, cet enfant éternellement asexué qui n’est pas accepté par Martin, son frère biologique imbibé du temps qui s’écoule. Si Martin rejette David c’est que lui va vers une fin programmée, pas David qui veut encore et toujours demeurer sous le dôme de l’éternelle Pré-adolescence où chaque chose est un miracle, où respirer, rire est un acte de magie. David évoque ces enfants-bulles ou atteints de maladies rares, ces enfants qui s’arrêtent en chemin, car David effectue un parcours christique. Mais ce n’est pas le père éternel qui l’attend. Le voyage que fera David à la recherche de la Fée Bleue avec son nounours robot et toute cette gamme de robots utilitaires dépravés ou jetés, ces sex-toys et ces produits dérivés, n’est qu’une revue de détail d’un certain libéralisme. Une cour des miracles dont David se servira pour accomplir le dernier voyage de l’enfant qui voulait y croire encore. L’homme ayant traversé les trois décennies à se comporter conformément à la théorie des Animaux-Machines, dans l’univers de David-le-robot-fantôme, cet adolescent qui tremble en chacun de nous, ils ne sont plus que les reliques humaines robotisées nés avec l’an 2000, accompagnant encore celui qui y croit, celui qui veut remonter le temps.

Mais David ne remontera jamais le temps, tout comme le croyant n’ira jamais au paradis, et les ET grotesques et tonitruants du film « Explorers » se muent soudain en une race hyper-technologique animée cependant d’une humanité que l’homme fut bien en peine de réaliser, malgré ses envies d’humanité ; Ainsi, la leçon est cinglante et totale, aussi radicale que le monde de la désillusion des adultes, mais elle est paradoxalement plus douce, moins fataliste.

David/le fantôme de notre enfance vivra jusqu’au bout l’illusion de l’orphelin cyborg/le croyant par procuration, pensant retrouver des parents dans un monde libéral où les extraterrestres sont ces derniers dieux cachés qui nous ont fait et font montre d’une bien plus grande justice que ce que les hommes ont pu imaginer durant tout leur règne. David s’endormira, avec l’illusion que cet ours le veille toujours, de cette mère ressuscitée une nuit seulement, et ces extraterrestres qui contemplent leur œuvre qui doucement s’abîme dans l’écoulement d’un temps irrépressible.

Resurgit alors la métaphore Sartrienne de l’arbre. Nous ne sommes que réduits à nos propres considérations spatio-temporelles. Et nos grandes espérances s’inscrivent plutôt dans ce laps de temps où nous est offert la possibilité incroyable d’être tout ce que nous voulons, même si nous serons tout autre que ce que nous rêvons d’être ; et c’est peut-être cette leçon là qui sera à retenir entre ces deux films, comme placés aux deux extrémités d’une existence qui passe et où rien ne demeure. David, c’est Ben qui croit encore ; et Laurie c’est cette Eve/Lilith désincarnée, mère/fiancée survolant cette vie extraordinaire et inachevée. Amanda Peterson ressurgit dans ce rêve comme la parfaite image d’une vie qui bien qu’inachevée vaut la peine d’être vécue, surtout si on y réalise quelques souhaits, avant de repartir dans cette brume de l’incertain, de l’improbable, mais doté quand même de cette folle espérance à retrouver ce chemin parsemé de petits cailloux. Et c’est là que dieu ou soi-même prennent tout leur sens, dans ce fait de nous croire encore habités alors que nous semblons nous diriger vers le néant. David est christique, Martin est consumériste. Les identités s’inversent pour mieux nous démontrer la folie d’un monde où nous ne sommes plus que les marionnettes de vrais monstres.

Explorers était à l’image de la technologie d’alors. Ainsi, l’ordinateur utilisé par Wolfgang pour contrôler le champs de force qui générera la bulle bleue, puis le courant qui fera s’envoler le vaisseau en tôles et poubelles, est un Apple II c. Il faut savoir que ce computer, l’un des premiers de sa génération, fut produit dès l’année 1984 et se voyait déjà pourvu d’un processeur à 1.4 MHz et de 128 ko de RAM. Le rêve préfigurait l’exploit technologique, et ce fut le cinéma qui avait été en charge de l’annoncer. Apple était né du rêve de deux enfants inspirés par des extraterrestres. L’aventure infantile relayait l’aventure humaine, comme d’un magnifique champs des possibles. L’histoire ferait aussi le reste...

« Kingston Falls ». Dans l’intitulé même de cette ville imaginaire est inscrite l’idée d’une chute. Chute de l’enfant roi qui tente de remonter vers les étoiles d’où il est tombé, s’aidant de la bonne clé retrouvée par hasard, ou de cette possibilité de faire de certains de ses rêves des réussites. Nostalgie de l’enfant pour cet inconnu qui soudain se révèle familier à la découverte d’un pouvoir qui le hisse brièvement au-dessus des hommes (le champs de force est en fait généré par des extraterrestres). Tout dans Explorers nous raconte cette rencontre manquée, ou ratée, cette fusion impossible et cacophonique, mais aussi et surtout ces images qui s’impriment dans le souvenir d’un enfant qui a aimé. Peu importe qu’il n’y ait pas de suite, si cet amour ne fait que passer ou bien s’il s’éloigne, l’instant sacré de la rencontre coïncide avec celui où un pouvoir nouveau s’invente dans le giron germinatif d’une enfance en pleine effervescence. Et Amanda Peterson incarne à la perfection ce portrait sacré d’alors où tout était encore possible, où le rêve rejoignait enfin ces demeures de l’enfance où l’on attendait que quelque chose d’extraordinaire se passe. Tout comme le rêve Apple rejoignait celui d’une machine à rêver et une puissance financière générant du rêve, de la créativité. IBM avait lui aussi un frère. Mais les deux ont survécu, comme l’enfant dans l’homme et l’homme dans l’enfant. Amanda, c’était l’inspiratrice, sous d’autres noms. La divinité n’est plus seulement une chimère, une idole ou un nom, c’est une réelle inspiratrice, une muse dans un monde qui toujours s’invente dans le grand réalisme.

Beauté infantile, muse riante, visage ensoleillé, Amanda survola tout ce film avec sur les lèvres ce même baiser accroché, comme la Wendy de Peter Pan. Et le fait qu’elle l’ait laissé accrocher pour toujours, ce baiser, fait qu’elle est parvenue au stade d’une icône du genre, dans un cinéma éphémère et dans la tête de ces gamins venus quémander quelques instants de rêve dans cette salle sombre où ils attendaient aussi quelque chose, cette fille qu’on croiserait et à laquelle on sourirait, cette autre qu’on voudrait suivre mais à laquelle on a peur de parler. Celle qui, enfin, demeurait toujours au même endroit, à la même adresse, et qu’on regardait en secret rêver au bord de sa fenêtre quand justement revenait à chaque fois le soleil de ces étés de notre enfance. Ces étés à Astoria, à Kingtson Falls ou simplement dans cette ville où l’on est né, où l’on a migré, qu’on rêve parfois de quitter et qui pourtant s’attachent à soi.

Et c’est dans cette même ville de Greeley qu’est restée la belle Amanda, dans cette ville où elle dut affronter les monstres que tout le monde affronte un jour où l’autre. Dans cette ville où elle ne fera que demeurer à jamais tant qu’un garçon ou un autre repensera à elle, à ce qu’elle a pu nous donner en rêve sur bobine de pellicule. Portrait de ineffable, celui d’une enfant au sourire doré et aux yeux couleurs du ciel, le ciel de Kingston Falls. Pour cela, et pour un millier d’autres petites choses, Amanda restera cette petite maghrébine, cette jolie africaine ou des îles, cette ensorcelante rousse, cette magique blonde ou cette fatale brune, cette sauvage et romantique latine, cette pétillante asiatique ou cette jolie petit juive aux mutines manières qui ouvre les portes de l’espérance, ces jeunes filles en fleurs que nous n’avons de cesse de croiser encore et encore dans nos vies et qui nous interrogent encore et encore sur la question la plus difficile à régler : qu’est-ce que nous avons à réaliser ?

Qu’on connaisse la douleur amère et sucrée de l’amour, ou que jamais on ne la ressente, ces petits films pour adolescents solitaires nous l’illustrent sempiternellement, tandis que nous nous trouvons comme Ben, encore et toujours, dans cette sphère bleue du rêve où on pense que tout est encore possible, quand bien même il nous faille un jour partir, nous aussi, comme David. Vivre est un problème, mourir une injustice. Mais rêver est cette ancre avec laquelle on se figure un instant braver temps et espace pour contempler encore et toujours le visage d’Amanda, et de toutes ces filles qu’on a aimé ou qu’on aurait tant voulu aimer un peu ou toujours, et qui devraient tant nous inviter à créer, nous réaliser, dans le pari fou que fait ce David du grand retour impossible...

Amanda s’en est allée, dans cette belle bulle bleue, avec le même mystère que celui qui illumine soudain nos visages quand nous nous souvenons de quelqu’un, qui est loin à présent. Mais pas si loin de soi, quand nous aussi nous montons à notre tour dans la belle bulle bleue, pour nous souvenir et créer. Tel un scaphandrier se prenant soudain pour un papillon.

Thank you so much, dear Amanda.

Rest in peace.

I Love You.

Emmanuel Collot





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