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  Sommaire - Livres -  M - R -  Elric Intégrale 1 et 2



"Elric Intégrale 1 et 2 "
de
Michael Moorcock

Editeur :
Pocket
 

"Elric Intégrale 1 et 2 "
de Michael Moorcock



ELRIC Intégrale volume 1 Michael Moorcock Pocket

Dans « Elric des dragons », nous avons le récit des faits ayant préludés à la saga ouverte par « Elric le nécromancien », où l’on retrouve l’amour interdit consommé par Elric et sa cousine Cymoril sous les rumeurs d’usurpation du frère félon, Yrkoon. Celui-ci, qui voulait assassiner son frère enlèvera finalement la belle Cymoril. Elric, fou de rage pactisera avec le seigneur du chaos, Arioch, puis prendra possession de la redoutable épée runique voleuse d’âme, Stormbringer. La légende commence…
Dans « La forteresse de la perle » nous retrouvons un Elric pris au piège de la cité de Quarzhasaat où, drogué par un intrigant projetant de s’emparer du trône, ce dernier devra partir en quête d’une perle légendaire prompte à conférer à l’usurpateur les pleins pouvoirs sur son monde. Elric transformera un voyage fait d’errances, loin de sa dulcinée, en une vaste quête teintée d’onirique, au pays des songes. Peut-être le plus poétique des volumes consacrés à la dite « jeunesse d’Elric ».
Dans « Le navigateur sur les mers du destin », Elric connaîtra trois aventures dans trois histoires différentes. Dans « Cap sur le futur », Elric est embarqué à bord d’un bateau, dont il incorpore l’équipage, un équipage pour le moins détonnant où figurent trois autres incarnations du Champion Eternel : Hawkmoon, Erekosë et Corum. Elric devra affronter à leur côté deux sorciers, un frère et une soeur : Agak et Gagak. Une fois vaincus ces dangereux adversaires, l’empereur déchu de Melniboné, se verra rejeté dans un monde parallèle où il va faire la connaissance de Smiorgan Tête-Chauve, un Seigneur de la Mer des Cités Pourpres (« Cap sur le présent »). Celui-ci, deviendra un fidèle compagnon d’armes. Dans « Cap sur le passé », ces derniers croiseront aussi la route de la belle et troublante Vassliss. Cette dernière est la victime des appétits d’un certain Saxif D’Aan, un Comte ménilbonéen et ancêtre d’Elric, qui prend Vassliss pour la réincarnation de l’un de ses anciens amours. Elric et Smiorgan s’engageront dans cette histoire ambigüe sur les traces de R’in K’ren A’a, un continent perdu, mythique, renfermant les ruines de l’ancien empire de Menilboné. Tout en s’efforçant de sauver Vassiliss.
Un des plus grands opus des éditions Pocket vient tout juste de ressortir en France, sous les couvertures non moins fabuleuses d’un certain Jean Bastide qui n’a décidément rien à envier à Brom ou Michael Whelan. Rappelons donc que Michael Moorcock fut probablement l’un des auteurs populaires les plus publiés en France. Des éditons Opta aux inoubliables éditions Temps Futurs, avant de s’ancrer définitivement au cœur des éditions Pocket sous les couvertures fameuses de Siudmak, on pourra dire que le socle Moorcock aura connu les honneurs de l’édition, et ceux de fans qui, de générations en générations n’ont eu de cesse d’encenser son œuvre incomparable. Aujourd’hui, c’est Elric, son œuvre phare, qui connaît une édition intégrale en poche. L’occasion est choisie ici pour saluer une fois de plus un style bien particulier servi par des traductions d’excellente qualité, promptes à transmettre ce même goût du baroque et du lyrique. Anti-héro généré en réaction à la société victorienne anglaise, un peu comme le fit jadis l’oeuvre d’un Oscar Wilde, fascinante fusion des pulps des années 30 avec le new age insolent et contestataire de l’époque New Worlds en Angleterre, tout a été dit sur ce romanesque aux antipodes du genre. Né sur le pari avorté de faire du Conan, Elric est probablement ce qui est arrivé de mieux à la fantasy durant les années 70/80, bien loin de la cellule familiale magnifiée par l’œuvre de Tolkien au sortir des années 60.
La jeunesse d’Elric est une introduction au corpus central de l’œuvre, sorte de digest d’un univers qui commence alors à sécréter son climat si particulier, faisant dire à l’époque chez certains que ce n’était là que de l’horreur gothique, alors que d’autres en étaient toujours à la recherche d’un Conan bis. Le génie de Moorcock est justement d’avoir su penser un autre barbare mais à l’aune d’une génération nourrie de drogue LSD, de nouvelles préoccupations anarchistes concernant le style et les portées de l’écriture, ainsi que d’une manière de voir le monde dédoublée, reniant à la fois la métaphysique idéaliste et la philosophie généraliste scolaire. Pas de leçon, donc, dans l’œuvre de Moorcock, encore moins de moralisme. Ni plus ni moins qu’un amoralisme besogneux marqué de décadentisme sexuel et d’ultra violence aveugle. Mais toujours avec ce questionnement, comme mis en suspend. Et pourtant, malgré leurs différences marquées, on comparera toujours plus Elric à Conan plutôt qu’à un quelconque héros romantique. Car, Elric et ses succédanés, c’est de la Sword and Sorcery, quoiqu’on en dise. Ou fantasy libre, comme on le dit de façon plus confidentielle. Celle dont on n’ose pas beaucoup parler car elle n’a pas de message, elle n’a pas de projet ou dessein autre qu’un bon trip, ni ne fait de lèche vitrine.
Ce refus d’adhérer au post romantisme est typique du mouvement punk des années 60/70, et qui déjà refusait toutes les règles instaurées par la société néo bourgeoise de l’époque ; Ce « no futur » scandé par toute une génération est patent d’un esprit s’éloignant des modèles pour, en brisant les règles, instaurer les leurs. Sans avoir l’air de le faire, vieille hypocrisie des modes musicales. Au rock métabolique et structuré des années 50, préférer le Punk destructeur et hasardeux des années 60 bouillonnantes et des années 70 incandescentes. Au style emphatique d’un Tolkien préférer celui plus lacunaire mais acide d’un Moorcock. Le succès mondial d’un Elric est lié à cette mode, aux nouvelles expériences d’écriture inachevée (le prodigieux Mervyn Peake dont Moorcock et son œuvre pourrait être un alter égo anti-chevaleresque possible), en même temps qu’à une certaine fidélité aux vieilles traditions orales du vieux celtisme. Car, si l’écriture de Moorcock séduit encore de nos jours, c’est bien grâce à cette prise de contact immédiate, osmose presque sonore qui s’installe avec le lecteur, là où pour Tolkien il faut du temps, et de la patience. C’est avec une prose qui s’adresse immédiatement à soi que Moorcock est parvenu à installer définitivement son style en même temps que cette manière de raconter unique, devant autant à Burroughs pour sa « polychromie cartoonesque » mâtinée d’effluves brumeuses et d’affiches électriques échappées de quelques pubs post impérialistes de Piccadilly Circus, qu’à Howard dans son émulsion communicative et vitaliste. Et le résultat est sans contestation possible. Une œuvre monumentale qui a touché presque cinq générations.
La seule chose qu’on pourra se demander à propos de l’illustre créature du magazine New Worlds, c’est cette absence d’intégrale réelle, concertée et bibliophile, de son œuvre. Après la merveille Howard chez Bragelonne (mais pas de Leiber ni de Burroughs ? Etrange…) on aurait beaucoup aimé voir la même chose sous l’égide de Brom, Whelan, et cet incroyable Jean Bastide, dont les couvertures confinent au sublime. Disons que ce n’est que partie remise.
Si Moorcock est l’antithèse parfaite d’un Robert Howard c’est parce qu’il assume totalement comme d’un moindre mal cette modernité que l’autre scandait comme sa malédiction, un malus. Mais là où ils se rejoignent, c’est bien dans cette tradition du récit court et germinatif, mais chargé d’un tel réalisme magique qu’il exerce sur les esprits des adolescents et des adultes le même effet que les contes sur les petits enfants. Et ce, même si l’auteur refuse de se voir assimilé à ce réalisme magique. C’est cette modestie de l’ampleur romanesque nuancée par cette prétention de l’intensité narrative qui fera toujours leur excellence. Pas vraiment une littérature naissante, donc, mais bien une héritière incestueuse d’une vieille tradition orale qui se bonifie à chaque nouvelle publication. Ce panache des chefs d’œuvre à toujours pouvoir se revendiquer comme nouveaux, quelque peuvent être les époques qu’ils traversent.
Très belle préface de Jean-Luc Fromental, aussi énigmatique que l’est probablement l’inventeur d’un mythe aussi perpétuel que le Conan de Howard. Peu importe que ce dernier ne soit pas non plus d’accord avec ça…

Emmanuel Collot

Elric, Intégrale 1, Michael Moorcock, éditions Pocket, traduit de l’anglais par Daphné Halin, Brian Hester, Gérard Lebec et George W. Barlow, couverture par Jean Bastide, 601 pages, 12.80 Euros.

ELRIC Intégrale volume 2 Michael Moorcock Pocket

Elric est un aristocrate, un des fils de Mélniboné dont il est l’empereur patenté mais le futur traître. Ainsi fera-t-il fait assiéger son Imrryr natale qui se refuse aux réformes qu’il voulait y appliquer. Lieu où il y perdra la belle Cymoril, sa cousine aimée, tuée par accident, et affrontera Yyrkoon son frère ennemi. Car, contrairement au héros antique, Elric clôt un règne, celui des mythiques empereurs démons issus de sa race maudite. De constitution fragile et albinos de son état, il ne tient que grâce aux drogues puis grâce à cette épée infernale qui est quasi vivante et qu’on nomme « Stormbringer » et qui lui procure une invulnérabilité totale en même temps qu’elle est sa plus flagrante faiblesse qui un jour le perdra.
Dans « Le songe du compte Aubec » qui ouvre le premier tome, « Elric le nécromancien », nous avons tous les ingrédients nous mettant en présence d’un univers qui se met en place peu à peu, présentant une métaphysique particulière et l’explication des lois du chaos. Le comte Aubec illustre alors une sorte de préambule chronologique et prototype au personnage d’Elric. La fable proto arthurienne éclat en une symbiose lyrique et philosophique mettant en branle l’architectonique d’un monde très ancien, sort d’Angleterre désabusée où survie une race maudite en proie à la décadence. Serviteur de sa reine, Aubec viendra défier l’étrange souveraine d’un château nommé Kaneloon, situé non loin du bord du monde. Et come le fait souvent la fable, le plus fort sera trompée par la plus maligne. L’illusion de l’expansionnisme territorial (allusion au colonialisme) étant un prétexte induit par ceux qui gouvernent le chaos pour inventer de nouveaux royaumes, les jeunes royaumes qui ouvriront à l’ère où bientôt errerait Elric (allusion aux pays décolonisés ?). Notons en outre qu’Elric aura pour première lame, bien avant Stormbringer, l’épée du comte Aubec. Le relai entre l’ancien monde et le nouveau, comme de deux mondes condamnés à se fuir, tout en s’affectant l’un à l’autre comme deux volontés ravagées par la guerre entre l’ordre et le chaos.
Mais c’est avec « La cité qui rêve » pierre angulaire du cycle, que Moorcock rentre vraiment dans la légende. Assiégeant sa propre cité pour la voir tomber sous les assauts des jeunes royaumes qu’il a rallié à sa cause, Elric perd non seulement son titre mais également cette cousine qu’il aimait plus que tout, à cause de la perfidie d’un cousin dévoré par le pouvoir. La nouvelle est l’occasion de voir à l’œuvre l’une des plus belles batailles navale de toute l’histoire de la fantasy, et ce n’est pas rien. Imrryr est pillée et saccagée, et Elric deviendra un paria, maudit des siens, même de ceux qu’il avait ralliés à sa cause. L’Angleterre post coloniale s’effondre, et curieusement la trahison engendre d’une autre histoire où resplendira souvent son aura, même dans la décadence. Sans doute eut-il fallu un anglais pour inventer une telle histoire qui tout en faisant une belle image du changement des choses anobli le décadent qui en est l’auteur, ce dandy multi-temporel qui ouvre non seulement les portes de la perception sur la lutte des dieux qui se cache sous toute chose, mais aussi celle du dur apprentissage à la civilisation, dans ce qu’elle a de plus vil comme de plus beau et immuable.
Dans « Tandis que tient les dieux » Elric expérimente la vieille thématique de la quête du graal. Pensant partir pour découvrir un trésor inestimable renfermant le savoir universel, l’albinos ne récoltera qu’amertume et désespérance. Car lorsque même le savoir ultime issu des mains des dieux tombe en poussière, il y a une seule instance qui gagne encore et toujours : le temps. C’est durant cette nouvelle, fort belle au demeurant, qu’Elric fera la connaissance de Tristelune, un précieux ami qui le suivra longtemps sur les routes de l’aventure. Faisant figure de moyen terme exutoire à sa mélancolie, Tristelune est à rattacher à la longue tradition des bardes et troubadours, s’efforçant toujours d’apporter un peu d’humour et de dérision à un quotidien grisant. Ici, il sert de dérivatif au fatalisme inhérent au ton de l’univers moorcockien, tout en y apposant une sorte de moralisme diffus, mais tout aussi impuissant que son seigneur incapable de comprendre sa part de mal et de bien dans un monde condamné à l’entropie. Et qui pourtant perdure. Un peu comme nos sociétés modernes.
« La cité chantante » est une nouvelle emblématique puisqu’Elric y fera la connaissance du redoutable et singulier Theleb K’aarna, un sorcier désirant instaurer son royaume de la déraison, royaume du paradoxe où la contradiction et la bizarrerie dominent ; Theleb K’aarna est à l’image de nos sociétés modernes, il est le grand propagateur de la confusion qui y règne… Sans qu’on ne puisse jamais faire cesser le démon passant de sociétés en sociétés, de pays en pays, tel un accélérateur de civilisation par le truchement du chaos, mais délibéré, sans le couvert des dieux, terriblement individualiste. Yishana quant à elle, grande reine de beauté mais aussi de féminisme, n’incarne-telle pas, à sa manière, la femme née entre les années 60 et 70, libérée, et de la tutelle de l’enfantement obligatoire, et de celle de la fidélité imposée. En cela, elle s’impose comme une grande figure du genre en même temps qu’une icône du nouveau libéralisme décomplexé vis-à-vis de son corps et des normes sociales.
Le second livre, « La sorcière dormante », est peut-être le plus fascinant de l’œuvre. C’est là qu’Elric cimentera en quelque sorte et sa psychologie aux antipodes des anti-héros (ils n’y en a pas beaucoup finalement, contrairement à ce qui est dit parfois) ainsi qu’un univers bien particulier o, en quelque sorte, le projet des chevaliers de la table ronde aurait échoué, abandonnant un univers où l’unité du royaume n’ayant jamais eu lieu, ce serait les paysages et décors qui en auraient été affecté, jusqu’aux objets magiques. Il en découle donc un univers bien particulier, beau et pervers à la fois. Un univers où Elric rencontrera un clone de Cymoril dans la personne de la belle sorcière Myshella. Avec an arrière fond des nouvelles l’ombre du redoutable Theleb K’aarna, récurrence libérale sauvage saccageant tous les rêves à son passage. Ainsi donc, si dans « Le tourment du dernier seigneur », on assiste aux noces symbolique d’Elric et de la belle sorcière, avec un final sauvage et violent comme seul Moorcock en est capable, dans « Piège pour un prince pâle » on retrouvera une figure connue, celle de Rackir le Rouge qui a trouvé la paix sur Tanelorn, sorte d’Avalon transfigurée en hôpital de campagne pour héros fatigués. Elric y suivra des aventures mouvementées face au sorcier Theleb K’aarna, notamment dans la cité des mendiants de Nadsokor. On y retrouve une thématique abordée avec distanciation, une distanciation qui choque, celle du mal à l’état pur et de l’inaction face à ce mal. C’est dans ce royaume de la déchéance, parabole de notre propre monde moderne, qu’Elric expérimentera la morale de l’action et le dur constat que le monde n’est, lui, dominé par aucune volonté morale supérieure, avançant toujours selon un cycle de vie qui ne prend jamais en compte l’idée de mal ou de bien. A moins d’y intervenir par soi-même, justement par l’usage de la morale de l’action. Ici plus qu’ailleurs, Moorcock nous fait une sorte de requiem voilé pour le libre arbitre par le confrontation brutale avec la violence et l’innocence bafouée.
« Trois héros pour un seul dessein » est une sorte d’apothéose romanesque dont l’auteur se fera souvent l’apôtre dans son œuvre gigogne. Elric, Corum et Erekosë, sont forcés de s’associer pour libérer, Jhary-A-Conel, le compagnon de Corum, d’une tour qui ne cesse de se déplacer rentre les différents plans du monde ; La quête est ici prétexte à une espèce de croisade-odyssée qui est un fort beau prétexte pour rejouer l’Armageddon à la sauce anglais. C’est beau, stylé, moderniste et d’un très grand impact sur l’imagination.
« La revanche de la rose » est un roman rajouté bien plus tard par l’auteur. Ecrit en 1991 il change de style en même temps que de forme. Puisqu’il ne s’agit plus ici de nouveles mais bel et bien d’un fort roman. Elric se retrouve seul (Tristelune est resté à Tanelorn) pour parcourir les différents plans d’existence à la recherche de l’âme de son père, Sadric, que se disputent les seigneurs de l’ordre et ceux du chaos. Rejoint par une espèce d’esthète poète du nom de Wheldrake (qu’on retrouvera ailleurs dans l’oeuvr e de l’auteur) Elric y affrontera Gaynor le damné qui a rejoint le chaos et s’est emparé de la balance cosmique. Le voyage sera ici prétexte à des rencontres multiples comme une famille voyageant à travers les mondes (Les Phatt), un loup-garou frappé par la malédiction et un crapaud tombé éperdument amoureux. Si on s’efforce de lire au moins les 150 première pages on est assuré de lire une grande œuvre. La bataille finale, totalement déjantée, et qui frôle le surréalisme, est à elle seule à ranger aux meilleurs moments du genre. Même si la Rose s’étiole au profit des héros plus sombres, force est de constater que cet Elric, qui est lus une béquille de l’auteur qu’un double de lui-même, dans cette quête du père, se montre à la fois fidèle à son fatalisme comme prodigieux quand il s’agit de trancher dans le vif d’une histoire où la quête du père déborde sur celle de la vérité. Certes, on pourra également reprocher le côté un peu technique voir même bavard de l’explication apportée au Multiunivers de Moorcock, mais ce qui n’st en rien une métaphysique et encore moins une philosophie, se comprend mieux en terme d’expérience intime, celle d’un système aidant à l’architectonique d’une écriture et non pas servant une quelconque didactique de l’auteur sur ses propres conceptions de l’univers. Si son sait passer ces quelques écueils, « La revanche de la rose » tiendra toutes ses promesses.
Si on devait élever une œuvre fabuliste au rang de chef d’œuvre universel, il est fort à parier que celle de Moorcock pourrait figurer en bonne place. Les incohérences dans la chronologie des nouvelles et les contradictions entre elles ont enfin une explication, s’il fallait en donner : bien loin de démontrer un manque de concision, elles révèlent simplement que tout comme Robert ervin Howard l’ouvre de Moorcock est patente d’une vieille tradition anglo-saxonne, à savoir le récit oral. Et c’est cette oralité qui fera de Moorcock le lus grand écrivain de genre, et le dernier des géants…
A noter enfin, et c’est une bonne idée de l’éditeur, l’insertion de quelques pages de bande-dessinée en fin d’ouvrage. L’adaptation graphique de récente facture sous les auspices des éditons Glénat nous démontre peut-être que des auteurs ont enfin assez médité cette œuvre pour produire la vision que le public était en droit d’attendre. Et à ce niveau là, ça confine au sublime. Recommandé également…
Seul bémol, une simple introduction datant de 1981 en guise de commentaire est tout de même assez décevant de la part d’une édition française ayant fait fortune avec un personnage aussi populaire.

Emmanuel Collot

Elric, intégrale 2, Michael Moorcock, Pocket, traduit de l’anglais par Michel Demuth et Frank Straschitz, 554 pages, 11.20 Euros.






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