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  Sommaire - Nouvelles -  ARSIVEL


"ARSIVEL"
de
Gaston-Jean MIANE

 

"ARSIVEL"
de Gaston-Jean MIANE



rêve

Que sont les rêves ! que disent-ils ?
Nous parlent ils de notre passé récent ou ancien…sont ils avertisseurs de quelque chose ?…Qui peut me répondre quand il aura lu mon rêve de la nuit dernière dont je n’ arrive pas à sortir….

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 2006

Je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je suis, pourtant je suis dans une école, réminiscence de mon passé d’instituteur sans doute, tout ce que je sais c’est qu’un mot étrange me passe par la tête et qu’il y résonne encore cinq heures plus tard lorsque devant mon clavier je me mets à écrire mon rêve…Arsivel, ARSIVEL…c’est étrange et si bizarre que je me précipite sur mon grand Larousse encyclopédique pour essayer de le trouver ce mot…je ne l’ai trouvé ni écrit comme cela ni à arcivel, ni à Harsivel… qui me dirait ce qu’il est,…
En bref je suis dans la cour, suis-je élève ? suis je maître ? je ne peux le dire mais je vois une porte de classe s’ouvrir et en jaillir tout un groupe d’enfants, en dire l’âge ? peut-être dix onze ans, des CM1 ou CM2…ils s’égayent dans la cour en criant…
Parmi eux un grand dadais débraillé et un petit râblé et hargneux qui cherchent la bagarre aux uns et aux autres…et puis une grande fille toute maigre avec des nattes attachées avec des rubans de tissus blanc à pois roses…ce que les rêves peuvent être parfois précis…et les deux vilains drôles qui viennent l’embêter qui lui tournent autour, lui tirent les nattes en lui chantant méchamment :
-  Bernadette tu es bête…tu la perd ta grande culotte ! et ils reprennent en choeur avec une nuée d’autres vauriens ce refrain idiot qui fait pleurer la grande nigaude qui va se réfugier dans les cabinets des filles où les autres filles lui rechantent la même chanson jusqu’ à ce que sorte une maîtresse de sa classe et qui se met à hurler contre les chanteurs…en brassant l’air de ses grands bras secs…les enfants font la ronde autour de la maîtresse et chantent en chœur Arsivel, Arsivel tu n ‘as jamais été belle ! Et brusquement la cloche sonne et la nuée d’enfants se sauve en courant dans toutes les directions...et je me souviens je viens chercher un petit de CP, et il ne sort pas et j’attends, j’attends …le grand déguingandé revient vers moi et me dit :
Pas la peine qu’tattende les CP, le sont partis depuis longtemps…de sa poche il pend comme une cravate…il a suivi mon regard :
-  c’est ça qu’tu veux ? et il tire sur la cravate, je fais un pas en arrière ce n’est pas du tissus, c’est un serpent, un curieux serpent rougeâtre qui se tortille quand il le tient par la queue…et soudain il le jette vers moi, je fais un écart et j’entends rire autour de moi le rire méchant des enfants en groupe qui ont décidé de rendre impossible la vie de l’un ou de l’autre…je cherche la sortie et je me trouve face à un grand mur couvert de graffitis colorés, un garçon bien calme et bien tranquille avec un sarrau gris bordé d’un liséré rouge du côté des boutons est devant ce mur, il tient dans sa main des craies de couleurs et il peint des dessins aussi bizarres que mon rêve, ses dessins sont flous mais en même temps ils représentent des scènes que je comprends….un manège d’avions d’autrefois qui tournent vite avec des enfants aux écharpes qui volent par la vitesse du manège … J’entends du bruit je me retourne et je suis dans un couloir au pieds d’escaliers qui viennent je ne sais d’où dans une cage d’escaliers encombrée de toiles d’araignées…et soudain je m’aperçois qu’il y a des araignées partout autour de moi, des grosses et des petites qui courent dans tous les sens, je bouge pour éviter qu’elles ne grimpent sur moi, mais il y en a qui descendent du plafond au bout de leurs fils, d‘un revers de manche je les écarte et j’entends le garçon au serpent me dire en ricanant :
-  t’as peur des araignées dis, t’as peur regarde moi non et il attrape au vol une araignée au bout de son fil et l’avale en riant et en grimaçant,… tiens tu veux goûter me dit-il en me tendant une énorme bête noire et velue, mais une main l’arrête c’est celle d’un vieil homme sorti de nulle part qui lui demande d’une voix très douce :
-  laisse-le et viens me montrer tes serpents que je les trie pour les classer…et je ne sais pas pourquoi je les suis dans une salle qui s’ouvre sur ce sinistre couloir…là il y a des serpents partout, des gros et des petits, des endormis et des qui gigotent en tous sens, il y en a des verts, des gris des jaunes et des noirs et je sens glisser entre mes pieds un énorme python, boa ou dieu sait quoi qui file en frottant ses écailles qui crissent sur le sol. Je ne sais plus quoi faire et le vieil homme se tourne vers moi et me dit :
- Tu sais il est très jeune mais c’est le meilleur spécialiste des serpents que je connaisse, il est immunisé et même les pires bestioles ne lui font aucun mal…et l’autre idiot qui ricane encore en entendant les louanges que déverse le vieil homme aux yeux chassieux…je sors à reculons et je me retrouve devant le grand mur aux graffitis, il y a deux messieurs sérieux qui admirent l’ouvrage qui est complété par des nouveaux dessins : une fille qui dévale en vélo une pente les jambes écartées, les bras tendus sur le guidon les cheveux dans le vent et la bouche ouverte sur un cri d’effroi qui dure , qui dure…et puis il y a des petits personnages filiformes, comme le Saint de Leslie Charteris, qui défilent les uns derrière les autres…mais curieusement ce n’est pas un simple dessin c’est une sorte de film puisque les personnages se déplacent …ils marchent au pas cadencé et j’entends le flop flop de leurs pas...
-  Les messieurs sérieux discutent de l’art du graffiti, sur les différences entre tags et grafs…c’est très intello !…un d’eux s’adresse à moi… :
-  Bravo Arsivel, tu as réussi ton œuvre, elle sera classée crois moi dans les chefs-d’œuvre de notre temps…je me retourne croyant qu’il s’adresse à quelqu’un qui serait derrière moi…mais je suis seul c’est donc à moi qu’il s’adresse… je serai donc Arsivel…
-  Voulez vous me signer votre ouvrage Monsieur Arsivel me dit l’autre en me tendant un énorme livre d ‘art et un crayon rouge…machinalement je prends le livre et je l’ouvre, je le signe à la première page , et je le feuillette…je tombe devant une photo de mon frère lorsqu’il avait treize ou quatorze ans et qu’il arborait une épaisse chevelure avec un cran qu’il soignait particulièrement…je vais rendre le livre à son propriétaire et lorsque mes yeux se lèvent vers lui, il n’est plus là, il n’y a là que le facteur qui me tend une carte postale qui représente un marchand d’eau de Marrakech vous savez ces hommes qui portent sur leur dos une outre pleine d’eau qui ont un accoutrement très coloré, un grand chapeau bordé de glands de tissus et de pièces de cuivre et d’or, ils ont une clochette qu’ils font sonner en criant :
-  El’ma…autrement dit : de l’eau.
-  Le porteur en question a remplacé le facteur, il me tend sa timbale rutilante pleine d’eau et comme je ne veux pas lui faire un affront, je la prend et y trempe mes lèvres…et quand je la lui rend il me dit avec un accent très parisien - Bonjour monsieur l’artiste peintre, je suis Musa, vous savez celui qui fait peur aux enfants…el moro musa…et il rit à gorge déployée, non il ne me fait pas peur et il me tape amicalement sur l’épaule…en disant en confidence :
-  Je ne suis pas seulement porteur d’eau je suis aussi le facteur de service et je vous apporte une lettre du ministre qui veut que vous décoriez le palais du roi…
-  Vous avez donc lu la lettre ?
-  Non mais tout le monde le sait, c’est dans tous les journaux…et il me tourne le dos et repart sur…son vélo jaune de facteur !
Un nom me trotte dans la tête Arsivel, Arsivel ce serait moi et je me trouve devant le mur blanc avec un pinceau à la main et je me mets à dessiner sans réfléchir, ma main fait le travail que je ne commande pas, et apparaît alors sortant de mon dessin, perchée sur un solex rutilant une grande fille blonde qui crie à tue tête :
-  Comme Mado, roulait en Solex 1800…

Je suis très perturbé par mon « œuvre » au point que je me réveille en sursaut…je mets un instant à vouloir sortir du rêve et comme le nom me trotte toujours dans la tête le seul moyen de l’en extraire c’est d’écrire…d’écrire ce rêve… qui comme tout rêve je pense, est incompréhensible, sinon l’effet conjugué et mélangé de mes souvenirs, de mon passé récent ou ancien…

C’est une fois que je l’ai écrit que j’ai pu comprendre le sens général…un mixage de mes souvenirs anciens : mon frère qui n’a plus un cheveux sur la tête aujourd’hui, l’école où j’ai sévi jusqu’à la retraite, l’influence de « Harry Potter » dont je viens de lire le premier tome après en avoir vu les quatre films, mes souvenirs d’enfance pour la crainte du Moro Musa et de mon récent voyage au Maroc…comme en plus on m’a demandé de participer au décor d’une comédie musicale…tout s’enchaîne, mais encore reste-il des zones d’ombre…que je vais explorer….que reste-t-il du mystère des rêves ?

…………

il est maintenant 17.30, devant mon clavier je suis sur la comptabilité de mon association…mon portable est posé à côté de moi…il se met à vibrer…je décroche :
-  Allo !
-  Allo m’sieur Arsivel ?
-  Quoi
-  M’sieur Arsivel je voudrais vous informer
d’une mauvaise nouvelle…
-  qui est à l’appareil ?
-  C’est votre ancien élève Moussa…
-  Moussa, je ne vois pas !
-  Si souvenez-vous en Algérie, à Affreville en 1958…
-  Mon Dieu que c’est loin…mais je ne m’appelle pas Arsivel mais…
-  Aucune importance M’Sieur Arsivel, mais
Vous souvenez de Mado ?….
-  Mado ?
-  Mado Guttierez !
Dans ma tête ça se déroule à une vitesse folle, près d’un demi-siècle depuis Affreville…Mado ça ne me dit rien…
-  Non je ne me souviens pas !
-  Ses parents tenaient l’Hôtel terminus où vous habitiez…
-  Ah peut-être, je me souviens de l’hôtel pas de Mado…
-  Dommage, elle est morte hier !
-  Ah, je suis désolé, comment est-elle morte ?
-  Elle s’est jetée sous un camion avec son vieux Solex…
-  Et quel âge avait-elle ?
-  Quatorze ans M’Sieur Arsivel…
Dans ma tête il y a un grand chambardement…on me parle de quelqu’un d’il y a près de cinquante ans et on me dit qu’elle vient de mourir à quatorze ans…je regarde mon téléphone…il est …éteint et la voix me parle toujours…
-  Adieu M’sieur Arsivel je retourne chez nous…il y a bien longtemps n’est-ce pas,…
-  oui il y a bien longtemps…
Puis il y a comme le déclic d’un téléphone qu’on raccroche.

J’ai essayé de savoir quel numéro m’avait appelé…les services téléphoniques m’ont répondu que je n’avais pas eu d’appel cet après midi…
Je suis bien éveillé, j’ai la radio qui marche à côté de moi….Tino Rossi chante son dernier succès à la mode.

Je regarde mon calendrier les chiffres sont flous…il y avait 2006 tout à l’heure et je lis maintenant …1938…

Marilou, que ton nom petite âme infidèle…

……..

Marilou qu’il est loin le premier rendez-vous.

Il y avait eu le curieux zup-zac il y a quelques saisons, et les appels du passé pour son amie d’enfance…il y avait déjà eu la marque du fantastique mais maintenant… en janvier 2006,ce qu’il avait dit qu’il ferait, il l’a fait, il l’a écrit ce rêve , car désormais il sait que dans chacun des rêves qu’il fait il y a une part de son passé et une part de prémonition, alors dès qu’il le peut et qu’un rêve est assez fort pour qu’il l’oblige à se lever et à l’écrire il le fait et c’est alors que commence pour lui la peur, la peur des suites de ce rêve étrange où tout se mêle, et quand il pense l’avoir compris, il a la révélation de ce qu’il n’attendait pas …curieux ! … voyage dans le temps et l’espace, ou dans l’espace-temps qui peut dire.

Editions de Fossillon

ISBN 2 912864-24-0 EAN 9782912864 246



Mis en ligne par pelosato


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