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  Sommaire - Nouvelles -  DIX…NEUF…HUIT…SEPT…SIX…CINQ…QUATRE…TROIS…DEUX…UN…


"DIX…NEUF…HUIT…SEPT…SIX…CINQ…QUATRE…TROIS…DEUX…UN…"
de
Christophe LESIEUR

 

"DIX…NEUF…HUIT…SEPT…SIX…CINQ…QUATRE…TROIS…DEUX…UN…"
de Christophe LESIEUR



« PARIS S’EST ENVOLEE !

Sidérant ! Impossible ! Délirant !

Les mots manquent, tout simplement, pour décrire l’inexplicable et incroyable envol de Paris vers le ciel, aux alentours de 6h55 le matin de ce dimanche 17 mai 2009. Sortant quelques peu éméchés de la folie de leur nuit parisienne, les principaux témoins sont rarement crédibles. Et pour cause… Aucun ne parvient à décrire avec précision l’immense fatras qui a sorti tous les parisiens de leur torpeur dominicale. Tous évoquent la même sensation, celle d’une soudaine légèreté de l’être, comme si la pesanteur avait été soudainement anéantie. Certains décrivent même une vague impression d’arrachement au sol. Nombreux furent pris de nausées et de vomissements. Et aucun de ceux ayant assisté à la déchirure de la croûte de bitume n’en a cru ses yeux.

Pour l’heure, tout ce que nous savons – ce qui se limite à ce que nous voyons - c’est que Paris s’est arrachée quasiment toute entière de la croûte terrestre, emmenant avec elle quelques bouts de banlieues proches - quartiers nord de Montrouge, Issy-les-Moulineaux, le bois de Vincennes - et laissant deci-delà des miettes d’arrondissements en pâture au sol - en particulier une grande partie du bois de Boulogne, peut-être sous l’effet du poids des infrastructures stadières présentes dans le quartier (Hippodrome, parc des Princes, Jean Bouin, Roland Garros). A noter que, si Cité Universitaire fait partie des passagers, le stade Charlety est resté cloué au sol.
L’alimentation électrique de la capitale est coupée, entraînant la faillite des réseaux téléphoniques, satellites, Internet. Le premier réflexe de nombreux Parisiens a été de vider leurs tiroirs pour trouver de vieilles piles à fourrer dans leur bonne vieille radio. Mais, pour des raisons potentiellement liées à la chute soudaine de la gravité terrestre, aucune onde n’est pour l’instant captée dans chacun des 20 arrondissements volants. Le gouvernement, avec à sa tête le Président embarqué à l’Elysée pendant la nuit au moment de l’envol, mobilise actuellement les ressources de l’Armée et ses groupes électrogènes pour tenter d’établir une communication avec la terre ferme.
Tous Gavroches, orphelins de la Terre, les Parisiens sont aujourd’hui coupés du monde !

Dix…Neuf…Huit…Dis-moi où tu habites

LUI SEUL. Je venais de faire le plein d’ivresse, m’étais enivré de cheveux fous, de musique et de rires adolescents, bref, j’étais sur le retour…enfin, plutôt de retour d’une de ces soirées que seule Paris peut enfanter. Pas mal d’alcools, que je ramenais du 20ème à cuver dans mon atelier de Montrouge en jouant à saute-noctilien. Une sacrée dose d’amourette naissante, le cœur en mode culbuto pas prêt de revenir au point mort et les zygomatiques encore accrochés au bord des yeux. J’allais sans doute dormir d’un sourire béat et pas brossé bavant sur l’oreiller. Quoique… mon état de fatigue aggravé risquait fort de me porter jusqu’à la gare de triage la plus lointaine de la ligne B du RER, direction le sud. J’étais donc en train de me tâter pour un trajet moins risqué point de vue sommeil, passant par la ligne 4, direction Porte d’Orléans…

Quand la terre se déchira sous mes pieds. D’abord, un fracas étourdissant. Le bruit sembla dans un premier temps venir de la Gare de l’Est. Un brouhaha de gare, rien de plus normal, me dis-je tout d’abord. Mais, comme un orage ouvrant la terre dans ses entrailles, le bruit venait d’un autre monde. Des profondeurs intimes et souterraines de la Terre. Un tonnerre vécu dans l’épicentre, un éclair écouté l’oreille collée au nuage. Aucune comparaison à dimension humaine ne saurait donner une idée exacte de la terreur que provoqua un tel fatras. Etourdissant. Evanouissant. Pendant de longues et interminables secondes, mes tempes, ah mes tempes ! Elles étaient sur le point d’imploser. Je ne sais pas s’il est possible de mourir du bruit, mais le grondement terrestre qui roula tout entier sur mon corps, entrant en résonance avec lui, me donna une furieuse envie de me frapper la tête contre le sol pour en découdre avec elle qui lui voulait tant de mal.

Après ça, le vide astral ! Le coma ? Je ne sais pas. Y-a-il une limite biologique de décibels au-delà de laquelle le cerveau humain choisit la fuite et débranche la machine ? Quoiqu’il en soit, je viens de me réveiller, gisant sur les pavés du bord du canal Saint-Martin ; en face de moi une maison vole. Pas qu’une maison en fait, des immeubles tout entier sont en liberté dans le ciel avec, pour seul ancrage au bitume, les tuyaux de canalisation d’eau qui les alimentaient. Un quartier vole, peut-être même plus, un arrondissement tout entier, peut-être la terre s’est-elle coupée en deux - manque de pot - pile poil à l’endroit où je me tenais auparavant. Me relevant péniblement avec un front digne de mes plus belles gueules de bois, je m’avance au bord du trottoir devenu précipice. Et sous mes pieds, le vide, et le gris céleste des matinées pluvieuses. En bas, tout en bas, loin sous moi, j’aperçois un charivari de terres et de pierres comme labourées par de célestes agriculteurs. Un gouffre immense. Et sur l’autre berge du canal à présent vidé de son eau, gisant allongée sous un banc, Elle était là, dans le coma, semblant attendre un baiser pour la ranimer.

Comprenez bien qu’Elle n’était pas là, physiquement parlant, sans quoi j’aurais sans aucun doute sauté les 12 mètres me séparant de l’autre berge, gagnant par là même le record du monde de saut en longueur en même temps qu’un aller direct et sans retour pour Walhalla. Non ! Quand je dis, « Elle était là », c’est que, tout d’un coup, Elle m’apparut plus évidente que la réalité, plus incontournable que les bretelles d’autoroute de La Défense, plus désirable que le désir lui-même. Elle m’apparut dans une vision de jeune martyre à la Delaroche. Au cœur même du danger, en plein tube de la plus violente vague du plus terrible des tsunamis, au moment le plus critique du diagnostic vital, en ce moment même où tous les avenirs semblaient quelque peu compromis, je sentis monter en moi l’irrésistible nécessité de tout lui dire : mon envie d’être son frère pour pouvoir lui faire l’amour d’inceste, mon désir de vivre avec elle et de ne pas lui faire d’enfants pour qu’elle n’aime que moi toujours - ou de lui en faire si c’est vraiment ça qu’elle veut - mes dizaines de rêves érotiques réussis à son sujet, et enfin mon amour, si c’est ça le mot, cette sorte de trémolo de l’estomac qui agite mes entrailles à chaque évocation de ma princesse. Elle, je m’en vais retrouver Elle, coûte que coûte. Croûte que Croûte, et ce n’est pas une ville qui s’effrite dans les airs qui va m’arrêter !

BRAHIM, CONDUCTEUR DE BUS, LIGNE 68. Le sol s’effrite à la vitesse du bus, sauf que la faille, elle avance de traviole. A ce rythme je me la prends dans trois secondes. Coup d’œil dans le rétro. Côté gauche, le sol s’affaisse, côté droit, je vois pas bien mais le bitume m’a l’air de tenir. Je choisis côté droit, et fonce aussi vite que je peux. Je n’entends pas mes passagers qui me hurlent de stopper le bus. J’appuie, dépasse la faille, c’est gagné, on est sur la terre ferme, en tout cas c’est ce que je me dis. Emporté dans mon élan je ne vois pas cette fille qui elle aussi s’évertue à grimper côté droit, sur la terre ferme. J’ai beau freiner, j’ai beau braquer… Paf la fille !

ELLE SANS SES AILES. Ma tête ! J’ai l’impression qu’un train m’a roulé dessus. Je me réveille dans une pièce blanche, avec des draps blancs, et des gens blancs autour de moi. Je suis à l’hôpital. Que s’est-il passé ? Un médecin, dans le plus classique des registres que la psychologie médicale ait conçue, s’empresse de contenir ma panique naissante :
-  Mademoiselle, tout va bien, vous êtes à l’hôpital Lariboisière, vous avez été victime d’un accident de la route. Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez au moment de l’accident ? ».
J’atterris :
-  Un accident de la route ?
Rien ne vient. C’est comme si un voile opaque s’était abaissé sur ma mémoire. Je me sens comme hors de ma maison, à la fenêtre des mes souvenirs, tentant en vain de briser la vitre pour voir l’intérieur de mes pensées. Un autre chaman en blouse blanche s’empresse de diagnostiquer peut-être un peu rapidement mais fort justement :
-  Vous devez souffrir d’amnésie.
Et toujours dans la plus stricte prose tragico-apaisante, le même docteur de surenchérir :
-  Ne vous inquiétez pas, il se peut que les symptômes persistent, mais dans la plupart des cas, la mémoire revient dès qu’on la frotte à de solides repères. Vous souvenez vous au moins d’une personne qu’on puisse contacter ? Vous n’aviez rien sur vous qui puisse vous identifier.
C’est à ce moment qu’il s’est insinué en moi.

Je n’ai pas d’idée exacte de qui il est et de ce qu’il représente pour moi. Est-ce mon père ? Est-ce mon frère ? Est-ce mon homme ou mon enfant ? Ou tout ça à la fois, je ne peux pas le dire. Mais c’est Lui. C’est lui que je veux voir, c’est d’ailleurs la seule personne que mon esprit et mon cœur accrochent à cet instant. Est-il réel ? Ou est-ce une pure invention de mon esprit ? Je n’exclus pas – c’est d’ailleurs l’hypothèse la plus probable à ce moment – que cette présence à moi n’est rien d’autre qu’un mirage. Ce qui n’est pas un mirage par contre, c’est cette douleur atroce qui s’empare de mes omoplates. Je m’étouffe en gémissant. Au réveil, un « blouse-blanche » s’approche de moi :
-  Mademoiselle, le scanner ne permet pas d’y voir très clair, mais quelque chose pousse derrière vos poumons. C’est assez…euh…peu conventionnel. Deux petites branches siègent au milieu de votre dos avec, aux extrémités, des sortes de bourgeons de fleurs.

Si on m’avait dit qu’un jour on me ferait un arbre dans le dos !

THIERRY, CONDUCTEUR DE METRO, LIGNE 6. Je viens d’embaucher. Comme tous les matins, un petit coup de badgeuse, un kawa, une clope et c’est parti. Je décolle de Nation. Et là, stupeur ! Je me suis assoupi et j’ai zappé deux ou trois stations ? Mais non, ça arrive aux collègues, pas à moi. C’est bien ciel ouvert à Bel Air !

LA TAUPE, 27 ANS, CATAPHILE. C’est tout bouché les salauds !

IL FLOTTANT. Sûr que je vais la retrouver. Mais Paris est à présent une ville fissurée. Un archipel d’îlots célestes flottant dans le ciel soudés par une longue histoire et les quelques tuyaux et autres canalisations qui refusent de désolidariser les arrondissements en constituent à présent l’architecture fébrile, en même temps que le réseau de déplacement le plus fragile et le plus dangereux que la ville ait connu. D’inconscients funambules tentent de rallier leur îlot natal en chevauchant ces conduits. Au loin, j’aperçois un fou accroché au-dessus du vide à un tuyau qui semble s’être affaissé sous son poids. Des gens l’aident, il s’en sort miraculeusement. Là où les failles sont étroites, je vois des hommes aménager des ponts de fortune à l’aide de longues échelles de camions de pompiers. Le passage est périlleux, car à tout moment, la faille menace de s’agrandir. Remerciant les constructeurs improvisés de ces passages aériens, j’enchaîne, îlot après îlot. Je cherche à traverser le canal, car c’est là-bas qu’Elle se trouve, de l’autre côté, je le sens. Je ne sais pas exactement où, mais je sens qu’une fois de l’autre côté, je saurai. Aucune possibilité de traversée directe ne s’offre à moi. Je joue donc à saute-îlot en longeant le canal. Côté bellevillois, mes pérégrinations m’éloignent rapidement de mon objectif. Je me retrouve à République, puis à Bastille, et je me dis que je ne suis pas bon du tout là !

Arrivé sur les quais, c’est encore une autre affaire. La Seine, je n’y avais pas pensé, s’est constituée de manière naturelle comme la plus infranchissable des failles. Bien entendu, toute l’eau du fleuve a disparu, laissant la place aux nuages. Paris est littéralement coupée en deux, Rive Gauche et Rive Droite ne tenant l’une à l’autre que par les armatures ferrailleuses des ponts, qui à présent ne sont pas utilisables. Je commence à douter. Le « comment faire pour la retrouver ? » côtoie de près le « pourquoi donc ? », le « à quoi bon ? ». Mentalement je m’écœure, m’inflige de violents coups de gifles mentales, autant pour me réveiller de ce qui ne peut finalement n’être qu’un rêve, que pour me flageller que ces pensées de résignation puissent s’introduire en moi. Mais je ne me réveille pas. Au contraire, le rêve s’accentue. Au loin, près du pont d’Austerlitz, je vois de gigantesques ballons dérivant au gré du vent, semblant s’envoler vers les nuages et, accrochés par ce qui ressemble à une ficelle vu d’ici, mais qui doit être une corde robuste en réalité, des hommes ! Ce sont des parisiens flottants dans les airs, des fous furieux, des mongols-fiers !

D’autres, je le perçois assez mal d’où je suis, semblent être assis sur des vélos tirés par deux grands ballons, poussés par des hélices…

PETIT LAROUSSE ILLUSTRE

Cielib : Le Cielib’ - contraction de ciel et de liberté - en référence au Vélib’ est le système de déplacement inter-îlots mis au point peu après l’envol de la capitale par les habitants parisiens. Il désigne les vélib’ louables à partir des bornes électriques, ou encore dans certains cas les vélos de particuliers, associés à des ballons gonflés à l’hélium permettant l’élévation dans les airs. Le système de navigation aérienne, initialement un simple ventilateur sur pile, s’est progressivement développé pour devenir le kit montable et adaptable désormais disponible à la location au niveau de chaque borne RATP (Réseau Aérien de Transport Parisien).

Extrait d’un arrêté municipal. « …étant donné la précarité de ces embarcations et les conditions météorologiques changeantes, la municipalité céleste de Paris met en garde les utilisateurs sur le danger que représente les trajets en Cielib. Comprenant l’urgence des situations individuelles dans laquelle les citoyens parisiens se trouvent depuis l’Envol, leur usage est toléré. Toutefois, dans un souci de régulation et d’équité, toute traversée doit être compensée par une traversée dans le sens inverse, afin de préserver une répartition équilibrée de ces engins de parts et d’autres des rives.

ELLE BRULANTE. Ça y est, au prix de multiples diversions, j’ai réussi à fausser compagnie à mes « blouses-blanches » qui me collaient à la nuisette. L’hôpitalité un peu exagérée de ces gens avait de quoi me surprendre dans un premier temps, je comprends maintenant qu’ils voulaient me préserver d’un nouveau choc émotionnel. Et il y avait de quoi. A peine ai-je franchi la barrière de l’hôpital que je croise une troupe d’hommes-grenouilles en noir empalmés, et agrippés à ce qui ressemble à d’énormes ballons, gonflés à je ne sais quel gaz léger, qu’ils gonflent grâce à de grosse bonbonnes grisâtres. Sans doute du protoxyde d’azote, ou de l’hélium, il doit y en avoir dans tous les hôpitaux.

Ils sont au bord d’un précipice. Le ballet aérien offert par ces grenouilles volantes est complètement irréel. Ils sont une trentaine, voire plus, et il arrive régulièrement de nouvelles recrues, par groupes de deux ou de trois. Un par un, je les vois s’élancer dans le vide, avec à la main une sorte d’amarre solidement accrochée par une corde d’une longueur impressionnante, à en juger la taille très inhabituelle des enrouleurs – environ 10 mètres de diamètre. Chaque saut est marqué par une chanson qu’entonne en chœur et en canon le cortège des trente autres hommes-grenouilles.

PETIT LAROUSSE ILLUSTRE

Sauteur-Amarreur : corps spécial et éphémère du GIGN rassemblant les acrobates improvisés qui se sont jetés à corps perdu à travers Ciel et terre pour tenter d’y amarrer Paris la Volante. L’irrationnel courage de ces hommes qui, vêtus d’une tenue de plongée intégrale pour éviter les brûlures du soleil, sautaient dans le vide, ballon d’hélium dans une main et amarre dans l’autre, leur vaut encore aujourd’hui la célèbre chanson :

« Tiens ton ballon
C’est d’la balle
Tiens le bien,
C’est maintenant ton seul copain

Sauteur-amarreur
Mongol-fier solitaire
Dans ton voyage dans les airs
Pense fort à nous
Nous tes frères

Une amarre tu meurs en vain
Dix amarres tu sautes pour rien
Mais mille amarres
Et sur Terre on revient ! »

A mesure que je m’approche d’eux, j’aperçois qu’ils me font de grands signes visant à me repousser. L’un deux s’envole dans les airs en me criant de rester là où je suis. Amnésique et somnambule à la fois, je ne tiens pas compte de ces mises en garde et j’avance à la lumière. Le ciel s’est transformé en une fournaise de couleurs oxydantes. La peau de mon visage devient alors douleur. La lumière assèche un à un tous les pores de mon front, puis mes joues, puis mes lèvres. Je me brûle au soleil…

LUI DANS LA NUIT. Tout à coup, un par un, les ballons se mettent tous à exploser. Sous l’effet de la lumière soudainement perçante et rougeoyante, je prends conscience que, depuis mon éveil il y a maintenant plus de 12 heures, le ciel est plongé dans une sorte de crépuscule montant. La fournaise éclatante de couleurs épaisses et oxydées est à elle seule le rêve d’une vie entière de peintre impressionniste. Je vivote dans un tableau de Van Gogh qui se serait amusé à mettre des aurores boréales rouges en mouvement. Je comprends alors, que sous l’effet de l’altitude atteinte à présent, c’est non seulement l’espace, mais aussi le temps, qui s’en retrouve bouleversé. Paris dérivant dans les airs, à des milliers de mètres en l’air, ne suit plus le cours des révolutions terrestres permettant la tombée de la nuit et l’éclosion du jour. Et à cette altitude, sous l’effet des gaz présents dans l’atmosphère, la lumière devient hautement pénétrante et toxique pour la peau. Tous les ballons tombent comme des mouches. Depuis des minutes interminables, je prie que le mien tienne le coup. Quelques dizaines de mètres me séparent encore du rivage que je peine à distinguer tant la lumière me brûle les yeux et la peau. Mon ballon claque à dix mètres de la rive, laissant flotter mon corps dans les airs volcaniques pendant d’éternels dixièmes de secondes. Par miracle, ma chute est stoppée nette par un tuyau de canalisation. Je m’y accroche et m’y enroule. Sonné, je parviens à me glisser jusqu’à la rive, où des bras salutaires m’arrachent à mon gouffre.

« PARI FOUTU !

Les chaînes ont volé en éclats sous l’effet de l’accélération de l’envol survenu cette nuit. L’insensé pari d’amarrer la capitale avec des câbles... Force et honneur ! C’est ce que l’on retiendra des courageux « sauteurs-amarreurs » qui, balle d’hélium dans une main, câble dans l’autre, se sont élancés dans le vide à la recherche d’une amarre terrestre. Les plus éminents aéromaîtres se penchent à présent sur une méthode alternative permettant de maîtriser la dérive de Paris la Céleste. L’altitude croissante fait craindre un risque météorologique majeur, dans la mesure où Paris erre actuellement à hauteur de cumuls. Des projets insensés sont à l’étude dans la plus invraisemblable des agitations, parmi lesquels celui de dresser une voile immense sur la tour Eiffel pour manœuvrer le vaisseau… »

HECTOR, LABRADOR, CHIEN D’AVEUGLE EN BALLON. Wouf.

Six…Cinq…Quatre…toujours sans nouvelle de la Terre

Ça fait maintenant quatre jours que le Décollage s’est produit. Et nous sommes toujours sans nouvelle de la Terre. Et moi sans nouvelle d’Elle. Sans nouvelle des autres pays, des autres villes, sans nouvelle des Terriens. Le désordre né de l’envol dans les airs de la capitale a fait couler le sang dans les rues. Premier foyer de révolution terrestre, Paris sera aussi le premier envol de la révolution céleste : l’Envolution, comme les partisans aiment l’appeler, a rassemblé très vite autour d’elle les plus paumés et les plus fous des esprits contestataires de tous bords. Comme tout navire à la dérive en proie au doute et à la faim, Paris voit monter la mutinerie. D’abord confiné dans quelques foyers de piraterie urbaine improvisée dans les quartiers populaires de Ménilmontant, Porte d’Orléans, et du pourtour de Montmartre, le mouvement s’est rapidement unifié autour des aspirations alter-mondialistes, écologistes, teintées de religiosité et d’onirisme, communiquant à travers les gouffres aériens qui séparent les quartiers à l’aide de tracts embarqués à bord de ballons, mais aussi de pigeons envoyés au hasard dans les airs, pas forcément voyageurs de formation.

Tract-Couac, 22 mai 2009

«  Amis parisiens, camarades Ciéliens

L’envol de Paris marque une rupture fondamentale avec la société de consommation qui nous clouait comme un boulet au sol de l’Idée et condamnait l’humanité à stagner au plancher de son évolution. La prison capi-terrestre dont nous étions tous captifs, n’a plus de raison de retenir nos pulsions et envies de changement. Nous avons devant nous la possibilité de réaliser à la fois le rêve et l’utopie d’une vie céleste affranchie des chaînes du pouvoir et de l’argent.
Le gouvernement, à travers le président de la république (et sa clique de ministres présents dans nos murs à l’heure de l’envol) autoproclamé leader céleste de Paris, cherche par tous les moyens à rétablir le contact avec le sol. Des explorations en montgolfières sont lancées la nuit, les vieux canons des Invalides et la poudre sont remis à l’épreuve pour envoyer le plus loin possible des messages à l’aveugle. Les sauteurs-amarreurs sont les héros-martyrs d’un système qui veut s’enferrer à nouveau au plancher de la Civilisation. Le gouvernement entend utiliser les lumières de la colonne musicale du japonais Ryoji Ikeda – point d’orgue de la dernière Nuit Blanche à Paris et dont les projecteurs sont encore à Montparnasse - pour lancer des appels désespérés à l’Humanité capi-terrestre. Immatérielle et contemporaine reproduction inconsciente de la tour de Babel, la colonne pompe le reste de notre énergie à bord pour envoyer des messages à la Nuit. Il faut y voir le symbole d’une volonté désespérée de revenir à l’ordre établi en bas, celui de la servitude terrestre. La Terre que nous avons tant souillée, tant polluée, nous rejette aujourd’hui. Pardonnons-la de ne pas nous prendre en pitié. Il sera peut-être temps un jour d’y revenir. Néanmoins, avant le Retour – que nous souhaitons aussi – le développement autarcique de nos capacités de production est rendu autant possible que nécessaire. Paris, en traçant haut pour nous, nous impose le chemin. Celui de la Libération, droite, et sans peur, de l’aliénation terrestre.

Amis parisiens, camarades ciéliens, en attendant l’Envolution de tous les esprits libres de la capitale, nous vous enjoignons à repousser les tentatives du gouvernement de rallier la Terre ferme. Elle ne veut plus de nous car nous n’en avons pas été dignes. Sabotons !

Pour que vive l’Envolution »

ELLE SOUS SON AILE. Je suis épuisée. Heureusement, j’ai rencontré Miguel qui m’a pris sous son aile. Il m’a ramassée par terre et arrachée aux hommes-grenouilles, m’a-t-il dit, lorsque je me suis évanouie au soleil. J’ai quelques brûlures au visage mais rien de bien méchant. Il m’explique que, depuis trois jours, la lumière est trop intense et que nous sommes dans une cave du côté de Pasteur. Miguel et ses amis ont été des anges pour moi. Exaltés, ils me lient à leur lutte contre le gouvernement céleste de Paris et l’opportunité qui s’offre à nous d’envoler le cours de l’Histoire. Ils me racontent leur action depuis l’Envol, les tracts, les sabotages de montgolfières, les attaques contre les hommes-grenouilles, en particulier celle pendant laquelle ils m’ont trouvée. Un de leurs camarades est mort emportant avec lui pas moins de trois hommes-grenouilles. Pendant ce temps, la douleur dans mon dos ne me lâche pas. J’ai l’impression que deux troncs vont m’ouvrir les poumons à chaque instant.

MIGUEL. Les amis, nos aéromaîtres les plus expérimentés font consensus pour affirmer que nous approchons d’une période de longue obscuration du soleil. Ce soir est non seulement un tournant pour la courte histoire de l’humanité céleste, mais une révolution dans le monde même des idées. Volons à contre-courant. Nous allons faire de l’extinction de la colonne d’Ikeda le symbole de la réussite du mouvement envolutionnaire. Le gouvernement entend utiliser le reste de notre énergie pour faire fonctionner son rêve de retour au bercail. Ce soir, nous allons lui faucher l’herbe sous le pied. Les autres factions sont averties, nous ferons masse, ce Soir, les amis, c’est le Grand !

Extrait du programme de la Nuit Blanche à Paris, octobre 2008

« Le japonais Ryoji Ikeda travaille sur les qualités intrinsèques du son et le phénomène de perception, recourant aux technologies les plus poussées pour intervenir sur des éléments infimes. Précédemment présentée à Amsterdam, l’œuvre spectrale se compose d’une lumière blanche intense capable de transformer des espaces architecturaux et urbains.
Lançant ses filets de lumières intenses depuis le pied de la tour Montparnasse, « spectral » sera couplé à une installation sonore pour se fondre en une seule oeuvre. Ce faisceau de lumière vertical est accompagné d’une nappe d’ondes sonores horizontales très pures. Appelé à déambuler dans l’œuvre, le spectateur voit ses mouvements interférer sur le son pour créer une nouvelle composition musicale. »

Tract-Couac du 24 mai 2009

« Amis parisiens, camarades Ciéliens

Toutes les forces vives et les esprits libres sont appelés pour renforcer les rangs de l’armée de libération envolutionnaire, ce soir, au pied de la colonne de Babel. Faisons couler le sang. »

Vive l’Envolution »

Trois…Deux…Un…et puis plus rien !

ELLE. Le ciel s’assombrit subitement. Le plafond nuageux est bas. En fait, non, ce n’est pas le plafond qui est bas, c’est le plancher qui s’est mis en tête d’aller s’emplafonner. L’orage déchire le ciel, Paris est engloutie dans un véritable tourbillon nuageux, nous allons nous faire siphonner par la machine à barbapapa. Apocalyptique vision que ces cumulus qui s’ouvrent et se referment sur nous en accrochant. Le tourbillon s’accélère, pas uniforme, saccadé, bouillonnant, laissant éclabousser deci-delà quelques rafales de mousse nuage venant balayer les déchets laissés au sol. On dirait que Dieu là-haut a décidé de tirer la chasse d’eau !

Au loin j’aperçois d’immenses colonnes lumineuses, ce sont les performances luminescentes du japonais Ikeda. Par miracle, elles sont alimentées par des groupes électrogènes, camions empruntés à l’armée. L’édifice est précaire. L’heure n’est pas à l’art, et il ne reste que quelques fous prêchant la fin du monde et des ivrognes scotchés au bitume pour zoner dans ce territoire…et tout ce qui reste de CRS, de policiers et de militaires fidèles à leur poste.
Regroupés en rangs à quelques centaines de mètres de nous, ils semblent nous lancer l’ultime défi de Paris la Terrienne. Et nous, petite armée de fous improvisée, torches à la main et l’arme au poing, nous avançons dans la tempête qui menace au-dessus de nos têtes.

LUI. J’en suis là, las de mon errance dans les airs, las de chercher sans but. Comment aurais-je une chance de la retrouver ? A-t-elle encore une chance d’être encore en vie, vu le bordel divin qui nous entoure ? C’est pas que je n’y crois plus. Bien au contraire, mon fol espoir est toujours là, plus que jamais. Mais depuis des jours qu’il n’a pas trouvé matière à s’accrocher, mon fol espoir est devenu rageur, destructeur… tout comme ces nuages qui s’enroulent et tournoient autour de moi. Les éclairs s’enchaînent maintenant à un rythme stroboscopique. Accroché à mon ballon d’hélium, le spectacle psychédélique que m’offre mon perchoir volant, ne parvient même pas à m’émouvoir. Et pourtant, nul doute qu’aucun être humain n’a jamais pu contempler pareille apocalypse. Chaque éclair embrase une maison, qui embrase un immeuble, qui embrase un quartier. Au loin c’est tout le 14ème arrondissement qui n’est plus qu’un immense brasier de la Saint-Jean et qui, d’un seul coup, s’affaisse et s’en va faire son petit saut en parachute…sans parachute. Néron est passé par-là ! Petit patapon. Quelle folie !
Je m’aperçois soudain que de l’œil du cyclone s’échappe un étrange faisceau lumineux. La fameuse colonne d’Ikeda ! Avec à son pied deux masses de gens prêts à en découdre…C’est l’armée envolutionnaire qui lance ses forces dans la bataille. Là c’est sûr, il faut que j’y aille. C’est plus fort que moi. Et puis, quitte à finir là, autant finir en beauté. La rage au cou : au courage ! Je m’envoie te lui mettre mon doigt dans l’œil, à ce foutu cyclone !

MIGUEL LE FOU. C’est l’heure, mes amis, mes frères, ma horde ! Pour sûr, pareille ambiance donnerait des envies guerrières à un curé dominicain. Cette lutte dont nous rêvions, là voilà, nous y sommes. En plein cauchemar de bourges. Nous les Moujiks des temps modernes avec pour seuls couteaux nos longues dents, plus longues que vos absurdes colonnes de lumière illuminant le ciel. Dans le plan, c’est TnT qui ouvre les hostilités. Tir de sûreté, je perce le ciel et donne le signal. TnT s’envole avec ses Gaspars et des cadeaux plein sa hotte pour nos amis flicards…Ma vision romantique oblige, j’ai fait pirater la musique d’Ikeda, et la Chevauchée des Valkyries se met à résonner tambour battant. Survolant à plein ballon le cortège policier, les amis de TnT balancent pas loin d’une centaine de kilos de dynamite dans les rangs ennemis. Bim Boum ! C’est guerrier, c’est beau, et ça déménage, bravo, monsieur TnT, ça c’est du travail d’orfèvre, de la chirurgie au bâton qui ouvre direc’ un passe-droit vers le paradis. Quel artiste, quel poète ce TnT. Je crois que c’est le plus beau feu d’artifesse que j’ai jamais vu : « oh la belle verte, oh la belle bleue, avec son casque qui part en vrille ».

Pas le temps de mirer le pestacle, c’est là que je lance l’assaut au sol. J’ai misé sur la peur, j’ai parié sur la victoire de l’envie. L’envie d’éventrer les rangs ennemis. La Blitz en quelque sorte, avec une cohorte de quelques fous heureux même pas armés. Sûr qu’il y aura des pertes, j’ai prévenu mes envoltés. Mais ils sont enragés. Plus que moi, malgré mes exhortations d’exalté. Dans un râle digne de la fin du monde, nous nous ruons sur ce qu’il reste de pauvres petits polissons apeurés. Sans armes, sauf la rage.

A part quelques coups de feu depuis le camp adverse, c’est la dérive complète. Des camarades sont touchés, mais rien ne semble pouvoir stopper le goût du sang de mes anges devenus démons. Le temps d’un sprint de rhinocéros à la charge, nous voilà au pied de la colonne. La horde toute entière vient exploser les rangs adverses, mettant au sol la plupart des policiers suréquipés de leurs armures qui semblent peser des tonnes. Les armes à feu n’ont plus leur place dans cette guerre d’un autre âge, à cette distance on ne peut que s’étripailler. La fureur des mes soldats me fait presque froid dans le dos. Ils sont tout entier présents à l’instant, et pour l’instant, il est l’heure de déchirer les corps !

ELLE LUIT DANS LA NUIT. Face à ce spectacle fantastique des corps qui s’entrelacent de haine, mon cerveau se fige tout d’un coup. Une musique guerrière continue de planer depuis je ne sais combien de temps. La colonne de lumière bleue semble tangible tant les faisceaux qui la composent sont épais, consistants, réguliers. Ce sont des dizaines de rayons d’environ trente centimètres de diamètre qui vont se perdre dans le cœur des nuages. Les nuages, semblent s’amuser à tournoyer autour de cet axe improvisé par les humains. Comme s’ils voulaient se rire de la démesure de cette colonne de Babel. L’épicentre de la tornade se situe pile à l’endroit où la colonne s’enfonce et disparaît, avalée par l’épaisseur du cumulus en plein grondement. En plein dans l’œil. Dans l’œil de la tornade. Et je me souviens.

Je me souviens alors ce petit oiseau dans le ciel de ma chambre qu’il avait dessiné avec des autocollants. C’était notre petit truc à nous, ce ciel étoilé dans lequel nous nous couchions d’amour. Ces étoiles qui ont vu nos premières étincelles. Je me souviens. Amnésique. Je le suis. Mais là ce sont des gravures au cœur et à l’âme, les étoiles me remontent à la tête et je le revois, s’amusant à éclairer mes nuits. D’amour et de lumière. Quand nous nous étalions nus dans le grenier de sa maison pour nous découvrir sans vêtement. Nus dans l’inconnu.

Amnésique et le corps en souffrance,
Mon cerveau se débranche, j’entre en transe.
Je danse et je danse,
C’est la fin de mon errance,
J’ai trouvé le moyen de crier au ciel,
D’écrire à l’infini,
A l’éphémère,
Un passage vers toi à travers l’espace et le temps

Frénétique, je prends alors d’assaut mes nouveaux pinceaux et ma peinture céleste. Autour de moi les corps virevoltent. Je commence à dessiner l’oiseau, et il volera. De tout mon cœur. Un colibri. Et il me trouvera.

MIGUEL. La météo est avec nous, ou pas. Ça dépend comme on voit les choses. Mais parti comme ç’est, il ne va pas rester l’ombre d’un flic pour défendre la colonne. Le problème c’est qu’il risque de ne pas rester beaucoup de mes Envoltés non plus dans cette histoire. Nous sommes en plein dans l’œil de la tornade. Elle est tangible, épaisse, destructrice, et ratisse tout sur son passage. La bataille s’est transformée en une véritable farandole de corps écorchés qui tourbillonnent.

Seul un être semble maîtriser les vents. Il virevolte au-dessus de l’Envolte avec un ballon d’hélium de fortune, repoussant au loin chacune des bleusailles qui s’empressent de le défier dans les airs. Un à un, il envoie se plaquer contre le sol tous les camarades Envoltés qui se trouvent à portée de son bras, les sauvant ainsi de l’irrésistible aspiration verticale des vents. Il a l’œil en feu. Vu d’ici, ce n’est pas un être humain, c’est un aigle enragé à qui on a piqué ses gosses. Je ne le connais pas. C’est un démon envoyé d’au-delà pour nous aider.

ELLE. L’image du colibri de mon plafond est restée aussi nette que précise. C’était comme un dessin d’enfant. Ces petits jeux des points à relier qui n’ont pas besoin d’être reliés pour voir apparaître l’image désirée. J’empoigne les projecteurs disposé à même le sol. Et un à un, je les envoie porter leur touche sur l’immense tableau noir que m’offre le ciel et les nuages. Poing par poing, je les empoigne. Point par point, je dessine un texto, un oiseau dans les nuages, et m’effondre de douleur au sol.

LUI. Entre deux policiers envoyés aux nuages, je l’aperçois. Comme une évidence, allongée au sol à moitié consciente. Au milieu de lumières perçant le ciel, dessinant sur les nuages un oiseau. Mon oiseau. Mon colibri…
Non, vraiment, là, je ne vais pas me laisser siphonner comme ça….

ELLE. Il est là ! Dans le ciel, il se bat. A la vue de mon ange virevoltant, en proie à la tornade parmi tous ces êtres tournoyants, se démenant comme un diable, je deviens souffrance. Et alors les branches déchirent la peau de mon dos et une chose prend vie derrière mon dos. Quelque chose de doux et de massif. Je me retourne, je n’ai plus mal. Ce sont des ailes. Des ailes ! Et elles se mettent à battre, comme si elles avaient toujours été là. Et je m’envole, retrouver mon ange qui se bat.

LUI. Elle vole vers moi.

MIGUEL. D’un seul coup le temps se fige. La danse et la musique s’arrêtent, et les hommes comme figés dans les airs semblent attendre de retomber au sol comme des oiseaux tirés en plein vol. Du sol s’envole une forme étrange, ailée, c’est Elle, avec des ailes. Elle avance doucement vers le guerrier assoiffé. Il n’a plus son ballon et descend vers Elle.

Ça y est, ils se sont retrouvés, dans une étreinte céleste. Contrastant avec la folle danse tourbillonnante de toutes ces âmes damnées, leurs corps ne faisant qu’un avance droit et doucement dans l’œil du cyclone. Une immense explosion éventre les nuages et tout le ciel s’illumine tout à coup, disséminant les nuages et la colonne lumineuse. Ca y est, on a gagné, on va pouvoir tout refaire, tout reprendre depuis le début, tout reprendre à Zéro.

ELLE LUI DANS LE JOUR. Au début, à Zéro, pendant toujours…



Mis en ligne par pelosato


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