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  Sommaire - Interviews -  Robert Silverberg
Interview de Robert Silverberg
Par Bruno Peeters

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Robert Silverberg"

SF Mag publie “L’Affaire des Antiquités” nouvelle de 1956, en prélude à la première édition en français des nouvelles de Robert Silverberg chez Flammarion. Tous, et en particulier les amateurs francophones de SF saluent et respectent le talent de Silverberg, l’un des Maîtres absolus de la littérature de l’Imaginaire du XXe siècle. Nouvelliste de pulps dès 1954, il écrivit parmi les plus grands romans du genre dans les années soixante avec Les Déportés du Cambrien, Les Monades Urbaines, L’Oreille Interne, Le Livre des Crânes, Les Ailes de la Nuit ou L’Homme dans le Labyrinthe.


Romans puissants, décrivant des visions grandioses et dures d’austères quêtes intérieures. Interrompant sa production romanesque jusqu’en 1976, il se consacrera à l’anthologie ou à la nouvelle pour revenir avec... Le Château de Lord Valentin, inaugurant en force le fabuleux Cycle de Majipoor, mi-SF mi-fantasy, et qui demeurera un de ses plus grands succès publics, par l’intensité d’une vision planétaire, prolongé bientôt par le cycle du Nouveau printemps et de Gilgamesh. Oscillant entre la SF pure et la science-fantasy, Silverberg s’affirme comme l’un des plus grands auteurs de l’Imaginaire actuel, à l’invention perpétuellement renouvelée. Les thèmes de l’exploration du temps, de l’espace extérieur et intérieur, s’entrecroisent, merveilleusement ciselés formellement, mais toujours au service d’une compassion totale, pour l’Homme ou l’Extraterrestre, sous le dôme d’une vision historique particulièrement pertinente. La grandeur de son inspiration tient sans doute à cette unicité idéale acquise depuis bien longtemps. C’est ce que nous allons découvrir au fil de ces nouvelles jalonnant une carrière unique en SF. Voici donc le premier des 4 entretiens que nous accorde ce grand auteur à propos de ses 4 grandes périodes d’écriture.


Vous êtes né le 15 janvier 1935 à New York. Pourriez-vous nous parler brièvement de votre enfance, et de l’ambiance culturelle et sociale qui l’a entourée ?



Je viens de la classe moyenne juive. Mon père était comptable, ma mère, professeur. Ils plaçaient la connaissance et les études avant toute chose et j’ai eu la chance de pouvoir développer mon intellect dès mon plus jeune âge. Une des conséquences de mon avance, c’est que je suis allé à l’école avec des enfants plus vieux que moi, ce qui m’a posé quelques problèmes en termes de développement social. Quant à l’atmosphère de l’époque... eh bien la Seconde Guerre mondiale faisait rage, et même si les privations n’étaient pas aussi fortes qu’en France, certaines frustrations étaient évidentes. Nous ne pouvions pas voyager vers l’étranger... Et se déplacer aux États-Unis n’était pas plus aisé.


Vos personnages sont souvent seuls et douloureusement angoissés. Cela proviendrait-il de votre situation d’enfant unique ?


Tout à fait. Mes parents, malgré tous les stimuli intellectuels qu’ils m’ont apportés étaient émotionnellement très froids. Je n’avais ni frère, ni sœur et mes compagnons de classe étaient plus âgés. Il a été très difficile pour moi de me faire des amis jusqu’à l’âge de 11, 12 ans où j’ai pu intégrer le monde des êtres humains “ ordinaires ”.


Quel fut votre premier contact avec la SF : une lecture ? un film ? un ami ? une BD ?


Une bande dessinée. Planet Comics, lorsque j’avais six ans, a attiré mon attention. Quelques années plus tard j’ai rencontré Jules Vernes à travers 20 Mille Lieues Sous les Mers et Wells et sa Machine à Explorer le Temps. À ce moment-là, j’étais définitivement perdu !


Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans l’écriture de SF plutôt qu’un autre genre ou, plus simplement, le “mainstream” ?


Parce que les sujets de la SF - particulièrement le voyage dans le temps et la chance de pouvoir visiter des contrées reculées du passé et du futur - interpellaient profondément mon esprit. Après avoir lu beaucoup de SF, je me suis mis à créer mes propres histoires. J’ai rapidement appris les ficelles de l’écriture et réalisé que j’étais doué pour ce genre de fiction.


Le milieu de la SF, aux USA, en ce début des années cinquante, nous paraît mythique à nous, Européens. Nous sommes là en plein “Age d’or”. Pourriez-vous nous décrire l’ambiance de ces années fameuses, et l’importance des rédacteurs en chef des “pulps” puis des revues auxquelles vous vous êtes adressé ?


C’est une longue histoire et je ne sais pas vraiment comment la résumer...


En fait à cette époque, les éditeurs n’étaient pas vraiment obsédés par l’idée de faire de l’argent tant qu’ils n’en perdaient pas. Donc ils laissaient une certaine liberté aux auteurs, à condition que leurs écrits entrent dans un canevas éditorial (longueur, thèmes, etc.). Personne n’est devenu riche en publiant ou en écrivant de la SF à cette époque, mais de grandes choses ont été écrites. D’un autre côté, les éditeurs les plus en vue, comme Campbell, Gold ou Boucher étaient des personnalités très affirmées, qui intervenaient beaucoup dans le développement de leurs auteurs. C’était intéressant, mais cela créait aussi des problèmes. Leur ligne éditoriale était tellement forte (en rapport avec leur personnalité, en fait) que seuls de rares auteurs (Sturgeon, Bester, peut-être...) pouvaient s’opposer à ce diktat. Vous pouviez être aussi inventif que vous vouliez, mais si ce que vous aviez écrit entrait en conflit avec ce que Campbell ou Gold pensaient être LA SF, vous aviez intérêt à défendre votre point de vue avec aplomb et rigueur pour espérer les faire changer d’avis. Au début, je n’avais pas la bouteille pour me battre et je préférais écrire des choses que je savais publiables d’avance. Cela a bien marché pour moi jusqu’à ce que je me rende compte que je ne voulais plus me plier à cette règle stricte.


Dans l’introduction à l’édition de vos nouvelles, vous insistez fort sur votre admiration envers vos aînés tels Catherine Moore, Robert Sheckley ou Jack Vance, à un point tel que vous les pastichiez délibérément (“En un autre pays”, “Le Monde aux Mille Couleurs”). Peut-on dire que ces auteurs aient été vos modèles, vos guides, et y en a-t-il eu d’autres ?


Bien sûr. Philip K. Dick... Heinlein... Sturgeon... C.M. Kornbluth... Fritz Leiber... Bester... Henry Kuttner. Ils ont été mes influences majeures. Mais je lis tout le monde. (Et il ne faut pas oublier H.G. Wells).


On a beaucoup parlé et écrit sur la prolixité qui a caractérisé cette première période de votre carrière. Quel regard portez-vous, aujourd’hui, sur cette époque et sur ces ouvrages ?


Je ne crois pas avoir écrit de fiction importante avant 1966, ou alors peut-être de rares nouvelles, comme “Road To Nightfall”. Mais ce qui m’impressionne dans mes premiers écrits, c’est que dès l’âge de 18 ans, j’avais acquis une bonne technique. La construction, les dialogues, l’intrigue. Même les histoires écrites sur un coin de table - et à cette époque je travaillais souvent dans l’urgence – sont pros’. J’ai rapidement appris les ficelles du raconteur d’histoire. Ce que j’ai dû développer, et c’est venu plus tard, c’est une certaine profondeur, afin d’avancer des idées originales à travers ma fiction. J’ai dû également juguler cette tendance à la conformité, à obéir aux canons qui gouvernaient l’édition de SF au début de ma carrière.



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