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  Sommaire - Livres -  M - R -  Le Prince du Graal



"Le Prince du Graal"
de
Nancy McKenzie

Editeur :
Pygmalion
 

"Le Prince du Graal"
de Nancy McKenzie


La prolifération des sagas arthuriennes ne cesse d’imposer sa marque dans le monde de l’édition, avec plus ou moins de bonheur, mais sans jamais démériter sur la qualité, en général.


Nouvelle arrivée sur nos étagères, Nancy McKenzie a le mérite de ne pas écrire une énième quête du Graal centrée uniquement sur Arthur et ses principaux compagnons, mais plutôt de s’attarder sur un personnage secondaire et dont on a peu de récits. En effet, si Les Dames du Lac de Bradley débutait avec l’évocation spirituelle de la fée Morgane, Le prince du Graal, lui, s’ouvre avec l’invocation magique de Viviane, La Dame du Lac.

La prose de McKenzie s’annonce comme plus chargée en métaphores poétiques, la nature et le ciel sont ceux des cultes païens, le dogme chrétien ne les a pas encore éclipsé sous son manteau uniformisant. Ainsi, La nature chez McKenzie est le miroir d’un paysage plein de signifiants, dont le rapport qui se noue avec Viviane sacrifiant un peu de son sang, se fait sur un mode plus poétique, plus affecté.

L’invocation à la déesse est une révélation des malheurs à venir, la chute de Camelot, la fin d’Arthur et la déchéance du monde connu. Mais elle est aussi une voie ouverte sur la quête d’un possible sauveur, le tout jeune Galaad qui sera le probable dispensateur d’une lumière pour palier aux ténèbres menaçantes.

Le problème est que Galaad est le fils de Lancelot le traître, Lancelot le banni, le déchu. Et c’est lourd de cet héritage (qu’il ne peut pardonner à son père) que Galaad se devra de partir pour une quête douloureuse, en proie à la haine de certains (Gauvain) et les maléfices d’un monde encore étranger à son esprit jeune et torturé. Il devra donc partir à la recherche des reliques d’un ancien roi, une épée, une lance et la coupe sacrée du Graal, et risquer sa vie et son avenir et par conséquent le devenir du monde d’Arthur.

McKenzie nous dépeint admirablement cette époque rêvée où les strates du légendaire se superposent jusqu’à occulter la vraie histoire dont il ne reste aucune trace formelle. Qu’à cela ne tienne, elle parvient avec brio à rendre prégnante cette époque pleine de brume et de couleurs, pleine de sang et de douleur. Et bien plus, mieux que les autres prosateurs du mythe, elle réussit le portrait d’un enfant alors dans son ascension dans un monde qu’il ne comprend pas et qui semble le rejeter. Faisant fit de cet anathème vengeur il se hissera peu à peu, au gré des chapitres vers cet autre visage, celui de la légende avec laquelle il finira par se confondre. Son tuteur, Saint Aidan, est un autre Merlin. Il demeure sur une île qu’encercle un lac noir. C’est lui, son mentor, son tuteur qui l’ouvrira au monde et à ses horreurs, et qui le préparera à son destin maudit où il n’a sa place nulle part.

On préférera peut-être ce cycle plus poétique et plus magique que celui de Les Dames du Lac de Bradley, peut-être à cause de cette innocence juvénile qui s’empare de la légende pour accomplir un exploit qui fédérera mieux les amateurs de Fantasy, mais encore par ces épreuves qui parsèment le voyage d’un jeune apprenti, originales et diversifiées.

Cette histoire est plus proche du cycle de T.H. White pour son évocation du courage de l’enfant et l’enchantement qu’il secrète malgré la douleur et les ignominies communes du monde d’après la chute de Camelot et le triomphe du christianisme.

Mary Stewart, auteur d’un remarquable cycle arthurien, semble être l’inspiratrice de McKenzie. Un éditeur français devrait commencer à s’intéresser à cet autre auteur dont l’œuvre est tout à fait originale. Mais si on va par là, peut-être que l’édition en France y gagnerait en originalité si un jour se réalisait la traduction de la célèbre tétralogie du Mabinogion The Children of Lyr par Evangeline Walton, un cycle gallois, inspiré du vieux texte et remarquable pendant aux cycles arthuriens. Pryderi, le héros du Mabinogion, est un autre Perceval pour une autre quête merveilleuse et sauvage. En définitive, Le Prince du Graal est une belle réussite narrative, comme quoi nous n’avons pas fini d’explorer rêveusement cette histoire réinventée dans toutes les aspérités du mythe ouvert par Chretien de Troie et Sir Thomas Mallory.


Le Prince du Graal, Nancy McKenzie, Pygmalion, traduit de l’américain par Paul Bénita, 348 pages, 21,20 €

Note : 8/10





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