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"Les Enchantement d’Ambremer. L’Elixir d’oubli"
de
Pierre Pevel

Editeur :
Le Pré aux Clercs
 

"Les Enchantement d’Ambremer. L’Elixir d’oubli"
de Pierre Pevel



Pierre Pevel
Les enchantements d’Ambremer
L’élixir d’oubli
Le Pré aux Clercs
10/10

Pour ceux qui pensaient que la Fantasy urbaine ne souriait qu’aux anglo-saxons (Gaiman, Holhbein) , américains (Emma Bull) et au grand Charles de Lint, Canadien de son état, il est à faire remarquer aux lecteurs toute la qualité que recèle ce cycle remarquable à plus d’un point. Pierre Pevel s’était déjà brillamment illustré dans une fantasy moyenâgeuse à la Paul Feval avec son cycle de Wielstadt. Il nous est revenu avec cette histoire atypique qui compte à ce jour deux volumes. En fait, il s’agit d’une Fantasy Urbaine mâtinée de Steampunk. Nous sommes en 1900 et Louis Denizart Hippolyte Griffont est un mage appartenant à un cercle de magie, Le Cercle de Cyan, mais il est aussi enquêteur à ses heures perdues et n’hésite pas à assister la police locale au besoin. Nous sommes dans un Paris quelque peu différent, un Paris rêvé où, dans une ambiance faite de nostalgie et de magie, voisineraient les images d’un Jacques Finney pleines de tendresses avec la magie folle et enthousiaste d’une Mary Poppins ayant ouvert en plein Paris un passage vers la Faerie. C’est que le Paris de Pevel est un Paris rêvé jumelé avec Ambremer, capitale d’Outremonde, son double magique. La Tout Eiffel est faite du bois blanc magique, des sirènes ont décidé d’habiter la Seine et chaque fontaine, chaque arbre, chaque animal est doué d’une vie propre et de la parole. Or, une série de meurtres des plus mystérieux ensanglante la ville, et il sera question d’un étrange blason ainsi que des sombres agissements d’un sorcier, mais encore de la malfaisance de gargouilles ramenées à la vie, à moins que ce ne soit quelques Tröll ayant décidé de causer des troubles. La plume habile et très imagée de Pevel ne nous laisse aucun répit.

Les scènes sont admirablement bien mises en scène et les dialogue truculents. Au péripéties multiples correspond un esprit plein d’insouciance et une vivacité peu commune sauf chez un certain Sherlock Holmes. Ce sera l’occasion pour Louis Griffont de retrouver Isabel de Saint-Gil, la belle fée déchue qu’il aima follement jadis, une fée jouant les montes en l’air à l’occasion d’explorations nocturnes dans des demeures bourgeoises qui rappellent le meilleur de Maurice Leblanc. Bref, ce premier volume est une pure réjouissance pour les amateurs de Jean Ray, Conan Doyle, Aleister Crowley et la Faerie, tellement il réussit à merveille la fonte des genres en un récit unique et haletant aux descriptions réussies et aux dialogues aboutis.

Le second volet de des aventures de Griffont au goût de complots politiques et agissements de sociétés secrètes, nous entraîne dans des péripéties plus sombres encore. l’action est centrée autour d’un mystérieux Grimoire magique, L’Athanor Lumineux, datant du 18 eme siècle. En fait, Griffont a été victime d’une tentative d’assassinat alors qu’il enquêtait sur le meurtre d’un antiquaire richissime. Avec l’aide d’Isabel de Saint-Gill il va découvrir que le terrible Sorcier Giacomo Nero instrumentalise Tixier pour s’accaparer tous les exemplaires existants de l’Athanor Lumineux. En fait la recherche réelle serait celle de l’Athanor Gris rédigé à partir des cendres de son auteur. Cette quête intrigue au plus haut point Griffont, d’autant plus que des implications bien plus profondes semblent motiver cette recherche folle et sanglante. La prouesse de Pevel est de faire pratiquer à sa narration un glissement subtile, une bifurcation vers le passé de Griffont, en une remarquable histoire parallèle, un flash-back des plus réussit qui lève des pans entiers sur sa première rencontre et sa romance passée avec Isabel. Il nous entraîne en pleine Régence, en 1720, pour nous évoquer leurs jeunesses communes ainsi que leurs quêtes respectives qui vont finir par se croiser.

Griffont est une jeune aventurier aux moeurs libérées et Il est à la recherche de l’assassin de son ami. Isabel, quand à elle, est une noble et une justicière redoutable la nuit. Partie en quête d’une page arrachée au Sacramentaire Royal, grimoire sacré du peuple des fées, elle va croiser le chemin de Griffont. De confrontations et déconvenues ils finiront par se lier et s’aimer. Face aux agissements maléfiques de la société secrète l’Eridan ils déjoueront un formidable complot politique. Or, tout est lié dans ce monde de sorciers, dragons, tröll, goblin et autres prodiges. Nero et l’Eridan ne font qu’un et c’est en résolvant le mystère de l’Athanor Lumineux en 1909 qu’ils vont parachever leur exploit fou de faire échouer un complot n’ayant pas pour autre but que de provoquer le chaos et la guerre dans l’Outremonde et par contamination la fin du Paris merveilleux qu’ils connaissent.
Rares sont les écrivains parvenant à tenir en haleine sur deux volumes les lecteurs qui auraient risqué le nez dans cette histoire. Saluons donc cette remarquable Fantasy Urbaine Steampunk aux histoires décalées comme l’un des meilleurs exemples de ce que peut réussir une plume française dans un genre peu pratiqué, à tel point qu’on pensait qu’il était un particularisme social propre à d’autres pays pratiquant d’autres langues. Pevel réussit royalement le pari d’égaler les meilleurs prosateurs du genre dans cette fantasy fusionnelle et diversifiée, mêlant érudition occulte, rocambolesque policier et merveilleux anglais. Superbe et jouissif !

Emmanuel Collot

Les enchantements d’Ambremer, L’elixir d’oubli, Pierre Pevel, Le Pré aux Clercs, 347 pages et 382 pages, 15,90 Euros et 16 Euros.






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