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"Le Cinquième anneau"
de
Mitchell Graham

Editeur :
Editions du Rocher
 

"Le Cinquième anneau"
de Mitchell Graham



Le Cinquième anneau

Mitchell Graham

Editions du Rocher

10/10

Les best sellers fantasy saga semblent avoir le vent en poupe. Ainsi, après Robert Jordan, Tad williams, Terry Brooks, Terry Goodkind, Raymond Feist, Weis et Hickman, David Eddings et le petit dernier, Modesitt, voilà que débarque l’étonnant Mitchell Graham. Mathieu, frère Thomas, sont des noms à consonance chrétienne qui voisinent avec des noms empruntés aux mythes plus anciens, comme Karas Duren, les Orlocks (qui ressemblent furieusement aux Morlocks de Wells) . L’auteur ne situe pas vraiment son intrigue. Cela se passe jadis, à une lointaine époque.
Le roi Karas Duren entreprend des travaux d’entretiens en son vaste et majestueux palais et quelle n’est pas sa surprise lorsque au hasard des fouilles il met à jour une vaste salle munie d’artefacts étranges et éclairée par des lumières qui semblent réagir aux déplacements du corps. Le Roi réalise vite qu’il vient de mettre la main sur la salle aux anneaux de pouvoir, les anneaux des maîtres de l’ancien monde. De fait, Mitchell Graham va nous faire à son tour sa guerre pour l’anneau. Il manque le cinquième anneau, celui qui sera à même d’optimiser les forces incontrôlables qui ont été découvertes. Duren entame alors un parcours un peu à la manière de Faust, de son contact avec le pouvoir et l’éternité à sa conversion au mal absolu, jusqu’à bien sûr la chute fatale que l’on devine en filigrane de la prose superbe de l’auteur, mais qui n’est pas pour maintenant, rassurons nous. Duren se lancera alors dans une série de manigances politiques où il s’octroiera les appuis de divers nobles et autres influences néfastes. Bien plus, Karas Duren va sceller un pacte inique avec la race maudite des Orlock qui sont en quelque sorte les Orcs de service, fort bien dépeints par la plume d’un auteur passionné. Leurs troupes maudites commencent à envahir le monde, dévastant terres et populations civiles. Karas Duren est un autre Saroumane qui dans son élévation dans les ramures du mal va peu à peu devenir le maître. Mais un seul être vous manque et c’est le monde qui se refuse à vous. Duren le sait. Sans le cinquième anneau de pouvoir, impossible de maîtriser le pouvoir noir et absolu. Or c’est le jeune Mathieu Lewin qui va acquérir par un jeu de hasard l’anneau si précieux. Rapidement identifié, il va devoir fuir, se cacher, parcourir le monde étrange à la recherche d’une issue à cette chasse à l’homme, mais aussi et surtout la solution pour mettre un terme au règne de Karas Duren. Accompagné de l’inévitable groupe de personnages issus des catégories socio culturelles aussi différentes que leurs aptitudes individuelles, qu’elles soient simplement humaines ou autres, Mathieu va battre le monde ancien et mystérieux. Il y affrontera Brigands, Orlocks, et les doutes qui assaillent tout héros. Il plongera la troupe et le frère Thomas, qui est un peu son Gandalf, dans une quête qui mettra à jour les contours et entrailles du monde qui recèle un secret et qui finira par dévoiler les arcanes secrètes de son histoire.
Si le Rand Al Thor de Jordan pouvait se démarquer du Frodon de Tolkien c’était du fait qu’il était épanché par un pouvoir puissant, celui du Dragon. Mathieu, lui, est semblable à Frodon dans le fait qu’il est porteur d’un anneau de puissance, il est un personnage normal, sans pouvoir. C’est cette démarcation qui le rend très familier. On a l’impression d’être en terrain connu. Bien sûr, il est inévitable qu’avec son lot classique de cavaliers noirs (d’ailleurs la high fantasy commence un peu à s’essouffler dans ce registre trop répétitif) Le Cinquième anneau, tout comme le cycle de La Roue du Temps n’échappe pas au stéréotype. Mais Mitchell Graham se rattrape au niveau d’une temporalité très originale. En effet, quand on parle du Seigneur des anneaux comme un récit sur les jours anciens, distinguant en cela plusieurs âges, Le Cinquième anneau annonce presque immédiatement son originalité dans cette découverte de la salle secrète au début du récit. Le lecteur devine de suite qu’il s’agit d’une salle issue d’une époque futuriste où les sciences étaient très en avance, alors que dans le monde de Karas Duren nous sommes dans un moyen-âge alternatif. Les pouvoirs conférés pas les anneaux sont donc de puissants pouvoirs psy qui peuvent tuer par la pensée ou déclencher des catastrophes. Ainsi, le magique rejoint le scientifique et s’y identifie, puisque les acteurs de cette scène l’acceptent comme surnaturel. Ce décalage des époques amène au genre un peu plus d’originalité en donnant un mouvement historique à ce monde qui n’est pas figé, qui n’est pas jeté là par hasard, sans réel encrage dans le temps. Ce qui pourrait expliquer ces noms aux origines chrétiennes. Les dialogues son prenants et la prose de l’auteur gagne en maturité au fil des pages. Quand aux combats ils sont réglés avec science et sens de l’effet et confèrent à la quête de Mathieu un souffle épique rarement égalé. Le second tome de ce cycle atypique s’intitulera "La Caverne d’Emeraude" , et au regard de ce premier coup de maître digne d’un Jordan, gageons qu’il sera encore plus palpitant.

Le Cinquième anneau, Mitchell Graham, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yannick Bourg, couverture de Julien Delval, Editons du Rocher, 433 pages, 18,90 Euros.

Emmanuel Collot






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