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  Sommaire - Livres -  G - L -  Hrolf Kraki



"Hrolf Kraki "
de
Poul Anderson,

Editeur :
Le Belial
 

"Hrolf Kraki "
de Poul Anderson,


Une Fantasy barbare Scandinave, sauvage et sombre.
Le Bélial poursuit ses parutions ambitieuses avec la réedition de la saga de Hrolf Kraki de Poul Anderson, auteur de nombreux récits dans le même univers. Le retour de la fantasy barbare à la Howard qui évoque Cormac Mac Art ou Cormac Fitzgeoffrey. Cruelle et baroque, une fantasy originale pour un grand plaisir de lecture.


La Saga de Hrolf Kraki
Poul Anderson
10/10

Fruit de l’inceste, enfant de douleur et usurpateur patenté, Hrolf Kraki est un Roi-guerrier sauvage et cruel. Dans un Danemark terrible et beau, pays de neige et de fête, terre païenne et territoire des magies les plus terribles, vivent et perdurent les Skjoldung, la caste des rois . L’auteur commence son récit par l’évocation de la terrible descendance sous la forme d’un tableau, un arbre généalogique que suivra une introduction érudite sur la prononciation des nom scandinaves. Le verbe est âpre et retranscrit parfaitement les vies de ces homme du nord, de ces Vikings alors en présence d’un monde encore sous l’égide des anciens Dieux, ceux de l’ancienne religion et de la langue des sorcières, des trölls, Berserkers (Berserkirs) , spectres devins, nains magiciens, et autres créatures fabuleuses.
Le livre s’organise en fait sous forme de Dits, des couches de récits contant la légende de chaque personnage pris dans l’arbre généalogique de Hrolf Kraki, autant d’ancêtres aux destins fatales. En cela Poul Anderson est fidèle à la tradition. A l’origine, la saga de Hrolfr sans terre date du 14 eme siècle. C’est une saga légendaire (fornaldarsögur) souvent appelée saga mensongère (Lygisögur) car destinée avant tout au divertissement et donc rédigée de façon fantaisiste par des conteurs d’histoires qui sont un peu nos ménestrels du moyen-âge. Le Sagnamadr (auteur de saga) est souvent un anonyme et est à rattacher à toute une lignée de conteurs d’histoires dont la génération a engendré cette saga aux multiples aspérités. L’auteur de sagas qui commence l’histoire est une femme. Gunnvor est une conteuse exceptionnelle qui, ramenée comme épouse en Angleterre, va être sommée de raconter à Aethelstan, seigneur de Danelagh, la saga de Hrolf Kraki. Poul Anderson a choisit délibérément de faire passer son récit par la bouche d’une femme, comme un écho à la femme sorcière jadis qui prononçait les édits des esprits. Il y a un décalage supplémentaire qui fait qu’à la convocation des légendes de la mythologie nordique, celles du roman courtois de France et du souvenir des anciennes fables dans une Russie primitive et imaginaire (La porte de l’orient des Scandinaves et le fin fond de la Route de la soie) , se surajoute le parole féminine d’une femme qui va transcender la tradition pour porter le souvenir de ce monde païen et mal connu (nous sommes bien plus tard, dans une Angleterre christianisée) .

Le Roi Frodi tue son frère Halfdan pour accéder au trône, et Hroar et Helgi, fils de ce dernier, le vengeront pour régner sur le trône en harmonie. Puis Helgi force la reine d’Als, Olof, à s’accoupler avec lui. Yrsa naîtra de ce viol. Mais le hasard maléfique de cette autre époque fataliste fera que ce sera avec sa propre fille Yrsa que le roi Helgi engendrera Hrolf Kraki le maudit, le Roi de merveille qui instaurera sur cette infamie un semblant de paix sur le royaume.
De ces récits de descendances incestueuses en rixes sanglantes pour l’acquisition du trône, Anderson nous brosse le portrait d’une époque sauvage et impitoyable où le sens de l’honneur et les codes guerriers avaient plus de sens que toute option morale sur la vie. Les personnages sont plus terribles les uns que les autres et les femmes relayées à des sorcières. Elles subissent les pires traitements mais arrivent tout de même à participer à ce monde sans justice ni bonté. Les hommes sont plus vrais que nature, hirsutes, barbares, musclés, bornés, et fatalistes sous l’instance des Dieux du grand nord. Ils sont terriblement vivants et d’une authenticité rarement explorée en Fantasy. Quand aux méchants, ceux qui sont à ce point décriés dans la fantasy manichéenne, ils n’en sont que plus en rapport, plus en harmonie avec la pensée d’une époque sombre où c’est sous un soleil grisonnant et accompagnés des esprits chaotiques du grand chaudron, qu’ils donnent les meilleures explications sur l’homme, sa place et sa fonction dans le monde. Le dernier dit est consacré à l’épopée de Hrolf Kraki, et sa fin tragique évoque la geste du Roi Arthur. Violent, barbare et sombre, la cycle de Hrolf Kraki est une puissante évocation de cet autre temps, cet autre âge, qui par sa profonde méditation sous-jacente est un grand hommage à une pensée scandinave méconnue et un hymne à la fantasy barbare. Se démarquant des récits germaniques, Hrolf Kraki imprime la marque des grandes sagas scandinaves dans l’histoire de la Fantasy. Un grand moment de lecture sanctifié par la couverture et les croquis intérieurs de Guillaume Sorel. Un British Fantasy Award de grand cru pour un récit fidèle à l’original et sincère dans le plaisir qu’il donne aux lecteurs las des Tolkinneries répétitives.
Emmanuel Collot

Hrolf Kraki, Poul Anderson, Le Bélial, traduit de l’anglais (américain) par Pierre- Paul Durastanti, Couverture de Guillaume Sorel, 19 Euros.


Il existe de nombreux récits de fantasy écrits par Anderson. Souhaitons que cette même veine se poursuive, en attendant de pouvoir lire un jour Le superbe cycle de la ville d’Ys du même auteur, autre chef-d’oeuvre inconnu.......





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