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"La Voix des Brumes"
de
Henri Loevenbruck

Editeur :
Bragelonne
 

"La Voix des Brumes"
de Henri Loevenbruck


Le second tome de Gallica est arrivé. On y retrouve avec bonheur toute la saveur du verbe de Loevenbruck entièrement soumis à cette France réinventée que continue à parcourir le jeune Bohem. La guerre est aux portes du royaume et l’étau se resserre autour de la quête de ce héros perdu, bléssé et loin de son amour perdu, la belle Vivienne, la Trouvère.......


Henri Loevenbruck
Gallica Livre 2
La Voix des Brumes
10/10

Henri Loevenbruck, tel un barde céleste, poursuit son équipée sauvage au coeur de Gallica et au coeur des hommes. Les Brumes, archétypes d’un moyen-âge fabuleux, se meurent. Elles disparaissent en grand nombre et Bohem aidé de ses compagnons (Vivienne la jeune Trouvère, Trinité La Rochelle, Le nain de Gaelia Mjolln, Bastian Le Louvetier) doit tenir la promesse faite à une Brume, une Licorne.
Ainsi, les portes de Sid se dresseront sur les terres de ses pensées, unique objectif de sa quête, telle une Jerusalem Céleste, ville salutaire où il se devra d’y conduire les Brumes survivantes. Or, la rumeur s’amplifie, le chasseur sauvage, allié aux Druides et aux redoutables Aïshan, remuerait ciel et terre à la recherche de Bohem et de son secret. Gallica et Britta sont rentrés en conflits, une guerre terrible et furieuse qui fera basculer le monde dans un chaos indescriptible.

Henri nous revient enfin pour nous donner le second mouvement de cette vaste symphonie qu’est Gallica. Dans cette suite impeccable, l’auteur poursuit son périple à travers une France réinventée. Ainsi, sa parfaite reconstitution de la ville de Lutes (Paris) est une merveille de précision, une véritable cathédrale sauvage faite de ruelles, escaliers, fossés, nous offrant ainsi une espèce de vision à la Jerôme Bosch ou Mervyn Peake, grandiloquente et hallucinée. Loevenbruck se fait le guide, le barde enchanteur d’un Paris alors dans sa germination, pas encore capitale mais déjà métropole de nos rêves communs et édifice grouillant de la communauté des hommes sous leurs aspects les plus multiples. Les Topos sont toujours des références à des lieux historiques qui feront la légende de Paris (L’auberge de Saint Germain, etc...) et la quête est enrichie de nouveaux personnages qui sont également convoqués par Loevenbruck pour le plus grand bonheur des lecteurs. Ainsi, les érudits et les simples amateurs trouveront pitance avec cette incroyable suite qui s’annonce plus sombre encore, même si certains pans sont levés et que des destins s’annoncent.
Henri Loevenbruck confère ainsi à son Héros Bohem l’aura d’une nouvelle légende. Il en fait l’un de ces anges de la Bible, un ange attaché à la sauvegarde des animaux sous le soleil pâle d’un moyen-âge pastoral et enchanteur. Bohem se fait sauveur, sauveur de tout le panthéon fabuleux de cette autre France, celle à peine devinée sous les vallons et au coin des rivières, au plus profond des vallées et par delà les sentiers sinueux. Il deviendra de fait lui-même une légende, le guide de ces animaux fabuleux, animaux d’un autre temps, sous un autre soleil, astre mordoré de nos espoirs et nos vaines illusions d’enfants.
De plus, Bohem acquière une dimension supplémentaire et se confond peu à peu avec le corpus légendaire de cet autre Moyen-âge. Il ressemble en cela au Rand Al Thor de Robert Jordan. Dans un monde qui semble de plus en plus en harmonie avec lui par quelques liens secrets et subtiles, la nature accompagne son périple et semble faire corps avec lui. Gardien des clefs, il ouvrira les portes de Sid avec des paroles mais aussi et surtout avec son coeur. Loevenbruck est magistrale dans ce deuxième périple. Il étend avec talent sa prose faite de poésie médiévale tendre et affectée, de personnages attachants et d’êtres légendaires exceptionnels. Ainsi, la présence de Chrétien de Troyes, icône de la légende des chevaliers de la table ronde, est l’axe par lequel se produira le prodige de la nuit de la Toussaint, fête symbole de tous les bouleversements et fête de l’accomplissement du dit de la Licorne et en définitive la réalisation de la profession de foi de Bohem, ce pasteur-sauveur de légendes vivantes. En outre, sa relation avec Vivienne va se voir revêtir également du tissus des vieilles légendes. Vivienne a disparu, et Bohem va déambuler de par le vaste monde de Gallica à la recherche de cette lénore perdue, pour reprendre les mots de Poe. Loevenbruck distille dans cette histoire parallèle les légendes de Tristant et Iseult et celle d’Orphée et Eurydice, deux images pour dire l’amour au-dessus de l’abîme, l’amour au-delà des infâmies, l’amour au-delà de la mort. Bref cet amour à deux lié par l’infime voile de maya, cet amour qui permet la vacuité du mot espérance et éternité. Il fait du couple Bohem/Vivienne un nouveau couple entre amour et mort, Eros et Thanatos. Mais Loevenbruck ne s’arrête pas là, et au-dessus de ce drame amoureux il va laisser planer l’ombre d’un autre personnage, celui de Merlin, mais vu sous son aspect maléfique. Ainsi, de la légende des amoureux séparés à la reprise de celle de Merlin, l’auteur y imprime une vision très personnelle. Par cet acte il inscrit sa prose comme l’une des plus originales du moment, par le simple fait qu’il n’a pas fait simplement que reprendre cet archétype de l’Enchanteur, il en a donné une autre facette, comme l’astre lunaire sous sa face sombre. Merveille de sentiments et du don de soi, La Voix des Brumes s’annonce comme une suite des plus remarquables. S’il y avait un world fantasy Award à décerner en France, beaucoup le mériteraient et Henri Loevenbruck, orfèvre de l’écriture, en ferait partie. On a l’impression, en lisant Loevenbruck, de découvrir le manuscrit d’un Lais perdu, celui d’un ménestrel étrange, un roi de la Bruyère et des bois sacrés dont le verbe nous entraîne loin dans notre moyen-âge parallèle et en même temps loin dans les méandres de nos sentiments contradictoires, vers ce qui fait justement le tissus de la vie rêvée, miroir magique de notre vie vécue et référent moral de nos défauts et erreurs. Une prose unique pour une histoire parallèle aux mille et unes merveilles. La très belle couverture de Michael Welply est une parfaite illustration de l’univers de Loevenbruck, et une fenêtre ouverte sur le corpus des légendes de cette autre France. Le monde de Loevenbruck, trempé dans une poésie douce amère, est une cathédrale posée sur les cimes d’antiques arbres, une cathédrale à ciel ouvert, avec les étoiles pour seul toit, et le coeur comme dogme. Superbe !
Emmanuel Collot

La Voix des Brumes, Henri Loevenbruck, Bragelonne, 374 pages, 20 Euros.


Le troisième volume du cycle de Gallica s’intitulera "Les Enfants de la veuve" et devrait conclure de façon grandiose cette nouvelle histoire puisée au coeur du monde de Loevenbruck. Merci Henri !





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