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  Sommaire - Interviews -  Pierre Grimbert. (Là-bas, vers Octobre)
Interview de Pierre Grimbert. (Là-bas, vers Octobre)
Par avec Emmanuel Collot

Dernier ajout : mardi 6 juillet 2004

"Pierre Grimbert. (Là-bas, vers Octobre)"

Entre ombre et lumière, lune et soleil, quelque part entre orient et occident, à l’ombre des grands bois et sous les soupirs des déesses des quatre vents, cheveux aux vents et la mémoire éprise de pensées d’automne, j’ai rencontré le conteur de la légende de JI.
Assis sur un tapis mousseux au moment de l’heure bleue, j’ai enfin pu converser avec celui qui marche avec les anciens chants du petit peuple, celui qui chante en silence les jours passés, les jours du monde ancien de JI. Aimablement, nous avons partagé le malt sacré. Et entre rires et souvenirs, espoirs et dépits, nous avons pu créer des mondes et en détruire d’autres, sans que quiconque ne puisse en tenir témoignage. Grimbert est un mage si furtif, mais un ami si fidèle, que de pouvoir le connaître semble comme l’attente des anciens jours, les jours du grand retour. Ecoutez donc et partagez durant ces lignes, la trace du verbe que cet auteur laissera à jamais gravé sur le ciel de nos souvenirs de lectures solitaires...............
Rideaux de velour s’ouvrant sur un ailleurs perdu, le monde de Pierre Grimbert se voit découpé sur une scène bordée de fleurs et plantes se débattant en un amas confus et joyeux. Au loin, le soleil, oeil de poussière dorée, s’étale peu à peu pour s’oublier à l’horizon tremblotant. J’entends déjà les chants sacrés et anciens, les joutes joyeuses et enjouées des petits peuples cachés. Lentement, je m’accoude sur une racine géante qui dort, béante comme la bouche d’un géant assoupis sous un ciel d’éternel été...........

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SF-Mag : Bonjour Pierre, c’est un grand plaisir de te retrouver avec cette suite inattendue au Cycle de Ji. Même si on en devine quelques indices dans ton premier cycle, comment t’est venue l’idée de cette suite ?

Bonjour ! L’idée des “ Enfants... ” est venue pendant l’écriture du “ Secret... ”, mais je ne peux dire exactement à quel moment. J’avais pris une foule de notes pour le Secret et je me suis aperçu en cours de route que je ne pourrais tout exploiter. L’idée de conserver tout cela pour une suite éventuelle s’imposa d’elle-même... À partir de là, j’ai commencé à semer dans la trame du Secret les quelques graines nécessaires au développement du deuxième cycle, jusqu’au dernier paragraphe, qui annonce déjà les noms des nouveaux personnages...

Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Les raisons sont nombreuses, mais l’une des plus évidentes (et triste) est mon besoin de devoir manger tous les jours ! Or, quelqu’un qui veut vivre de l’écriture de fantasy en France a intérêt à aimer le pain sec... Pendant la rédaction du Secret, j’étais salarié, et seul le projet d’une longue série jeunesse intitulée “ la Malerune ” m’avait décidé à quitter mon emploi pour tenter l’aventure. Finalement, la collection n’avait pu voir le jour et la série est devenue le cycle adulte actuel. L’écriture d’un volume me prenait six mois... et me permettait de vivre seulement six semaines ! Pour rester romancier, j’ai donc dû suspendre tout projet de grande ampleur et accepter les propositions qui m’étaient faites en collections jeunesse, tout aussi intéressantes et plus (immédiatement) lucratives. Quelques années sont passées, et les éditions Mnémos m’ont ensuite proposé de faire reprendre la Malerune par Michel Robert. Nous sommes tous tombés d’accord et avons beaucoup discuté pendant la rédaction du “ Dire des Sylfes ”. Et ce travail a réveillé ma passion pour les grands cycles ! Avec un peu de culot et un brin de folie, je me suis dit que, pour vivre décemment en écrivant (seulement) deux ou trois romans par an, le mieux était de devenir mon propre éditeur... Ainsi sont nées les éditions Octobre, dont je partage la gérance avec ma compagne, l’auteur Audrey Françaix. L’avenir est toujours incertain, mais nous pouvons enfin nous risquer à des projets audacieux !

SF-Mag : Le fait que tu t’attaches dans Les enfants de Ji aux descendants du premier cycle aurait pu paraître un peu frustrant pour le lecteur amoureux des premiers personnages, mais étrangement la sauce prend et on se surprend à aimer également tous ces nouveaux visages dont tu ébauche l’esquisse dans ton récit. Comment expliques tu ça, hormis le fait que ton verbe doit probablement être celui d’un enchanteur ?

C’est une demande en mariage ? Merci pour les compliments ! Tant mieux si les nouveaux persos trouvent leur place à côté des anciens. Personne ne les aimera autant que moi, de toute façon... On peut parfois les juger caricaturaux, mais ils sont à mes yeux beaucoup plus que de simples marionnettes coincées dans leurs rôles. Leurs entités m’accompagnent jour et nuit, et participent même à la rédaction ! Explication : si je reste logique par rapport aux personnalités que je leur ai attribués, leurs réactions peuvent transformer le déroulement d’une scène que j’avais d’abord imaginée autrement. Et je laisse faire ! Je tiens beaucoup à appliquer exactement la même méthode d’écriture que pour le Secret.

SF-Mag : Bowbaq est toujours là et c’est mon préféré, ce choix de le garder dans l’histoire est plutôt heureux car il semble cimenter les deux cycles afin de ne pas trop désorienter le lecteur. La jonction qu’il fait entre passé et présent semble tout à fait délectable et sa relation avec la jeune muette Niss très touchante. Bowbaq semble constituer une sorte de père pour tous. Comment t’est venu l’idée de ces deux personnages dans tes deux cycles et comment vont-ils évoluer dans le récit ?

Bien vu, Bowbaq est là pour faire la jonction entre les deux cycles... Il me permet aussi de mettre en évidence l’inexpérience de la nouvelle génération, ainsi que d’autres choses plus ou moins inconscientes. Quant à Niss, je l’ai imaginée en 97, alors pour me rappeler comment m’est venue l’idée... Pour finir, je me garderai bien de dévoiler comment ils vont évoluer dans les tomes à suivre ! J’espère seulement que les lecteurs prendront du plaisir à le découvrir.

SF-Mag : Ton récit donne la part belle aux sentiments et ta manière de les distiller au fil des pages donne l’impression que le but ultime de ta saga semblerait être la victoire des sentiments que sont l’amour, l’amitié, l’entraide et ce même si les malheurs, trahisons et maléfices sont là pour en rappeler la fragilité. Es-tu d’accord avec cette définition ?

Oui et non. C’est vrai que les personnages et leurs interactions sont presque plus importants que l’intrigue elle-même... Mais je ne m’attache pas particulièrement à défendre l’amour ou l’amitié. En fantasy, ces choses sont tout simplement plus exacerbées que partout ailleurs. Ce qui est intéressant, c’est d’étudier toutes les émotions d’un individu au caractère donné, lorsqu’il est arraché à son quotidien pour être exposé à des situations qui le dépassent. Cela peut donner naissance à des sentiments d’affection très forts, mais aussi générer de la haine, de la peur, et tout un tas de remises en question... La fantasy n’est-elle pas LA littérature initiatique ? Ses personnages sont en perpétuelle évolution... Pour revenir au “ but ultime ” de la saga, s’il en est un : je me fendrai effectivement d’une petite réflexion humaniste, mais ça ne sera pas le classique “ l’amour est plus fort que tout ! ”

SF-Mag : Comment pourrais-tu définir le bien et le mal dans tes deux cycles de Ji ? Ton monde repose-t-il seulement sur un pur manichéisme propre à une certaine fantasy ou pourrait on dire que le mal se tisse parfois dans le rapport à l’autre, dans la brutalité, dans cette rupture avec le simple fait de vivre ? Serait-ce selon toi la trivialité des rapports Bien/Mal, Amour/Violence qui pourrait le mieux souligner un monde en attente d’un équilibre et en lutte pour atteindre un juste milieu qu’on pourrait appeler La Paix sous l’égide de La Sagesse, et dont l’amitié, l’amour fraternel et la communauté seraient les sédiments essentiels ?

Heu... J’ai bien peur d’être plus prosaïque, voire cynique. Selon moi, il n’y a pas de Bien ou de Mal, mais seulement le chaos ! Chacun de nous a des intérêts qui se trouvent fatalement contraires à ceux d’un autre. Pour vivre en paix, il n’y a que deux solutions, s’installer dans une région déserte (mais en reste-t-il ?) ou accepter les règles de la communauté. En espérant que ces règles soient inspirées par la Sagesse, comme tu le suggères...
Même le démon Sombre ou les tueurs Züu ont des raisons d’agir comme ils le font. Personne ne provoque le Mal par principe ; d’ailleurs nous pensons toujours agir pour le mieux et avoir le droit pour nous ! Mes personnages ne font pas exception. J’essaie d’ailleurs de le montrer en changeant systématiquement de point de vue à chaque scène.

SF-Mag : Ainsi, il y a toujours quelque chose à sauver dans la fantasy et il semblerait que les critiques voudraient toujours voir le genre cantonné dans ce même cliché, ceci pour nous conforter dans cette exclusion. Mais dans ton récit, même si il est fait usage des archétypes propres au genre, il semblerait que ce soit les liens unissant tes héros qui soient l’essentiel. On est quand même dans l’ordre du sentiment, dans cette sentimentalité des rapports. C’est une prouesse à laquelle tu es parvenu et qui te hausse au niveau des plus grands. Partages-tu cette optique sur ton cycle ?

En fantasy comme ailleurs, ce qui prime, c’est l’humain. J’adore bâtir des royaumes ou inventer des formes de magie, mais le plus intéressant reste d’explorer les réactions de personnages aux caractères donnés face à ces éléments... Ce qui nous amène (un peu) à réfléchir sur nous-mêmes, en posant cette simple question : que ferions-nous à leur place ?

SF-Mag : Crois-tu qu’un jour tu pourras te lancer avec le même bonheur dans la SF ou Le Fantastique pour adulte, ou vas-tu continuer à alterner entre des récits pour la jeunesse et quelques incursions dans une fantasy plus adulte ?

Il me faudra plus d’une année au moins pour achever “ les Enfants de Ji ”, et je ne sais pas encore vers quoi je me tournerai ensuite... Mais ce sera sûrement encore de la fantasy. Si les Editions Octobre sont toujours là en 2006, il est probable que je continue à alimenter la collection. Ce qui ne m’empêche pas de penser aussi à des projets jeunesse, dont un recueil de nouvelles fantastiques, justement. On verra bien, c’est trop loin !

SF-Mag : L’écriture à quatre mains peut-elle te tenter, avec Audrey par exemple, cela pourrait donner une hybridation de styles très intéressante ?

On a un projet comme ça depuis... quatre ans, au moins ? On se dit toujours qu’il faudrait commencer, sans jamais avoir le temps !

SF-Mag : Quelle est ta méthode pour écrire ? Plutôt Instinctif ou méthodique ?

Méthodique en préparation, instinctif à la rédaction. J’ai toujours une trame générale avant de commencer : les personnages, un début, quelques moments forts, des notes sur la magie ou l’univers, et une fin possible... Le reste surgit dans l’instant. Comme je l’ai dit, je me laisse aussi guider par mes personnages... J’oscille toujours entre l’improvisation et la narration de scènes imaginées depuis longtemps. Je portais en moi certains passages du “ Testament oublié ” depuis six ou sept ans ; c’était une véritable libération de leur donner leur forme définitive... J’ai hâte d’atteindre les prochaines scènes du même genre !

SF-Mag : On te compare souvent à Eddings à cause de ta prose et l’originalité de ton récit fluide, mais tu t’en démarques par ce je ne sais quel scintillement de plume, ce je ne sais quel virement de ton verbe vers une poésie plus bucolique, même si tu sais la nuancer par des doses de terreur, de magie, comme la présence d’une violence toujours aux frontières de ton monde et qui peut à tout moment faire basculer cette douceur narrative. Car là où Eddings fait parfois de la redite mais que la saveur de sa prose pardonne tout de même, tu a su avec Les Enfants de Ji magnifiquement relancer ton histoire. C’est un véritable Spin Off où tu devrais faire intervenir d’autres héros du premier cycle. Avec ces personnages qui disparaissent par quelque obscur sort ou faille dans l’espace temps tout est envisageable. Cela va-t-il être un ingrédient de ton histoire même si place est faite aux nouveaux héros fort attachant au demeurant ?

Pour les Enfants, la disparition des anciens fait évidemment partie intrégrante de l’histoire, et je peux bien avouer que rien n’est définitif... Tous les personnages que j’ai baladés dans le monde de Ji auront un rôle à jouer dans le dénouement !

SF-Mag : Selon les premiers échos que j’ai pu avoir de la part des premières personnes qui ont pu te lire il semblerait que Les Enfants de Ji soit très apprécié. La question qui brûle aux lèvres sera alors de savoir si tu comptes poursuivre l’aventure après l’achèvement de cette deuxième mouture ? Bien sur, il y aura toujours ceux qui ne savent pas lire de la Fantasy (d’ailleurs la lisent-ils ?) et qui dirons "C’est pas bien" mais si dans l’ensemble ton cycle confirme son succès auprès des fans, comptes tu t’étendre un peu plus ?

Ça me paraît difficile, car la fin que j’envisage me laissera peu de marge de manœuvre pour un troisième cycle. Mais, comme je l’ai déjà dit ailleurs, s’il me vient une idée géniale, et si les lecteurs ne sont pas lassés d’arpenter cet univers, pourquoi pas ? Même dans ce cas, ce ne sera pas avant quelques années...

SF-Mag : Revenons à ta maison d’édition. Brumes automnales, bruits et petits chuchotements, le petit peuple t’inspire beaucoup. Cela annonce-t-il une production importante en récits de fantasy ou vas tu pas à pas, comme il est de coutume vu la fragilité des maisons d’éditions ?

Nous sommes très prudents avec Octobre, et nous veillerons à ne pas nous laisser entraîner dans une spirale de “productivite aiguë ”. Les six prochains volumes relèveront de la fantasy et leur parution s’étalera sur un peu plus d’un an, voilà pour le concret. Pour le reste, on verra en avançant... La collection n’a pas été créée pour gagner des parts de marché, mais simplement pour nous offrir une plus grande liberté de création, dont nous devrons assumer les succès comme les échecs.

SF-Mag : Septembre va voir la publication d’une nouvelle plume, Audrey Françaix qui avec La Chair et l’Acier fait un grand retour dans le registre Erotic-fantasy propre à Tanith Lee et Janet Morris. Peux tu nous en dire plus ?

“ La Chair et l’Acier ” n’est pas le premier texte d’Audrey, puisqu’elle a déjà plusieurs titres de fantasy jeunesse dans sa bibliographie. Elle a aussi été primée pour une nouvelle érotique ; le genre ne lui est donc pas inconnu... Je pense que son roman fait partie de ces textes devant lesquels on ne peut pas rester indifférent. Chacun se forgera son opinion ! Nous avons des premières réactions très positives, de la part de lecteurs habituellement frileux avec la fantasy... Il est possible que “ la Chair et l’Acier ” trouve son public ailleurs que dans le noyau central des amateurs du genre. Mais il est difficile d’en présumer, car le texte est une première en France... Après une décennie de multiplications de cycles plus ou moins classiques, je trouve remarquable (et courageuse) la volonté d’Audrey d’aborder le genre sous un autre angle. Je ne suis pas certain d’en être moi-même capable !

SF-Mag : As-tu de futures publications en vue, des auteurs français, des traductions éventuelles ?

Nous avançons à petits pas prudents et préférons éviter toute annonce prématurée. Mais, je le répète, notre ambition n’est pas de faire ployer les étals des libraires sous une production excessive... Nous publierons assez peu de textes, mais nous défendrons chacun d’eux car ils auront été écrits avec passion et sincérité. Concrétement, le seul auteur dont la participation à la collection est confirmée est Pascal Françaix, plume reconnue dans le milieu du fantastique. Pascal nous prépare une “ Heroïc Parody ”, selon ses propres termes, qui devrait mettre à mal les zygomatiques !

SF-Mag : Enfin, que penses-tu de la vague actuelle des auteurs de fantasy (Anfoso, Cluzeau, Monot, Foveau, Bousquet, Meerbeeck, Védie et Robert, etc...) et comment expliques tu que la SF et le fantastique français soient à ce point inexistants en France à part quelques uns (DOA, Bordage, etc...) ? D’ailleurs as-tu le temps d’en lire ?

Je n’ai pas vraiment le temps, non, mais de toute manière je limite volontairement au minimum mes lectures de fantasy. Pour trois raisons : je ne voudrais pas éroder mon intérêt pour le genre, je ne veux pas prendre une leçon d’humilité devant un texte parfait, et je me refuse à découvrir autant de bonnes idées que je m’interdirais d’utiliser... Je ne me risquerai donc pas à un commentaire sur des confrères que je n’ai pas lu ! Exception faite de Michel Robert, bien sûr, que je ne remercierai jamais assez d’avoir achevé la Malerune d’aussi brillante manière... En ce qui concerne la faible proportion d’auteurs de SF et de fantastique dans la nouvelle génération, j’imagine qu’elle est partiellement dûe au manque de collections spécialisées. Réjouissons-nous toujours pour la fantasy, qui a le vent en poupe !

SF-Mag : Merci de tout mon coeur Pierre pour nous avoir accordé cet entretien, et c’est sous la voûte étoilée du monde de Ji que je me permets de te dire à bientôt pour d’autres aventures.

Merci à toi !

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Je m’éveille soudain et Pierre s’en est allé. Ai-je rêvé ? Peut-être.........Et pourtant, au loin, par-delà les bosquets sans âges, j’entends une rumeur lointaine, presque un murmure, pas encore un chant. Déjà, dans le lointain mourant, dans ces rivières de sang écoulées de la plaie de l’astre écrasé sur la tranche de l’horizon, déjà je crois deviner les silhouettes mouvantes de personnages sacrés. Un joueur de flûte dont les sons prennent des formes, une guerrière portant glaive dans un large fourreau, attaché à un dos cotelé de mailles d’argent, son manteau blanc griffé par les vents de l’ancienne Tyr. A leurs côtés, un lion à la fourrure aussi immaculée de blanc, et dont les orbites sont d’un bleu nuit qui évoque les mers sans fonds, un petit homme le chevauchant, rire au vent. Joyeusement, ils vont vers l’orient en son commencement, vers Ninive la trois fois belle.........
Doucement je me lève et m’éloigne à mesure qu’ils disparaîssent au couchant. Je m’éloigne et emporte avec moi le souvenir, cette chose si fragile. Je vais travailler à l’incertain, pour bâtir sur un continent instable l’Aurore sublime de mon commencement.

Emmanuel Collot

Interview de Pierre Grimbert, Juin 2004.


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