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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  Zardoz

"Zardoz" de John Boorman



Si l’immense majorité des films, à quelque genre qu’ils appartiennent, questionnent la vie et la mort, bien plus rares sont ceux qui posent le problème de l’immortalité et de ses conditions terrestres. Ce désir est inscrit à jamais dans le cœur des hommes et chaque génération y apporte son tribut, qu’il prenne la forme d’expériences scientifiques ou d’œuvres d’art. En 1974 l’immortalité avait, pour John Boorman, l’allure d’une gigantesque bulle aux parois invisibles, d’écrans dématérialisés, de cristaux aux mille facettes et de vêtements aux couleurs flashy. On y entrait pas sélection, rarement par effraction ; la pensée y avait valeur d’action et le vieillissement en était la principale punition ; la plupart du temps, ces élus d’un monde sans mort s’ennuyaient ferme et n’avaient d’autre horizon que le divertissement sans fin. Qu’importe, puisque c’était le prix à payer pour préserver un semblant de civilisation. Si ce microcosme prétendument idéal ne faisait qu’un assez médiocre paradis, la vie cependant était infiniment moins confortable pour tous ceux qui grouillaient au-delà de ces limites. Quoique l’action fût censée se dérouler en 2293, il ne fallait pas chercher dans ce décor (irlandais) le moindre gadget futuriste cher aux scénaristes de science-fiction, le moindre élément en faveur d’une amélioration de l’espèce. Tout au contraire, elle était même en pleine involution, réduite à deux catégories d’êtres humains : les chasseurs et les chassés. Les premiers avaient des chevaux et des fusils, les seconds rien que leurs mains nues et quelques hardes sur le dos. Pas la peine de s’attarder sur l’issue de cette lutte génocidaire menée, elle aussi, au nom du bien. On ne peut pas dire, en revoyant « Zardoz » que John Boorman était alors l’adepte d’un progrès perpétuel. Avait-il lu Malthus et, avant lui, les gnostiques pour mettre dans la bouche de son dieu éponyme - en fait un aérolithe en forme de visage grimaçant- que « l’arme est bonne et le pénis mauvais » ? On peut le penser, pour peu que l’aïesthésis - la perception esthétique - n’occulte pas toutes les autres fonctions cérébrales durant le temps de cette projection. Ce serait vraiment dommage, car « Zardoz » est un film à écouter au moins autant qu’à voir.
S’il y a d’ailleurs un personnage qui vaut ici le coup d’œil, c’est bien celui de Zed, joué par Sean Connery. Vêtu seulement d’un slip orangé, d’une paire de cuissardes et d’une cartouchière passée en bandoulière, il promène ainsi sa puissante carcasse de chasseur d’un bout à l’autre du film, modèle de virilité pour enseigne de boite gay. Le scénario et le rôle devaient, malgré tout, séduire l’acteur écossais pour qu’il acceptât de l’incarner contre 200 000 dollars - cachet bien inférieur à ceux qu’il obtenait alors. Du reste, Zed se révèle rapidement plus sensible, plus complexe que la brute exterminatrice qu’il semble être de prime abord. L’histoire narrée ici est en grande partie celle de son évolution intérieure à partir du moment où il s’immisce par hasard dans ce fameux Vortex 4. Là, il est un peu comme un diable au paradis. Et si sa santé est admirée par la plupart de ces êtres fatigués, elle rencontre aussi quelques farouches opposants, à commencer par la belle et froide Consuela (Charlotte Rampling) qui préfèrerait le voir plutôt mort que vif. Souvent femme varie : la suite du récit confirmera ce vieil adage populaire. Devenu objet d’étude, Zed va revivre sous hypnose sa révolte et sa transgression, réalisant que Zardoz n’était, finalement, que la contraction de « wizard of Oz », autrement dit l’un des plus beaux contes du cinéma hollywoodien. C’est sans doute là l’un des moments les plus significatifs de ce film, lui-même conçu comme un rêve - ou une farce si l’on en croit le prologue. Le réveil prendra, cependant, l’allure d’un cauchemar, l’irruption de la vie à l’intérieur du vortex signant l’arrêt de mort de cette étrange communauté. Mort joyeuse au demeurant, accueillie comme une libération par tous ces prétendants chenus à l’immortalité. Ayant soustrait Consuela à ce massacre consenti, Zed le renégat n’aura plus d’autre alternative que de fonder avec elle une nouvelle lignée. Ainsi en va-t’il toujours pour les hommes lorsqu’ils s’éloignent du paradis. Pour le cinéaste, ce sera l’occasion d’une ultime scène particulièrement troublante, avec le vieillissement puis la fossilisation du couple Zed-Consuela. Dommage que ce film, d’une indéniable beauté visuelle, pêche par des dialogues pompeux et de pseudo-terminologies scientifiques. A l’évidence, John Boorman a mis trop de sa culture personnelle dans « Zardoz ». Et cela, bien souvent, alourdit le film davantage que ça ne le propulse dans les hautes sphères du génie.

Jacques LUCCHESI

Fiche technique

- Titre : Zardoz
- Réalisation : John Boorman
- Scénario : John Boorman
- Musique : David Munrow, Ludwig van Beethoven (2e et 3e mouvements de la 7e symphonie)
- Photographie : Geoffrey Unsworth
- Production : John Boorman pour John Boorman Productions
- Distribution : 20th Century Fox
- Pays : Grande-Bretagne
- Budget : 1 000 000 $ (est.)
- Langue : anglais
- Durée : 107 minutes (1 h 47)
- Dates de sortie :
États-Unis 6 février 1974
France 13 mars 1974
Royaume-Uni 26 mars 1974

Distribution

- Sean Connery (VF : Jean-Claude Michel) : Zed
- Charlotte Rampling (VF : Ginette Pigeon) : Consuella
- Sara Kestelman (VF : Paule Emanuele) : May
- Niall Buggy (VF : Philippe Ogouz) : Arthur Frayn / Zardoz
- John Alderton (VF : Jean-Pierre Leroux) : Friend
- Sally Anne Newton : Avalow
- Bosco Hogan : George Saden
- Jessica Swift : Apathetic
- Reginald Jarman : Voix de la mort



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